Mesdames et messieurs,

Bonjour à tous et merci d’être ici. Je remercie aussi l’organisation Augenauf et tous ceux et celles qui l’ont assistée pour organiser cette manifestation à la mémoire de notre frère Hamid Bakiri.

Rahimahoullah oua ghafara lahou, oua rahimanaa oua ghafara lanaa ma-ahou.
Puisse Dieu lui accorder – et nous accorder avec lui – Sa Miséricorde et Son Pardon.

Hamid Bakiri a quitté l’Algérie il y a quelques années. Il a quitté Constantine ville de la science, des arts, de la musique, du raffinement. Ville d’Ahmed Bey, d’Abdelhamid Ben-Badis et de bien d’autres qui nous ont laissé des chef d’œuvres dans la manière d’exprimer leur attachement à Constantine.

Hamid Bakiri s’est retrouvé en Suisse, puis l’a quittée pour sillonner l’Europe avant d’atterrir et de s’établir en Norvège comme réfugié. Mais son destin était ailleurs. Il quittera la Norvège, transitera encore une fois par la Suisse, pour aller vers une autre destination. Il ne savait pas que ce devait être son dernier voyage.

Dans la nuit du 20 septembre 2001, ce jeune Algérien de 30 ans, détenu à Thusis pendant deux mois, devait faire face à la mort à l’intérieur de sa cellule.

Inna adjal-Allahi idha dja-a la you-akharou, laou kountoum ta-alamoun.
Quand vient le terme fixé par Dieu, il ne saurait être différé, si vous saviez !

Oua maa tadri nafsoun bi-ayi ardhin tamout. Inn-Allaha alimoun khabir.
Et personne ne sait dans quelle terre il mourra. Certes Dieu est Omniscient et Parfaitement Connaisseur.

Mesdames et messieurs, deux questions peuvent venir à l’esprit de certains d’entre nous : Pourquoi Hamid Bakiri a-t-il fui l’Algérie ? Et, pourquoi s’est-il suicidé ? C’est justement à ces deux questions que je tenterai, dans la limite du temps qui m’est accordé, d’apporter quelques éléments de réponse.

Fuir son pays et se retrouver en exil, séparé de sa famille et de ses amis, loin de sa terre natale, pour une durée indéterminée, est-ce facile à vivre ?

A cette question, chaque exilé, chaque réfugié, chaque requérant d’asile exprimera ses sentiments à sa manière, avec ses propres mots, avec sa propre sensibilité.

Le poète chilien Ricardo Reyes, que beaucoup connaissent sous le nom de Pablo Neruda, qui fut forcé à l’exil, écrivait en 1965 ceci :

L’exil est rond
Un cercle, un anneau :
Tes pieds en font le tour,
Tu traverses la terre
Et ce n’est pas ta terre
Le jour s’éveille et
Ce n’est pas le tien
La nuit arrive :
Il manque tes étoiles.

Quant au poète africain Fernando d’Almeida, lui aussi exilé à Paris, il écrivait en 1976 ceci :

Une cloche de deuil a sonné au seuil de l’exil
Et la tornade du matin a tonné vers la mer…
Tu marcheras le cœur au poing
Ton royaume sera la nostalgie
Ton langage la prison d’un exil

Que nous aurait dit Hamid Bakiri sur l’exil, si on l’avait interrogé ?

En fait, il nous a peut-être déjà répondu, à sa façon, en utilisant un moyen d’expression d’une violence extrême.

Mais pourquoi Hamid Bakiri a-t-il fui Constantine ? Pourquoi des Algériennes et des Algériens quittent-ils leur pays ? Car ils sont très nombreux à errer dans les quatre coins du globe.

En janvier 1992 le régime militaire d’Alger avait dit à la communauté internationale : Laissez-moi faire un coup d’Etat, laissez-moi interrompre le processus démocratique, laissez-moi éradiquer les vainqueurs des élections et verrouiller le champ politique pour éviter au monde le déferlement d’une vague de boat-people en provenance de l’Algérie. La communauté internationale l’a laissé faire. Pire, elle l’a aidé sans réserve.

