Lundi, 20 Juillet 1998

Monsieur le Président Mario Soares
Madame le Ministre Simone Veil
Monsieur le Premier Ministre Inder Kumar Gujral
Monsieur le Premier Ministre Abdel Karim Kabariti
Monsieur l’Ambassadeur Donald McHenry
Monsieur le Procureur Général Amos Wacko

Membres de la Délégation de l’ONU invitée par le pouvoir algérien

Excellences,

J’ai appris que vous étiez invités par le pouvoir algérien pour une visite de plusieurs jours en Algérie dont le but serait de rassembler des informations sur la situation dans ce pays et de présenter au Secrétaire Général de l’ONU un rapport qui devra être rendu public.

Etant donné qu’une partie de votre mission serait d’écouter, mais aussi d’entendre, ce que dit la société algérienne sur ce qu’il se passe dans son pays, je me permets, en tant que citoyen algérien, et en tant que membre du Mouvement pour la Vérité, la Justice et la Paix en Algérie, de partager avec vous les espoirs et les craintes que suscite votre visite, ainsi que mes points de vue sur ce qu’il se passe dans mon pays. Excellences,

Quant à mes espoirs, laissez-moi d’abord vous dire que je me réjouis et vous félicite d’avoir été sélectionnés par le Secrétaire Général pour cette mission. Il a tenu à choisir des personnalités éminentes et intègres qui ont pour la plupart, depuis longtemps et de manière probante, montré leur attachement et leur lutte pour la défense des libertés et des droits de l’homme.

En consultant vos biographies, j’ai tempéré mon scepticisme quant à l’efficacité d’une délégation sans réels pouvoirs, sans spécialiste dans les stratégies et tactiques de guerre contre-insurrectionnelle, sans expertise criminologique dans l’investigation de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de politicides dans des contextes de conflits euphémistiquement dits «de basse intensité», une délégation qui n’est d’ailleurs pas habilitée à enquêter et qui devra se contenter à observer de loin et à tirer les conclusions qui s’imposent. J’ai tempéré mon scepticisme car malgré ces aléas, on ne peut s’empêcher de voir dans votre délégation des personnalités avec une grande sensibilité et perspicacité, qui ne s’acquiert que par l’expérience personnelle de la souffrance humaine. La sensibilité que l’on devine dans le parcours politique de chacun de vous indique que ce qui anime votre action ne peut être que votre seule préoccupation au sujet de ce qu’endure le peuple algérien et votre désir et volonté de contribuer pour mettre fin à sa tragédie.

Monsieur le Président Soares, votre long combat contre la dictature de Salazar, votre déportation à Sao Tomé, la prison que vous avez visitée douze fois pour vos opinions politiques, l’exil dont vous avez fait l’expérience à Paris pendant plusieurs années, vos écrits sur le thème de la liberté ainsi que votre engagement pour la défense des droits de l’hommes et vos contributions auprès des ONGs des droits de l’homme et notamment la Ligue internationale des droits de l’homme dont vous êtes membre, tout cela vous rend très apte à comprendre pourquoi un peuple se soulève contre la dictature et ses injustices, et comment il paie de sa vie sa quête pour la liberté.

C’est également votre cas, Monsieur le Premier Ministre Gujral, qui avez été déjà en 1930-1931 emprisonné pour votre participation dans un mouvement pour la liberté de votre pays, et qui l’avez été encore une deuxième fois en 1942 durant le mouvement Quit India, à l’époque où le Mahatma Gandhi parcourait le sous-continent pour éduquer son peuple et lui enseigner le sens de la liberté.

Quant à vous, Mme le Ministre Veil, qui avez à dix-sept ans souffert de la déportation aux camps de concentration d’Auschwitz et de Bergen-Belsen en compagnie de votre mère et de vos deux sœurs. Vous qui avez vécu là-bas les pires atrocités, pour le seul crime d’être ce que vous êtes, et qui avez laissé dans ces camps de la mort votre mère et l’une de vos sœurs. Vous qui évoquez un peu partout «la conscience du bien», vous êtes bien armée pour saisir la vraie nature d’un régime qui dès les premiers jours de son coup d’État n’a pas hésité à recourir à la déportation vers les camps du Sud de dizaines de milliers d’innocents, ramassés dans la rue pour seul crime de faciès, et détenus, pour certains durant plusieurs années, simplement pour avoir été au moment des rafles porteurs d’une barbe ou d’un kamis.

Votre présence au sein de la délégation, Monsieur le Premier Ministre Kabariti, est particulièrement utile. Vous venez d’un pays de mêmes culture et traditions. Il vous sera facile de constater la souffrance d’un peuple frère, vous qui êtes si sensible à la fraternité arabe. Votre présence est d’autant plus utile, que vous avez vécu dans votre pays, le Royaume hachémite de Jordanie, les mêmes expériences politiques, les mêmes agitations, les mêmes débats très animés, au sujet de la participation des islamistes au gouvernement du pays. Mais contrairement à l’attitude de vos hôtes, vous n’avez pas opté pour l’éradication de vos adversaires politiques. Vous les avez combattus politiquement, vous avez siégé avec eux au parlement et respecté ainsi la volonté de vos concitoyens qui avaient voté pour eux.

