Trois détenus de Guantanamo, un Yéménite et deux Saoudiens, sont décédés simultanément le 10 juin 2006 au camp de détention de Guantanamo Bay. Les autorités américaines ont avancé à l’époque la thèse du suicide par pendaison. Les corps des trois victimes ont été autopsiés par une équipe médicale militaire puis rapatriés et remis à leurs gouvernements respectifs. Une contre autopsie sollicitée par la famille de la victime yéménite, organisée par Alkarama, une ONG des droits de l’homme basée à Genève, et conduite par une équipe médicale de l’Institut de Médecine légale de l’Université de Lausanne, a révélé de nombreuses zones d’ombre et a soulevé un certain nombre de questions liées aux circonstances du décès et à des faits inexpliqués constatés sur le cadavre. Ces questions, formulées également par l’équipe médicale saoudienne qui a effectué une seconde autopsie sur les cadavres des victimes saoudiennes, ont été adressées par la voie officielle aux autorités américaines. A ce jour, elles restent sans réponse. Ce refus de fournir des explications aux interrogations des experts n’a fait que renforcer les soupçons et privilégier l’invraisemblance du suicide collectif dans un camp hautement sécurisé par des croyants dont la religion interdit l’atteinte à sa propre vie.

Une année après, presque jour pour jour, on apprend qu’un quatrième détenu a subi le même sort. Selon la version officielle, la victime, d’origine saoudienne, aurait été trouvée inerte hier dans sa cellule. Après une tentative de réanimation par le médecin du camp, le décès a été constaté.

Quelle que soit la cause du décès, les autorités américaines en sont responsables et même s’il s’agit d’un suicide, on a le droit de s’interroger sur les conditions de détention qui ont poussé des détenus croyants à un acte de désespoir d’une extrême violence.

Le camp de Guantanamo Bay a été ouvert en janvier 2002 dans le cadre de la « guerre mondiale contre le terrorisme ». Plus de cinq ans après, près de 400 détenus y subissent encore les affres du non droit, érigé en norme par l’Empire des Etats-Unis. Qui peut leur venir en secours ? En tous cas, pas leurs gouvernements qui s’attèlent servilement à plaire à leur maître, en pratiquant la torture généralisée par procuration, ni les gouvernements européens qui ne veulent pas trop irriter leur allié transatlantique. Le Conseil onusien et autres ONGs des droits de l’homme ne font pas le poids devant l’arrogance de l’Administration Bush. Il ne reste donc qu’une action citoyenne mondiale pour freiner cette régression de l’Humanité. Pourquoi ne décidons-nous pas de porter une fois par semaine un habit orange en guise de protestation ? Pour arborer une couleur qui pour certains est emblème de libération, et pour d’autres un symbole d’oppression et d’humiliation. Si l’on échoue à faire fermer Guantanamo Bay, on portera tous et à jamais la coresponsabilité de l’une des principales blessures morales du début de ce XXIème siècle.

Abbas Aroua
31 mai 2007