Dix ans après, le résultat n’est pas brillant. Des centaines de milliers d’Algériens ont quitté leur pays. Des femmes et des hommes, des familles entières, des cadres supérieurs, des artistes, des intellectuels, des médecins, des scientifiques, des jeunes et des moins jeunes, des simples citoyens ont préféré aller vivre ailleurs, dans des conditions souvent précaires, plutôt que de subir, dans l’Algérie des généraux, la terreur, la répression et l’humiliation quotidienne multiforme.

Le bilan de cette décennie noire qu’à vécue l’Algérie est terrifiant.

Le peuple algérien est meurtri dans son âme et dans sa chair. Cela fait dix ans que le droit du citoyen à la vie et à la sécurité est bafoué. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques, détenus de façon extrajudiciaire, et autant de victimes de la torture institutionnalisée. Un nombre affolant de femmes violées. Entre 12 000 et 15 000 personnes disparues, 200 000 morts dont la plupart sont des victimes civiles des exécutions sommaires et des massacres qui continuent à faire des ravages, plus d’un million de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Voilà la triste réalité de l’Algérie.

Le peuple algérien endure, en outre, la misère économique dans ses manifestations les plus dégradantes. On l’a entraîné en l’espace de quelques années vers les abysses de la pauvreté et de l’insuffisance.

Le taux de chômage a été en moyenne de l’ordre de 35–38% en l’an 2000.

Environ un sur deux Algériens est pauvre, puisqu’il a un revenu journalier inférieur à un dollar.

Un Algérien sur cinq est malade.

Six millions de célibataires de plus de 19 ans n’ont aucune perspective de pouvoir fonder un foyer, à cause notamment de la crise du logement.

Un demi million d’élèves sont exclus chaque année du système scolaire ou l’abandonnent par manque de moyens.

Tout cela au moment où les fortunes des nouveaux milliardaires corrompus, proches des barons du régime militaire, ont été estimées à 40 milliards de dollars en 1999.

Cela crée un environnement propice à la prolifération des maux sociaux comme le divorce, les conflits familiaux, les suicides, les drogues, la mendicité, la prostitution, le crime et la violence sociale.

L’exil est donc pour beaucoup d’Algériennes et d’Algériens, qui peuvent se le permettre, un moyen d’échapper à cette douleur et de fuir cet enfer.

Pour d’autres, hélas, se donner la mort est la seule issue.

Ceci nous ramène à notre deuxième question. Pourquoi des Algériennes et des Algériens se suicident-ils ?

Avant le coup d’Etat militaire, on enregistrait en Algérie quelques dizaines de suicides et tentatives de suicide par année sur une population d’à peu près 25 millions. C’est un taux étonnamment faible, diriez-vous. Oui, en effet. Lorsque je vivais dans mon pays, il était rare d’entendre parler d’un suicide. De temps en temps, on apprenait le suicide, et surtout la tentative de suicide, d’un jeune adolescent ou d’une jeune adolescente qui avait subi un échec scolaire ou sentimental. Un moyen d’attirer l’attention, de susciter la compassion.

Et l’on peut se demander pourquoi ce faible taux de suicide ?

D’aucuns expliqueront cela par le soleil qui rayonne dans mon pays à longueur d’année et qui incite à la joie de vivre. D’autres diront que c’est à cause des liens sociaux très forts ; les gens étant proches les uns des autres, ils s’entraident pour surmonter les difficultés de la vie. Tout cela est vrai. Mais il y a aussi l’éducation et la culture islamiques qui, pour protéger la vie, découragent, voire interdisent l’acte de suicide. Notre vie ne nous appartient pas, elle appartient à son Créateur ; nous ne pouvons donc pas lui porter atteinte.

Hélas les choses ne sont plus ce qu’elles étaient en Algérie. Les statistiques enregistrées et reconnues par les autorités algériennes montrent qu’après le coup d’Etat de 1992 et en dix ans de guerre, le taux de suicide en Algérie s’est multiplié par un facteur 10. Sur cinq suicidaires quatre sont des hommes. Pratiquement deux sur trois sont chômeurs et deux sur trois sont âgés entre 18 et 40 ans. Le phénomène du suicide connaît des pics pendant les périodes de licenciements en masse.

Que s’est-il donc passé dans mon pays ?