Monsieur l’Ambassadeur McHenry, votre lutte contre l’action des lobbies et leur manipulation de l’opinion dans votre pays vous a sans doute immunisé contre toute tentative de récupération dont vous seriez la cible à Alger. Vos différentes expériences avec les régimes africains vous ont bien équipé pour reconnaître les mécanismes subtils qu’ils utilisent pour «maquiller» leurs systèmes répressifs et les couvrir d’une apparence de légalité. Votre soutien, chez vous, aux droits des minorités, à l’égalité des chances et à «l’action affirmative» ont sûrement aiguisé en vous le sens de la solidarité avec les faibles, les démunis, les opprimés, les laissés pour compte, les exploités, les humiliés, ceux qui ne pèsent rien dans la balance des États de non droit. Vous allez en croiser tous les jours dans les villes et campagnes algériennes.

Votre formation de juriste, Monsieur le Procureur Général Amos Wacko, qui est aussi celle de M. Soares et Mme Veil, vous fournit l’outillage intellectuel nécessaire pour discerner le vrai de faux, le bien du mal, le légal de l’illégal, le légitime de l’illégitime malgré toute rhétorique qui viserait à noyer l’un dans l’autre. Avec votre logique du droit, tout sophisme mystificateur, toute alchimie politique qui tenterait de transformer la victime en bourreau et le coupable en vertueux, n’a pas d’emprise sur vous. En outre, votre sensibilité africaine vous aidera sans doute à mieux voir à travers l’opacité volontairement confectionnée autour de la situation algérienne.

Excellences,

Quant à mes craintes, peut-être les trouverez-vous légitimes, elles sont fondées sur une connaissance de l’histoire, des valeurs et des pratiques de la junte militaire algérienne et de la diplomatie à son service, en général, et sur l’expérience maintes fois confirmée de sa gestion du mensonge lors de visites de missions semblables à la vôtre, en particulier. C’est une connaissance inférée de l’observation de la gestion militaro-diplomatique du mensonge lors des visites des maintes personnalités qui se sont rendues jusqu’à présent en Algérie (observateurs de l’ONU, de l’Organisation de l’Unité africaine, de la Ligue arabe, ministres et parlementaires européens, artistes et quelques rares journalistes). C’est une connaissance qu’il ne faut pas rejeter a priori car elle est testable, elle a un pouvoir prédictif. Ces craintes sont fondées sur des expériences qu’il faut écouter car le propre du psyché militaire, et donc de la diplomatie à son service, est d’avoir peur de l’insécurité du changement, c’est de se reproduire, d’être prévisible.

Excellences,

Il est prédictible que le pouvoir algérien vous a agréés afin que vous fassiez le constat de son succès dans la gestion des affaires du pays. Il vous a acceptés dans le but de vous entendre, dès votre retour, proclamer haut et fort sa réussite et faire l’éloge d’un pays où «tout va bien», contrairement à ce que prétendent les méchantes ONGs, qui à l’instar d’Amnesty International, de la Fédération internationale des droits de l’homme, de Human Rights Watch et de Reporters sans Frontières, seraient «infiltrées et manipulées par les GIA», auraient vendu leur âme et travailleraient pour le compte de «l’impérialisme et le néocolonialisme occidental».

Il est prédictible qu’il veut faire de vous une délégation alibi, comme il en a fait des Henry-Levy, Gluksmann, Pelletro, Bonnet et autres Souliers. Il est aussi prédictible que, vu votre notoriété et intégrité, il n’osera pas utiliser avec vous les méthodes qu’il a employées avec certains d’entre eux, c’est-à-dire les mallettes remplies de billets de banque et les maudites actions dans des sociétés mixtes (des affaires sombres de ce type commencent déjà à faire surface dans la presse internationale). Mais il n’hésitera pas à utiliser vos noms et vos parcours individuels dans tous les forums internationaux pour clamer son innocence, pour nier ses crimes, pour gagner la sympathie. Il n’arrêtera pas de vous évoquer, et éventuellement de vous citer, pour montrer qu’il n’y a plus besoin d’une commission indépendante d’enquête.

Il est prédictible qu’il se servira de vos propos, et les déformera s’il le faut, pour détruire les arguments du Secrétaire Général et du Haut Commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, qui depuis des mois réclament tous les deux une telle commission d’enquête, qui se sont vus fustigés et traités de tous les noms par le pouvoir algérien et ses relais en Algérie et ailleurs, et qui auraient même été désapprouvés par certains de leurs proches collaborateurs.

Excellences,

On peut prédire autres choses que les intentions, inaccessibles et non testables, de la junte militaire algérienne.

Vous êtes tous, chacun à sa manière, de fervents opposants au colonialisme et a l’impérialisme. Certains, comme vous, Monsieur l’Ambassadeur McHenry qui êtes de la même famille politique que le Président J. F. Kennedy, avez même écrit sur le thème de la décolonisation. Il y a parmi vous de très anciens amis de la révolution algérienne.

Il est donc prédictible que vous rencontrerez en Algérie beaucoup d’éloquents qui joueront sur cette corde et disserteront sur «la guerre de libération», sur les «acquis de la révolution», sur la «souveraineté nationale» et sur le «principe de non ingérence». Ceux ne sont là que de faux arguments utilisés par des «imposteurs malgré eux». Car au fond, ces gens-là n’ont jamais été réellement indépendants et n’ont jamais goûté à la liberté. Ils sont toujours des colonisés de l’âme. Ils portent en eux les idées, les attitudes et les réflexes du colonisé trop accoutumé à la soumission. C’est pourquoi, potentiellement colonisables, ils ne se gênent pas, à la première occasion, à compromettre l’indépendance politique de leur pays, à brader ses ressources économiques, et à hypothéquer son avenir.

Les révolutionnaires algériens que vous admiriez, les patriotes qui se sont levés contre l’oppression coloniale, ont soit donné leur vie en sacrifice durant la guerre, à l’instar des Amirouche et Ben-Mhidi, soit ils ont été écartés et marginalisés après l’indépendance par ceux qui devaient pendant des décennies tirer les meilleurs profits des acquis de la révolution. Les rares symboles de la guerre de libération qui restaient propres et intactes aux yeux du peuple algérien ont malheureusement fini par souiller leur histoire en se joignant, souvent avec zèle, à l’entreprise criminelle des putschistes des années 90. Quel triste et pitoyable sort fut réservé aux Mohammed Boudiaf, M’hammed Yazid, Ali Haroun, Rédha Malek et autres, jadis illustres par le combat qu’ils avaient mené pour la libération de leur peuple, aujourd’hui devenus tristement honnis par ce même peuple pour la caution morale qu’il donnèrent, et continuent de donner encore, à un pouvoir militaire en manque de légitimité.

Il est donc prédictible qu’on essayera de vous gérer en invoquant les sentiments et les luttes communes. Maître Jacques Vergès ne s’est guère trompé en dénonçant la torture dans sa Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires. Il faut dire que Me Vergès se sent rattaché à des principes et à l’«Algérie éternelle», à celle des «paysans et des marchands d’olive», non pas à une égo-nostalgie du passé ou à des hommes, et aussi que son fort a toujours été de prédire les réflexes des bureaucrates de l’injustice.

Excellences,

Il est prédictible que durant votre séjour en Algérie vous serez bien accueillis. On vous logera dans de superbes villas méditerranéennes et dans des hôtels de luxe. On vous fera part de la générosité algérienne. On vous servira du bon couscous à la viande d’agneau nourri aux bonnes herbes du Tel, et vous fera savourer les délices d’un pays qui a accumulé les richesses culinaires de l’Occident et de l’Orient. On vous fera visiter des endroits superbes, où règnent paix et prospérité. Et lorsque vous en aurez assez, et que vous demanderez d’être conduits là où vous pourrez enfin commencer votre travail, on vous escortera vers des endroits où tout sera prêt et préparé pour vous. Lorsque vous vous sentirez gênés de la quasi-omnipresence de vos hôtes, on vous répondra que c’est pour votre bien être, sécurité et confort.

Là-bas, dans le désastre, au milieu des ruines, c’est un tout autre spectacle que vous verrez. Dans cette Algérie «inutile» (par opposition à l’Algérie dite «utile» qui désignait à l’époque coloniale l’Algérie des Français, et qui désigne aujourd’hui celle où sont concentrés les intérêts de la caste régnante), vous croiserez la souffrance et la misère incarnées par des visages humains. Vous serez surpris de découvrir la tristesse et le chagrin chez un peuple de nature gaie.

Il est prédictible que les personnes qu’on vous présentera pour vous éclairer sur la situation auront des réponses immédiates, toutes faites, à toutes vos questions. Ils vous diront dans des termes presque identiques leur vérité, celle décrétée par les services de la Certitude. Ils vous citeront tous les «ismes» qui font le malheur de l’Algérie : le fanatisme, l’obscurantisme, l’intégrisme, le fascisme et bien entendu le terrorisme, qui désignent tous, comme vous le constaterez, l’islamisme ambiant. Ils vous parleront de leurs combats pour sauver la démocratie, la modernité, le Monde libre et même la Civilisation humaine. Ils évoqueront aussi, en toute fierté, leurs exploits sur la sauvagerie et la barbarie moyenâgeuse.

Excellences,

Il est prédictible qu’après votre tournée à l’extérieur, on vous emmènera rencontrer les personnalités influentes et les faiseurs d’opinion. Vous verrez défiler devant vous, à longueur de journée, des bataillons de femmes et d’hommes qui vous seront présentés comme les anges gardiens de l’Algérie moderne.

Vous serez reçus par le président d’une république malade, celui d’un gouvernement depuis trop longtemps en quête de gouvernail, celui d’un parlement dont la seule action efficace depuis sa «nomination» fut la garantie d’un traitement royal pour ses membres, ainsi que celui d’un sénat en retard d’une époque, pressé de finir, coûte que coûte, son «combat inachevé».