Ce qui s’est produit en Algérie, c’est que le soleil ne brille plus comme avant sur les cœurs des femmes et des hommes, des cœurs assombris par tant de souffrances et de deuil.

Ce qui s’est produit en Algérie, c’est que dix ans de guerre et de misère ont défait le tissu social et ont contraint tout le monde à vivre chacun pour soi.

Ce qui s’est produit en Algérie, c’est la détresse infinie vécue par celle et celui qui a perdu en une nuit tous les siens lors d’un massacre. La détresse infinie vécue par le père de famille qui se trouve soudain démuni, incapable d’acheter son pain quotidien. La détresse infinie vécue par la veuve qui nourrit ses enfants des poubelles des marchés, et celle qui ne trouve que le trottoir pour gagner sa vie. La détresse infinie qui mène au suicide.

Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous citer quelques témoignages qui vous donneront une idée précise sur cette détresse infinie.

En décembre 1998, la presse algérienne nous a fait le récit terrible d’une famille dans une localité de la wilaya de Souk Ahras, à l’est algérien, une famille qui « n’aurait pas mangé durant plusieurs jours par suite de la mise au chômage du père dont le salaire était la seule ressource. Après avoir frappé à toutes les portes des administrations, entreprises publiques et privées et n’ayant pas le nécessaire pour survivre à travers un commerce à la sauvette, ce père que la mendicité répugnait, avait décidé de s’enfermer avec sa famille dans la maison. Il avait décidé de quitter, avec toute sa famille, ce monde ingrat en se laissant aller jusqu’à ce que mort s’ensuive. » Voici là une tentative de suicide collectif de toute une famille : le père, la mère et leurs quatre enfants en bas âge, sauvés in extremis par des voisins qui ont remarqué leur absence.

En avril 2000, la presse algérienne s’était intéressée à l’ampleur que prenait la prostitution en Algérie, un phénomène qui touchait tous les âges, tous les milieux sociaux, les filles comme les garçons. Elle nous a rapporté des témoignages bouleversants.

Le témoignage de Nawal, une jeune Algérienne, qui raconte qu’ « après avoir tenté ma chance dans les administrations dans le cadre de l’emploi des jeunes, j’ai dû perdre espoir. C’est à ce niveau qu’on m’avait fait miroiter un emploi fixe en contrepartie d’une relation. Par la suite, j’ai été prise dans l’engrenage lié au chantage qu’on m’imposait. Perdue pour perdue, j’ai choisi de louer mes charmes pour subvenir aux besoins de toute ma famille.»

Le témoignage de Fatma, qui a passé la cinquantaine, totalement démunie, et qui n’a que le commerce de son corps pour subvenir aux besoins de sa famille.

Le témoignage de Zaïnouba qui fait remarquer avec tristesse qu’« il n’y a pas de travail, que voulez-vous qu’on fasse, mourir de faim ?»

Enfin, le témoignage de Hassiba, mère de famille de 36 ans, qui déclare que : « J’étais très heureuse avec mon mari et mes deux enfants. La fermeture de l’entreprise a été le début des problèmes. Le salaire, notre seule ressource, nous avait permis de vivre décemment. Puis ce fut la cassure. Aux problèmes financiers se sont ajoutés ceux liés à l’environnement, avec au bout le divorce. En charge de mes deux enfants, je devais subvenir à leurs besoins essentiels. Ce qui m’a contrainte à vendre mon corps malgré le dégoût que j’éprouve. Préalablement, j’avais cherché du travail mais partout où je me présentais, la seule réponse était des propositions malhonnêtes. Si ce n’était pas mes deux filles, il y a longtemps que je me serais suicidée. Parce qu’être une prostituée me répugne mais, Allah ghaleb, c’est mon destin.»

Mesdames et messieurs, après avoir entendu des Algériens, au bord du suicide en Algérie, revenons maintenant aux Algériens exilés. Pourquoi certains d’entre eux préfèrent-ils se suicider ?

Il est affirmé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme que : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

Il se trouve, mesdames et messieurs, que ces Algériens qui prennent le chemin de l’exil pour trouver refuge ailleurs, avec le rêve d’une vie meilleure, se trouvent souvent confrontés à la dureté du monde réel. Ils sont vite désillusionnés.