Il est prédictible que vous ne serez pas reçus par le pouvoir réel, c’est-à-dire les généraux des clans qui ont droit à s’asseoir aux conclaves militaires qui décident de tout dans ce pays, de l’élection d’un président, jusqu’à la licence d’importation de camembert, en passant par les pourcentages des résultats des élections communales. Vous ne serez pas reçus par les galonnés des diverses factions militaires qui, dans leur guerre pour le contrôle de l’institution militaire et le pillage des ressources nationales, instrumentalisent l’État, le gouvernement, les partis politiques et para-politiques qui ne sont que de simples agents exécutants, des ustensiles souvent jetables, qui veillent sur les intérêts de leurs supérieurs. Vous ne serez pas reçus par le cercle très fermé des stratèges de la mort qui contrôlent près de quatre cent mille hommes armés, allant des troupes régulières aux milices d’autodéfense, en passant les «GIA islamistes» et les «GIA berbères».

Les chefs des partis politiques agréés seront de la fête. Ça ira des dinosaures gonflés par les tricheries électorales aux autres «schtroumpfs», dont la taille «microscopique» n’a pas bougé d’un micron, et qu’un certain avocat respectable qualifie de «décoratifs». Tout le spectre «boulitique» y passera, depuis l’extrémiste laïque, défenseur d’une République qui a honte de son peuple, jusqu’à l’arrogant islamiste, imbu de sa personne, qui après avoir apporté tant d’innovations dans le lexique politique algérien, animé par un fervent opportunisme politique, a inventé un type nouveau de «participation contestataire» ou plutôt d’«opposition par le soutien zélé», une recette qui rendrait jalouse la formule magique des Helvètes.

Vous rencontrerez évidemment le secrétaire général d’un FLN squatté par des opportunistes militants de la 25ème heure qui n’ont de ce parti que les initiales, et qui seraient incapables de vous commenter la Déclaration de 1er Novembre 1954, au cas où ils seraient au courant de son contenu. Sans oublier le président du parti au pouvoir, le parti de tous les pouvoirs, celui qui agit effectivement au nom du tout puissant club des généraux putschistes.

Vous aurez certainement l’occasion de faire la connaissance du président d’un Observatoire des droits de l’homme, installé pour pallier à la myopie du système dans ce domaine, et qui s’avérera vite, dès sa naissance, atteint d’une cécité grave, au point de compter les victimes de la terreur et la répression dans l’ordre décroissant.

Il est aussi prédictible que défileront devant vous ensuite les journalistes attitrés qui excellent dans l’art subtil qui consiste à diffuser les communiqués officiels, tout en préservant le titre d’«indépendants», ainsi que les dirigeants d’une multitude d’associations socioprofessionnelles, culturelles, syndicales, patronales, droits-de-l’hommistes, féministes, sportives, etc. etc… jusqu’aux présidents du Loto et du Pari Sportif algériens.

Ils viendront tous vous exposer leur point de vue, vous expliquer la solution qu’ils préconisent pour résoudre la crise algérienne. Ils vous diront tous la même chose. La concordance de leurs propos et la convergence de leurs idées vous laisseront déconcertés. Tous vous apporteront la même vérité – la seule tolérée – que vous auriez déjà maintes fois entendue de la bouche de leurs hommes de la rue. Une vérité qu’on vous répétera jusqu’à ce que vous seriez enfin aptes à la porter en vous, à la réciter les yeux bandés, à l’annoncer comme de bons apôtres convaincus, dès votre retour, autour de vous.

Il est prédictible que «cette vérité» sera peut-être mieux formulée, présentée de manière plus subtile, enrobée dans des élaborations théoriques et des constructions intellectuelles. Vous aurez droit à des leçons d’histoire, de géographie et de stratégie politique. On vous rappellera le caractère géostratégique de l’Algérie et soulignera la dimension régionale, voire globale, du «péril vert». On ne se gênera pas de vous renvoyer à un passé lointain, qui suscite chez certains d’entre vous de vives émotions, en faisant des parallèles avec l’Allemagne hitlérienne, l’Italie mussolinienne, l’Espagne franquiste ou le Portugal salazarien.

Excellences,

Il est prédictible que ce qui vous sera difficile d’entendre, c’est l’autre voix de l’Algérie. Celle de ses enfants bannis, privés de parole, car ils ont commis le crime d’envisager une autre vérité que celle accréditée par le pouvoir. Les portes-parole et portes-plume de cette autre vérité, vous aurez tout le mal du monde à les rencontrer. Et quand vous aurez l’occasion de le faire, ça sera de manière furtive. Et pourtant ce sont eux qui pourront apporter des couleurs à l’image noir et blanc qu’on vous aura donnée de l’Algérie. Ce sont eux qui pourront mettre des nuances dans le paysage binaire qu’on vous aura dépeint. Ce sont eux qui pourront corriger la description trop simplificatrice et réductrice de la crise, que vous aurez eue.

Ces Algériens, Madame et Messieurs les membres de la Délégation, qui sont des femmes et des hommes politiques tels que Louisa Hannoune, Abdelhamid Mehri et Benyoucef Benkhadda, des défenseurs des droits de l’homme tels que les avocats Abdennour Ali-Yahia et Mahmoud Khelili, des journalistes tels que Salima Ghezali, vous apprendront qu’en Algérie, le noir n’est pas aussi noir et le blanc pas aussi blanc que l’on veuille le faire croire.

Ces Algériens sont aussi celles et ceux que vous rencontrerez dans la rue mais qui hésiteront à prononcer un mot. Celles et ceux que vous n’entendrez pas parler en présence des officiels, car tétanisés sous l’effet des uniformes. Celles et ceux qui ne feront que vous regarder. Celles-là et ceux-là, vous pourrez vous fier à leur langage non verbal. Vous pourrez décoder leurs expressions corporelles et déchiffrer les signaux visuels qu’ils vous enverront. A travers les traits de leurs visages, vous pourrez deviner l’ampleur de leur drame. Dans leurs yeux, vous pourrez lire leur souffrance. Si on vous permet de les écouter seuls et seules, et si vous les entendez, ils vous diront combien des leurs ont-ils injustement perdus. Ils vous diront les humiliations qu’ils endurent au quotidien, les détentions extrajudiciaires, les tortures, des viols, les exécutions sommaires, les massacres collectifs, les disparitions et plein d’autres atteintes à la dignité humaine et aux droits fondamentaux de la personne qu’ils ont éprouvés ou dont ils ont été les témoins. A défaut de les écouter, vous pourrez les regarder avec attention. Vous pourrez scruter leurs silhouettes et observer leurs tenues pour savoir à quel point ils vivent la misère économique. Vous saurez comment ils se battent pour préserver un minimum de survie indécente. Car de vie décente il ne rêvent plus depuis qu’ils ont tout perdu y compris la possibilité de subvenir aux besoins de leurs familles. Vous saurez à quoi ressemble un être humain incapable de scolariser ses enfants, de leur fournir des soins, ou de leur acheter du lait tout simplement. Vous saurez à quoi ressemble un peuple auquel on a confisqué la dignité et qu’on a entraîné en l’espace de quelques années vers les abysses de la pauvreté et de l’insuffisance, sous les ordres du FMI et d’autres bailleurs de fonds, sous la conduite d’un pouvoir qui dilapide les richesses du pays en surarmement et en fortunes privées, et sous les applaudissements du Monde libre.

Excellences,

Voilà enfin partagés avec vous tous mes espoirs et toutes mes craintes. En plus de ce partage, je voudrais vous souhaiter bonne chance. Car vous devez réussir votre mission, pour le peuple algérien. Ce peuple qui est en ce moment privé non seulement de justice mais aussi de vérité.

Il est dit, Madame et Messieurs les membres de la Délégation, que dans un monde où la justice est inaccessible, la vérité peut être un substitut temporaire. Sans que la vérité sur ce qu’il s’est passé et sur ce qu’il se passe en Algérie ne soit dite, le retour de la paix civile sera pratiquement impossible. La vérité est le préalable indispensable à tout effort de réconciliation. J’espère de tout mon coeur que vous marquerez, dans mon pays, les premiers pas dans le chemin de la vérité.

Abbas Aroua
20 juillet 1998

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An Open Letter to the United Nations Delegation going to Algeria
Lundi, 20 Juillet 1998

President Mario Soares
Minister Simone Veil
Prime Minister Inder Kumar Gujral
Prime Minister Abdel Karim Kabariti
Ambassador Donald McHenry
Attorney General Amos Wacko

Members of the United Nations Delegation invited by the Algerian government.

Excellencies,

I have learned that the Algerian Government has invited you to visit Algeria for several days, with the aim of gathering information on the situation in the country and of presenting a report to the United Nations Secretary General, a report which should be made public.

Given that part of your mission is to listen to, but also to hear, what the Algerian society says about what is happening in its country I venture, as an Algerian citizen and as member of the ‘Truth, Justice and Peace in Algeria’ Movement, to share my hopes and fears which your visit arouses, and also my opinion as to what is happening in my country.

Excellencies,

As for my hopes, let me first say that I am delighted and I congratulate you for having been chosen by the General Secretary for this mission. He has decided to choose eminent people of integrity, the majority of whom have shown their attachment to the struggle for the defence of freedom and human rights over a long period.

In consulting your biographies, I tempered my scepticism regarding the efficacy of a delegation without real power, without specialists in the strategies and tactics of counter-insurrectional war, without criminological expertise in the investigation of crimes against humanity, of war crimes and of politicides in the context of conflicts euphemistically termed ‘low-intensity’, a delegation not entitled to investigate and which must be content to observe from afar and draw conclusions. I tempered my scepticism because despite these risks one cannot help but see, in your delegation, people of great sensitivity and perspicacity who have acquired an understanding of human suffering from personal experience. The compassion evident in the political journey of each of you shows that it is only the preoccupation with what the Algerian people are enduring, and your desire and will to contribute to bringing to end this tragedy, that animates your action.