Arrivés sur la terre d’exil, ils sont souvent victimes des préjugés, de la méfiance, de la peur, de la suspicion. Le pouvoir algérien exploite ces réflexes et clichés et présente ces gens qui ont fui sa répression comme des terroristes.

Ils sont souvent victimes de l’incompréhension, de la non reconnaissance, de la machinerie administrative qui les broie sans pitié, de la hantise de l’expulsion en Algérie.

Ce fut le cas à Francfort de cette Algérienne de 40 ans, tellement désespérée d’attendre, après des mois, l’aboutissement de sa demande d’asile, qu’elle a fini par se pendre au troisième étage d’un foyer pour réfugiés de la zone de transit de l’aéroport.

Des Algériens fuyant la persécution dans leur pays se retrouvent ainsi victimes d’une autre forme de persécution.

Or, lorsqu’on est affaibli, démuni de la capacité de se défendre contre la persécution, par la solitude et le manque de solidarité, on pense que le suicide est le « moyen qui nous soustrait à la persécution des hommes », comme l’avait dit Chateaubriand.

Mais le suicide d’un réfugié peut aussi constituer un acte politique.

Prenez le cas de l’artiste algérien Mohamed Amzert. Il s’est exilé en France en 1994 à l’âge de 45 ans. La guerre faisait des ravages en Algérie. La France soutenait à fond le régime d’Alger sur tous les plans, notamment militaire. A la fin de cette année 1994 et au début de l’année 1995, les principales forces politiques algériennes se sont rencontrées deux fois à Rome sous l’égide de la communauté de Sant’Egidio et ont signé un Contrat national, une plate-forme pour une solution politique au conflit algérien. Le pouvoir militaire, avec arrogance et irresponsabilité, a rejeté cette offre de paix, globalement et dans le détail. Le gouvernement français a continué à le soutenir. Quatre mois plus tard, Mohamed Amzert, réalisateur de métier, décida de mettre en scène sa propre fin, de façon spectaculaire. Il s’est immolé par le feu le 12 mai 1995 dans un jardin public parisien. Son acte, réalisé en public, n’était pas un geste personnel. Il revêt une grande signification morale et politique.

Cher frère Hamid Bakiri, tu nous a quittés à un âge où d’autres, qui n’ont pas connu ta détresse, commencent à peine à prendre goût à la vie.

Nous aimerions tellement te demander, en paraphrasant le poète de ta ville Constantine, Malek Haddad, qui lui aussi a connu l’exil il y a quarante ans : Qui est venu déranger tes rêves dans la nuit ?

De la solitude de ton exil, de la solitude de ta prison, de la solitude de la nuit, tu nous as envoyés un signal fort et un message douloureux : Lorsque la solidarité disparaît de ce monde, la vie ne vaut plus la peine d’être vécue.

Abbas Aroua
A l’occasion de la manifestation organisée à la mémoire de Hamid Bakiri
Coire, le 3 novembre 2001

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Im Gedenken an unseren Bruder Hamid Bakiri

Meine Damen und Herren,

Ich wünsche allen einen guten Tag und danke, dass Sie hier sind. Ich möchte mich auch bei der Organisation augenauf und all denen bedanken, die geholfen haben, diese Demonstration zum Gedenken an unseren Bruder Hamid Bakiri zu organisieren.

“Rahimahoullah oua ghafara lahou, oua rahimanaa ou ghafara lanaa ma-ahou.”
Möge Gott ihm und uns Sein Erbarmen und Sein Verzeiehn gewähren.

Hamid Bakiri verliess Algerien vor einigen Jahren. Er verliess Constantine, die Stadt der Wissenschaft, Kunst, Musik und Rafinesse. Es ist die Stadt Ahmed Bey’s, Abdelhamid Ben Badi’s und vieler anderer die uns Meisterwerke hinterlassen haben in ihrer Art, ihre Zuneigung zu Constantine auszudrücken.

Hamid Bakiri fand sich wieder in der Schweiz, und verliess sie, um Europa zu durchreisen, bevor er sich in Norwegen als Flüchtling niederliess. Doch sein Schicksal lag anderswo. Er verliess Norwegen, und reiste durch die Schweiz, um an ein anderes Ziel zu gelangen. Er wusste nicht, dass dies seine letzte Reise sein würde.