President Soares, your long battle against Salazar’s dictatorship, your deportation to the Sao Tomé, the prison which you visited twelve times for your political opinions, your exile in Paris for several years, your writings on the subject of freedom in addition to your commitment to defending human rights with your contribution to human rights NGO’s, notably the International League of Human Rights of which you are a member. All this makes you very able to understand why a people rises up against a dictatorship and its injustices and how, in its search for freedom, it pays with its life.

It is equally your case, Prime Minister Gujral, you who were imprisoned back in 1930-31 for participating in a movement for freedom for your country, and again for a second time in 1942 during the ‘Quit India’ campaign. It was a time when Mahatma Ghandi travelled across the sub-continent to educate his people and teach them the meaning of freedom.

As for you, Minister Veil, who suffered at the age of seventeen internment in Auschwitz and Bergen-Belsen concentration camps with your mother and two sisters. You who experienced the worst atrocities for the crime of simply being who you are, and who left in the death camps your mother and one of your sisters. You who evoke almost everywhere ‘the conscience of good’, you are well-equipped to understand the true nature of a regime which from its earliest days after the coup d’Etat did not hesitate in deporting tens of thousands of innocents to camps in the South, innocent people taken from the streets for some imprisoned for several years simply for having beard or wearing a kamis at the time of a raid.

Your presence Prime Minister Kabarati, in the delegation is particularly useful. You come from a country with the same culture and traditions. It will be easy for you to note the suffering of a fellow people, you who are very sympathetic to the Arab fraternity. Your presence is even more valuable in that you have experienced in your country, the Hachemite Kingdom of Jordan, the same political experience, the same turmoil, the same animated debates about the participation of Islamists in the country’s government. But, contrary to the attitude of your hosts, you have not chosen the eradication of your political opponents. You have fought them politically, you have sat with them in parliament, thus respecting the will of your fellow citizens who voted for them.

Ambassador McHenry, your fight against the lobbies and their manipulation of opinion in your country has no doubt inoculated you against any attempt at influence of which you will be the target in Algeria. Your various experiences with African regimes has well-equipped you to recognize the subtle mechanisms used to mask their repressive systems and cover them with an appearance of legality. Your support, in your own country, of minority rights, of equal opportunity and of ‘affirmative action’ have surely sharpened your sense of solidarity with the weak, the poor, the oppressed, the exploited, the humiliated, the abandoned, those of little importance in states on non-Law. Every day you will meet such people in the towns and villages in Algeria.

Your lawyer’s education Attorney General Amos Wacko, as that of Mr Soares and Mrs Veil, provides you with the intellectual equipment necessary to discern the true from the false, the good from the bad, the legal from the illegal, the legitimate from the illegitimate in spite of all the rhetoric aiming to confound one with the other. With your logic of Law, all mystifying sophism, all political alchemy which attempts to transform the victim into the torturer and the guilty into the innocent, has no hold on you. In addition, your African sensitivity will no doubt help you to see through the opacity deliberately created around the Algerian situation.

Excellencies,

As for my fears, perhaps you will found them legitimate. They are founded, in general, on a knowledge of history, the values and practices of the Algerian military junta and the diplomacy at its service, and in particular, on the often confirmed experience of its management of lies during visits of missions similar to yours. It is a knowledge inferred from observing the military-diplomatic management of lies during visits of numerous personalities who have travelled to Algeria until now (observers from the United Nations Organisation, the Organisation of African Unity, the Arab League, European ministers and parliamentarians, artists and a few rare journalists). It is a knowledge which should not be rejected a priori, because it can be tested, it has the ability to predict. These fears are based on experiences which should be heeded because the characteristic of the military psyche, and thus of its diplomatic service, is the fear of the insecurity of change, it is the need to reproduce itself, to be foreseeable.

Excellencies,

It is predictable that the Algerian government has accepted your arrival so that you may notice its success in managing the country’s business affairs. It has accepted you with the aim of hearing you, after your return, proclaim loud and strong its success and praise a country where ‘all is fine’, contrary to that which the ‘wicked’ NGO’s suggest, like Amnesty International, the International Federation for Human Rights, Human Rights Watch and Reporters sans Frontières who have been ‘infiltrated and manipulated by the GIA’ and who have sold their souls to work with ‘Western imperialism and neo-colonialism’.

It is predictable that they will wish to use your delegation as an alibi, as they did with Henry-Levy, Glucksmann, Pelletro, Bonnet and other Souliers. It is also predictable that with your fame and integrity they will not dare use with you the same methods they used with others, that is to say cases filled with bank notes or bloody shares in joint ventures (such shady affairs are just beginning to surface in the international press). But they will not hesitate to use your names and your experience in international forums to claim their innocence, to deny their crimes, to win sympathy. They will continue evoking your names, perhaps even quoting you, to show that there is no need for an independent enquiry commission.

It is predictable that they will use your conclusions, deforming them if necessary, to destroy the arguments of the General Secretary and the High Commissioner of Human Rights who for months have both been demanding such a commission of enquiry, and found themselves being called all sorts of names by the Algerian government and its relay stations in Algeria and elsewhere, and have even been disapproved of by close collaborators.