In der Nacht auf den 20. September 2001 musste sich dieser 30 Jahre junge Algerier in einer Zelle in Thusis, wo er zwei Monate lang festgehalten worden war, dem Tod stellen.

Inna adjal-Allahi idha dja-a la you-akharou, laou kountoum ta-alamoun.
Wenn die von Gott gegebene Zeit kommt, kann sie nicht verschoben werden, wenn ihr wüsstet!

Oua maa tadri nafsoun bi-ayi ardhin tamout. Inn-Allaha alimoun khabir.
Und keiner weiss, wo er sterben würde.
Bestimmt ist Gott allwissend und perfekter Kenner.

Meine Damen und Herren, zwei Fragen könnten einigen von uns einfallen: “Wieso floh Hamid Bakiri aus Algerien?”, und “Wieso hat er sich umgebracht?” Genau zu diesen zwei Fragen möchte ich mögliche Antworten geben, in der kurzen Zeit, die mir zugestanden wurde.

Sein Land zu verlassen und sich im Exil wiederzufinden, getrennt von Familie und Freunden, weit entfernt von seinem Geburtsland, für eine unbestimmte Dauer – kann das einfach sein? Auf diese Frage wird jeder Flüchtling, jeder im Exil lebende, jeder Asylsuchende seine Gefühle auf seine Weise, mit eigenen Worten, eigener Sensibilität wiedergeben.

Der chilenische Dichter Ricardo Reyes, den viele unter dem Namen Pablo Neruda kannten, und er ins Exil gezwungen wurde, schrieb 1965 folgendes:

Das Exil ist rund
Ein Kreis, ein Ring:
Deine Füsse machen die Runde,
Du durchquerst die Erde
Und es ist nicht deine Erde
Der Tag erwacht und
Es ist nicht deiner
Die Nacht kommt:
Es fehlen deine Sterne.

Der afrikanische Poet Fernando d’Ameida dagegen, der auch in Paris im Exil war, schrieb 1976 dieses Gedicht:

Eine Trauerglocke läutete an der Schwelle zum Exil
Und der Sturm des Morgens donnerte gegen das Meer…
Du wirst mit dem herzen in der Faust gehen
Dein Königreich wird das Heimweh sein
Deine Sprache das Gefängnis einer Verbannung.

Was hätte wohl Hamid Bakiri über das Exil gesagt, wenn man ihn befragt hätte?

Eigentlich hat er uns vielleicht schon geantwortet, auf seine Art, in dem er sich eines äusserst gewaltsamen Ausdrucksmittels bediente.

Aber warum flüchtete Hamid Bakiri aus Constantine?

Wieso verlassen die AlgerierInnen ihr Land, denn sie irren sehr zahlreich in den vier Ecken des Erdballs. Im Januar 1992 sagte das Militärregime in Alger der internationalen Gemeinschaft: “Lasst mich einen Putsch machen, lasst mich den Demokratisierungsprozess unterbrechen, lasst mich die Gewinner der Wahlen auslöschen und das politische Feld abriegeln, um der Welt das Losbrechen einer Welle von boat-people aus Algerien zu ersparen.” Die internationale Gemeinschaft liess sie gewähren. Schlimmer noch, sie halfen ihr ohne Bedenken.

Das Resultat nach zehn Jahren ist nicht prächtig.

Hundertausende Algerier haben ihr Land verlassen. Männer und Frauen, ganze Familien, höhere Kader, Künstler, Intellektuelle, Ärzte, Wissenschaftler, Junge und weniger junge, einfache Bürger haben es vorgezogen, anderswo zum Teil unter prekären Bedingungen zu leben, als im Algerien der Schreckensgeneräle, der Repression und der vielfältigen täglichen Erniedrigung zu bleiben.Die Bilanz dieses dunklen Jahrzehnts, das Algerien erlebt hat ist erschreckend.Das algerische Volk ist an Seele und Leib verwundet.

Seit zehn Jahren wird dem Bürger das Recht auf Leben und Sicherheit nicht mehr zugestanden. Zehntausende politische Gefangene werden ohne Gerichtsverfahren festgehalten, und es gibt ebensoviele Opfer der institutionalisierten Folter. Bestürzend viele Frauen wurden vergewaltigt. Zwischen 12’000 und 15’000 Verschwundene, 200’000 Tote, von denen die meisten zivile Opfer der Massenexekutionen und der verheerenden, immer noch andauernden Massaker sind. Mehr als eine Million Leute, die sich innerhalb des Landes evakuiert haben. Dies ist die traurige Wahrheit Algeriens.

Das algerische Volk erleidet unter anderem auch wirtschaftliche Not, in ihren entwürdigensten Formen. Innerhalb weniger Jahren wurde dieses Volk in die Abgründe der Armut und des Mangels getrieben. Die Zahl der Arbeitslosen betrug im Jahr 2000 durchschnittlich 35-38%. (?) Cirka jeder zweite Algerier ist arm, mit einem täglichen Einkommen von weniger als einem Dollar. Jeder fünfte Algerier ist krank. Sechs Millionen Ledige über 19 Jahren haben keinerlei Aussicht darauf, eine Familie zu gründen, besonders wegen der Wohnungskrise. All dies zum Zeitpunkt, wo der Reichtum der neuen korrpten Milliardäre, die den Baronen des Militärregimes nahestehen auf 40 Milliarden Dollar geschätzt wird (im Jahr 1999).

All dies schafft ein Umfeld, das zur Verbreitung sozialer Übel wie der Scheidung, Familienkonflikten, Selbstmorden, Drogen, Bettelei, Prostitution, Verbrechen und gesellschaftlicher Gewalt beiträgt.Das Exil ist also für viele AlgerierInnen, die dazu eine Möglichkeit haben, ein Mittel, diesem Schmerz zu entgehen und vor dieser Hölle zu fliehen.

Für andere ist Selbstmord leider der einzige Ausweg.Das bringt uns zu unserer zweiten Frage zurück: Wieso bringen sich die AlgerierInnen um? Vor dem Putsch wurden jährlich nur einige Dutzend Selbstmorde und Suizidversuche bei einer Bevölkerung von 25 Millionen Menschen registriert. Sie werden sagen, dass sei ein ertsunlich kleiner Prozentsatz. ja, tatsächlich. Als ich noch in meinem Land lebte war es selten, von einem Selbstmord zu hören. Von Zeit zu Zeit hörte man von einem Jugendlichen, der Selbstmord begangen hatte, oder versucht hatte, sich das Leben zu nehmen nach einem schulischen oder sentimentalen Misserfolg. Eine Art, Aufmerksamkeit auf sich zu ziehen, oder um Mitgefühl zu erwecken. Und man kann sich fragen, wie es zu dieser geringen Selbstmordrate kommt: Die einen werden das mit der Sonne erklären, die in meinem Land das ganze Jahr lang scheint, und die Lebensfreude hervorruft. Andere werden sagen, es sei wegen dem starken sozialen Beziehungsnetz, die Leute wären sich sehr nahe und würden einander helfen, die Schwierigkeiten des Lebens zu überwinden. All dies stimmt. Aber es ist auch die Erziehung und die islamische Kultur, die, um das Leben zu beschützen, den Selbstmord ( ? ) verbietet. Das leben gehört nämlich nicht uns selbst, sondern seinem Schöpfer, und wir dürfen es deshalb nicht gefährden.

Leider sind die Dinge in Algerien nicht mehr so wie sie einmal waren. Die Statistiken, die durch die algerischen Autoritäten bestätigt wurden, zeigen, dass die Selbstmordrate nach dem Putsch von 1992 und nach zehn Jahren krieg um das zehnfache angestiegen ist. Vier von fünf Suizidopfern sind Männer. Von diesen sind praktisch zwei Drittel arbeitslos, und zwischen 18 und 40 Jahren alt. Am meisten Suizide werden bei Massenentlassungen registriert. Was ist also los mit meinem Land?