Excellencies,

Apart from inaccessible and unverifiable intentions, other things can be predicted about the Algerian military junta.

You are all in your own way, fervent opponents of colonialism and imperialism. Some of you, such as you Ambassador McHenry who are from the same political family as President John F. Kennedy, have even written on the subject of decolonization. There are amongst you old friends of the Algerian Revolution.

It is therefore predictable that you will meet those who play on this refrain, speaking about the ‘War of Liberation’, about the ‘attainments of the revolution’, about ‘national sovereignty’ and about the ‘principle of non-interference’. Those are only false arguments used by ‘impostors in spite of themselves’. Because fundamentally, these people have never really been independent and have never experienced real freedom. They remain colonialized in spirit, they retain the ideas, attitudes and reflexes of the colonialized accustomed to submission. That is why, potentially able to be re-colonized, they are not embarrassed, at the first opportunity, to compromise the political independence of their country, to sell off its economic resources and to mortgage its future.

The Algerian revolutionaries who you admire, the patriots who rose up against colonial oppression either sacrificed their lives during the War, as did Amirouche and Ben-M’hidi, or they have been put on one side, marginalized after independence by those who for decades have been reaping the advantages of the revolution. The rare symbols of the War of Liberation which had stayed intact in the eyes of the Algerian people, have unfortunately ended by tarnishing their past by joining, often zealously, the criminal enterprise of the putschists of the nineties. What a sad and pitiful end has been reserved for Mohamed Boudiaf, M’hammed Yazid, Ali Haroun, Rédha Malek and others, formerly famous for the fight they lead in the liberation of their people, today sadly shamed by this same people for the moral support they have given, and continue to give, to a military government lacking legitimacy.

It is therefore predictable that they will try to manage you by invoking common sentiments and struggles. Maître Jaques Vergès was not mistaken when he denounced torture in his ‘Open letter to my Algerian friends who have become torturers’. It should be said that Jaques Vergès feels bound by principles and to an ‘eternal Algeria’, that of ‘farmers and olive sellers’, not by a selfish nostalgia for the past and people. His strength has always been to predict the reflexes of the bureaucrats of injustice.

Excellencies,

It is predictable that during your stay in Algeria you will be warmly welcomed. You will be put up in wonderful Mediterranean villas and luxurious hotels. You will be treated to Algerian generosity and hospitality. You will be served fine couscous, with meat from lambs raised on the succulent grass of the Tel. You will taste the delicacies of a country with a culinary wealth drawn from the East and West. You will visit beautiful places, peaceful and prosperous. And when you have had enough and you ask to be taken to where you may, at last, begin your work, you will be taken to areas where everything is ready and waiting for you. When you begin to feel uncomfortable with the omnipresence of your hosts, you will be told that it is for your well-being, your security and comfort.

There, in the disaster areas, in the middle of ruins, it is a completely different Algeria that you will see. In ‘useless’ Algeria (as opposed to the ‘useful’ Algeria, which described during the colonial era the Algeria of the French, and which today describes where the interests of the reigning groups are concentrated) you will meet the misery and suffering written on human faces. You will be surprised to discover the sadness and grief of a people joyful by nature.

It is predictable that the people presented to you, to throw light on the situation, will have immediate replies ready for all of your questions. They will tell you, in nearly identical terms, their truth, that decreed by the services of Certainty. They will name all the ‘isms’ responsible for creating the unhappiness in Algeria : fanaticism, obscurantism, fundamentalism, fascism and, of course, terrorism, which as you will see all describe the ambient islamism. They will tell you about their struggle to save democracy, modernity, the Free World and even Human Civilization. They will also evoke, with pride, their feats against the savagery of medieval barbarism.

Excellencies,

It is predictable that after your official tour of the outside, you will be brought to meet influential personalities, opinion makers. Throughout the entire day you will be presented with battalions of men and women who will be introduced to you as the guardian angels of modern Algeria.

You will be received by the President of an ill republic, that of a government which has been searching for a helm for too long, that of a parliament whose only effective act since its ‘nomination’ has been to guarantee royal treatment for its members, and that of a senate, one epoch late, in a hurry to finish, whatever the cost, his ‘unfinished combat’.

It is predictable that you will not be received by those with real power, that is to say the generals of the clans entitled to sit at the military conclaves which decide everything in the country, from the election of a president to an import licence for camembert, with the percentages and results of local elections in passing. You will not be received by the officers of various army fractions who, in their battle to control the military institution and the looting of national resources, use the State, the government, the political and para-political parties which are merely executing agents, often disposable utensils looking after the interests of their superiors. You will not be received by the tightly closed circle of death strategists who control nearly four hundred thousand armed men, ranging from regular troops to self-defence militias, with the ‘islamist GIA’ and ‘Berber GIA’ in passing.