Die Sonne scheint nicht mehr wie früher ihn die Herzen der Frauen und Männer, die Herzen sind verdüstert durch so viele Leiden und Schmerz. Was in Algerien geschehen ist, dass zehn Jahre Krieg und Elend das soziale Gefüge aufgelöst haben, und alle dazu genötigt haben, jeder alleine für sich zu leben. Es ist die Verzweiflung derer, die über Nacht alle ihrigen in einem Massaker verloren haben. Die Verzweiflung des Familienvaters, der sich plötzlich hilflos findet, unfähig, sein tägliches Brot zu kaufen. Die Verzweiflung der Witwe, die ihre Kinder mit den Abfällen des Marktes ernährt, und die derjenigen, der nur noch das Trottoir (Prostitution) bleibt, um ihr Leben zu verdienen. Die unendliche Verzweiflung, die zum Selbstmord führt.

Meine Damen und Herren, erlauben Sie mir, Ihnen einige Beispiele zu zitieren, die Ihnen eine Ahnung dieser unendlichen Verzweiflung geben:

Im Dezember 1998 hat uns die algerische Presse einen schrecklichen Bericht über eine Familie aus dem Ort Wilaya (Souk Ahras), im Osten Algeriens erstattet:
“Eine Familie, die während mehreren Tagen nichts ass wegen der Entlassung des Vaters, dessen Lohn das einzige Einkommen gewesen war. Nachdem er an allen Türen der Administration geklopft hatte, private und öffentliche Unternehmen, und keine Mittel hatte, um mit einem behelfsmässigen Geschäft das Überleben zu sichern, und da ihn die Bettelei abstoss, schloss sich dieser Familienvater mit seiner Familie im Haus ein. Er hatte sich entschieden, diese undankbare Welt mitsamt seiner Familie zu verlassen, und wartete (?) auf den Tod.” Hier also der kollektive Selbstmordversuch einer ganzen Familie, Vater, Mutter und vier kleine Kinder, der von Nachbarn, die ihre Abwesenheit bemerkt hatten im letzten Moment verhindert wurde.

Im April 2000 interessierte sich die algerische Presse für das Ausmass, die die Prostitution nahm, ein Phänomen, das alle Altersklassen, Milieus und sowohl Mädchen als auch Jungen betraf. Sie hat uns erschütternde Zeugenberichte gebracht. Zum Beispiel Nawal, eine junge Algerierin, die uns folgendes erzählte: ” Nachdem ich mein Glück bei allen Ämtern für die Beschäftigung der jungen Leute versucht hatte, musste ich meine Hoffnung verlieren. Und zu diesem Zeitpunkt hat man mich mit einer Dauerstelle gelockt, wenn ich bereit wäre, dafür eine Beziehung einzugehen. Dann wurde ich ins Räderwerk der Erpressung die man mir aufzwang gezogen. Verloren wie ich war, entschloss ich, meinen Charme zur Befriedigung der Bedürfnisse meiner ganzen Familie zu vermieten.”

Das Beispiel Fatma’s, die über 50-jährig ist, gänzlich verarmt, und der nur die Vermarktung ihres Körpers bleibt, um die Familie zu ernähren.Zaïnouba, die traurig bemerkt: “Es gibt keine Arbeit, was wollen Sie, dass wir tun, an Hunger sterben?”

Oder die Zeugenaussage Hassiba’s, 36-jährige Familienmutter, die folgendes erklärt: “Ich war sehr glücklich mit meinem Mann und meinen zwei Kindern. Die Schliesssung des Unternehmens war der Anfang unserer Probleme. Der Lohn, unsere einzige Einkommensquelle, hatte uns erlaubt, anständig zu leben. Dann kam der Wendepunkt. Zu den finanziellen problemen kamen solche, die mit der Umgebung verbunden waren, und zum Schluss die Scheidung. Ich musste alleine für die bedürfnisse meiner zwei Kinder aufkommen, was mich dazu veranlasst hat, meinen Körper zu verkaufen, trotz des Ekels, den ich dabei empfinde. Vorher hatte ich versucht, Arbeit zu finden, doch überall wo ich mich vorstellte, wurden mir als Antort zweideutige Angebote gemacht. Wenn meine zwei Töchter nicht wären, hätte ich mich schon lange umgebracht. Denn Prostituierte zu sein stösst mich ab, aber bei Gott dem Beherrscher (Allah ghaleb), es ist mein Schicksal.”

Meine Damen und Herren, nachdem wir nun von AlgerierInnen am Randedes Selbstmords gehört haben, möchte ich zurück zu denjenigen im Exil kommen. Wieso ziehen es einige unter ihnen vor, sich umzubringen? In der Menschenrechtserklärung steht: “Jeder Mensch hat das Recht, Schutz vor Verfolgung zu suchen, und in einem anderen Land Asyl zu beantragen.”

Meine Damen und Herren, es kommt vor, dass Algerier, die den Weg des Exils nehmen um anderswo Schutz zu suchen, mit dem Traum von einem besseren Leben, mit der Härte des realen Lebens konfrontiert werden, und schnell desillusioniert sind. Auf dem Boden des Exils angekommen, sind sie oft Opfer von Vorurteilen, Misstrauen, Angst und Verdächtigung. Die Mächtigen Algeriens verstärken diese Reflexe noch, indem sie die Idee verbreiten, die Leute, die vor ihrer Repression geflüchtet waren, seien Terroristen. Sie sind oft Opfer von Unverständnis, der Nichtannerkennung und der administrativen Maschinerie, die ohne Gnade läuft, der Angst vor der Ausschaffung nach Algerien, wie es der Fall war in Frankfurt bei dieser 40-zig jährigen Algerierin, die so verzweifelt war nach Monaten immer noch auf die Antwort ihres Asylgesuches zu warten, dass sie sich im dritten Stock eines Durchgangszentrums beim Flughafen erhängte. Algerier, die vor der Verfolgung in ihrem Land flohen, sehen sich so einer neuen Art von Verfolgung gegenüber.

Nun, wenn man geschwächt ist, und sich nicht mehr gegen die Verfolgung wehren kann, aus Einsamkeit und Mangel an Solidarität denkt man, “dass der Suizid ein Mittel ist, um sich vor der Verfolgung durch die Menschen zu schützen”, wie es Chateaubriand ausgedrückt hat.

Aber der Selbstmord eines Flüchtlings kann auch einen politischen Akt darstellen. Nehmen Sie den Fall des algerischen Künstlers Mohamed Amzert. Er ist 1994 im alter von 45 Jahren nach Frankreich ins Exil gegangen. Der Krieg richtete Verheerung in Algerien an. Frankreich unterstützte das Regime von Alger auf allen Ebenen, besonders der militärischen. Ende 1994 und Anfang 1995 haben sich die mächtigsten Politiker Algeriens zweimal in Rom getroffen, unter der Aufsciht der Gemeinschaft von Sant’Egidio und haben einen nationalen Vertrag unterschrieben, der eine Plattform für eine politische Lösung des Algerienkonflikts sein sollte. Die militärischen Machthaber haben dieses Friedensangebot in unverantwortlicher und arroganter Weise zurückgewiesen, sowohl gesamthaft als auch im Detail. Die französische Regierung fuhr gleichwohl fort, das Regime zu unterstützen. Vier Monate später entschied sich Mohamed Amzert, von Beruf Regisseur, das Ende seines eigenen Lebens in spektakulärer Weise in Szene zu setzen. Er hat sich am 12. Mai 1995 in einem Pariser Park dem Feuer geopfert. Seine Tat, die in der Öffentlichkeit vollbracht wurde, war kein persönlicher Akt, sondern zeigt eine grosse moralische und politische Bedeutung.

Lieber Bruder Hamid Bakiri, du hast uns in einem Alter verlassen, in dem andere, die deine Verzweiflung nicht kannten, erst Freude am Leben bekommen.

Wir würden dich so gerne fragen, den Poeten deiner Stadt Constantine, der vor 40 Jahren ebenfalls im Exil lebte, paraphrasierend: Wer kam in der Nacht deine Träume stören?

Von der Einsamkeit deines Exils, von der Einsamkeit deines Gefängnisses, von der Einsamkeit deiner nacht hast du uns ein starkes Signal und eine schmerzliche Nachricht gesandt: Wenn die Solidarität aus dieser Welt verschwindet, lohnt sich das Leben nicht.

Abbas Aroua
Rede anlässlich der Demonstration im Gedenken an Hamid Bakiri
Chur, 3. November 2001

4-coire-novembre2001

4-coire-novembre2001