The heads of the accepted political parties will be included in the festivities. There will be the ‘dinosaurs’ inflated by electoral cheating, to the other ‘strumpfs’ whose ‘microscopic’ size has not moved a micron, and who a certain respectable lawyer described as ‘decorative’. The complete ‘boulitical’ spectrum will be present, from the secular extremist, defender of a republic ashamed of its people, to the arrogant islamist, imbued with his own personality, who having introduced so many innovations to the Algerian political vocabulary, animated by a fervent political opportunism, has invented a new type of ‘anti-establishment participation’, or rather ‘opposition by zealous support’, a recipe that would make the Swiss ‘magic formula’ jealous.

You will obviously meet the General Secretary of the FLN overrun by militant opportunists of the 25th hour who bear merely the initials of the party, and would be incapable of explaining the Declaration of November 1st 1954, even if they were aware of its content. Not forgetting the president of the party in power, the party of total power, that which effectively acts in the name of the all powerful club of putschist generals.

You will certainly have the occasion to get to know the president of a human rights observatory, established to alleviate the short-sightedness of the system in this area, and which since its inception has quickly showed its chronic blindness to the point of enumerating the victims of terror and repression in diminishing numbers.

It is also predictable that they will parade in front of you journalists who excel in the subtle art of diffusing official communications and at the same time preserving their ‘independent’ status, as well as directors of a multitude of socio-professional associations, cultural, trade-union, employers’, human rights, feminist, sport etc. etc. to the presidents of the Algerian lottery and the ‘Pari Sportif’.

They all will come to expound their point of view, to explain the solution they advocate to resolve the Algerian crisis. They will all say the same thing. The concordance of their statements, the convergence of their ideas will leave you disconcerted. They all will bring you the same truth – the only one tolerated – that you will have already heard countless times from the mouths of their men in the street. A truth that will be repeated so often that you will finally be able to repeat it blindfolded, to announce it upon your return as convinced apostles.

It is predictable that ‘this truth’ will be well formulated, presented in a subtle manner, wrapped in theoretic elaborations and intellectual constructions. You will be entitled to history, geography and political strategy lessons. You will be reminded of the geo-strategic character of Algeria and the regional, indeed global, dimensions of the ‘green peril’ will be emphasized. They will not feel uncomfortable in recalling history, knowing it will stir strong emotions in some of you, by making parallels with Nazi Germany, Italy under Mussolini, Spain under Franco and Portugal under Salazar.

Excellencies,

It is predictable that it will be difficult for you to hear the other voice of Algeria. That of its banished children, denied the spoken word because they committed the crime of imagining a truth other than that believed by the government. You will have great difficulty in meeting the spokesmen, and women, of this other truth. And when you have the chance, it will be a furtive meeting. It is however they who can colour the black and white image of Algeria that you will have been given. It is they who will be able to put some nuances into the binary landscape that will have been depicted. It is they who will be able to correct the over-simplified and reducing description of the crisis that you will have received.

These Algerians, lady and gentlemen members of the Delegation, are male and female politicians such as Louisa Hannoune, Abdelhamid Mehri and Benyoucef Benkhadda, human rights defenders such as the lawyers Abdennour Ali-Yahia and Mahmoud Khelili, journalists such as Salima Ghezali. They will teach you that in Algeria the black is not as black and the white is not as white as one is lead to believe.

These Algerians are also those you will meet in the street, but will hesitate to talk. Those who you will not hear speak in the presence of officials because they become tetanized by the sight of uniforms. Those who dare only look at you. Those who you can trust by their non-verbal language. You will be able to decode their bodily expressions and read the visual signal they will send to you. By the lines on their faces you will be able to guess the extent of their drama. In their eyes you will be able to read their suffering. If you were allowed to listen to them alone, and if you were to hear them, they would tell you how many of their relatives they had unjustly lost. They would tell about the daily humiliations they suffer, the extra-judiciary detentions, the torture, the rape, the summary executions, the collective massacres, the disappearances and many other attacks on human dignity and on fundamental rights of the individual that they have either experienced or witnessed. Failing listening, you would do well to look at them carefully. You will be able to scrutinize their forms and observe their clothing to understand to what point they live in economic misery. You will learn how they must fight to preserve an indecent survival minimum, because they have lost everithing, including the possibility to provide for the needs of their families and no longer dream of a decent life.

You will learn what it is like to be a man unable to educate his children, to provide them with treatment or simply to buy them milk. You will learn what it is like for a people to hay their dignity confiscated, to be lead to the lowest depths of poverty and inadequacy on the orders of the IMF and other moneylenders, and by a government which squanders the country’s wealth on over-arming and on private fortunes, to the applause of the Free World.

Excellencies,

Finally, my hopes and fears are shared with you. In addition I would like to wish you good luck because you must succeed in your mission for the Algerian people. This people which is at the moment denied not only justice, but also truth.

It is said, lady and gentlemen of the Delegation, that in a world where justice is unattainable, truth can be a temporary substitute. A return to civil peace in Algeria is virtually impossible if the truth as to what has happened, and is happening, is not said. The truth is the indispensable preliminary to any attempt at reconciliation. I hope with all my heart that you will take the first steps on the path to the truth in my country.

Abbas Aroua
20 July 1998