Le drame du Palestinien a commencé indubitablement le 29 novembre 1947 lorsque l’assemblée des Nations unies a adopté le plan de partage de son territoire. Bien que les sionistes aient toujours lorgné vers cette terre sainte, le soutien des occidentaux pour leur installation a été décisif. Il a permis ni plus ni moins l’implantation de la diaspora juive et la dépossession des Palestiniens de leur terre. En effet, depuis que la colonisation sioniste a pris ses quartiers en Palestine, la population autochtone a été forcée de quitter ses terres. L’exode palestinien, euphémisme pour ne pas parler de la spoliation des terres palestiniennes, a été soigneusement planifié par la milice sioniste dans le premier temps et le Tsahal dans la phase suivante. Cela dit, cette situation ne pouvait être effective sans le concours des puissances occidentales. Ainsi, pourrait-on se demander, pourquoi ces puissances européennes cherchaient-elles à rassembler la diaspora juive sur la terre d’un Etat déjà existant ? En tout cas, les raisons sont multiples. En effet, l’échec de la mission européenne au Proche-Orient et l’antisémitisme en Europe ont créé une situation explosive et en même temps alambiquée. La solution d’après eux devait à peu prés être la suivante : Pour éloigner les Juifs de l’Europe, il fallait leur fabriquer une nation. Cette situation a favorisé le mouvement sioniste qui commençait sérieusement à avoir de l’importance. Et ce grâce à l’appui indéfectible des puissances occidentales comme le démontre si bien Edward Said dans « The question of Palestine » en notant à juste titre : « Les quatre puissances [Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Russie] ont pris des engagements vis à vis du sionisme – à tort ou à raison, qu’il soit bon ou mauvais, le sionisme puise ses racines dans une tradition ancestrale – pour satisfaire ses besoins présents et ses espoirs futurs, plus importants que les désirs ou les préjugés des 700.000 Arabes vivant aujourd’hui sur cette très vieille terre. » Ainsi, décision de créer l’Etat d’Israël en Palestine a été imposée par une puissance européenne sur un territoire non européen et sans tenir compte des souffrances des habitants de cette terre. Cependant, la montée du nazisme dans les années trente ainsi que la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, qui a montré la facette antisémite de l’Europe, ont rendu la création de l’Etat hébreu inéluctable. Par conséquent, de l’avènement du sionisme jusqu’à son installation en Palestine, dû principalement à la pusillanimité de l’Europe à résoudre le problème chez elle, le combat a duré presque un demi siècle.

La naissance du sionisme

A la fin du XIXème siècle, peu de gens pouvait parier sur l’éclosion d’un mouvement raciste, le sionisme. Et pour cause. En 1891, sous la férule ottomane, a écrit Xavier Baron, « Juifs et Arabes coulent encore de jours heureux en Palestine, ou plutôt dans la province ottomane de Syrie. Juifs, Chrétiens et Musulmans sont égaux au sein de l’Empire ottoman. Certains juifs ont de l’influence à Constantinople et peuvent prétendre aux plus hautes fonctions. » En revanche, à l’ouest de la capitale ottomane, l’antisémitisme battait son plein. Il a commencé à se manifester notamment en Autriche et en Allemagne avant qu’il gangrène toute l’Europe. Le monde a ainsi assisté aux premiers pogroms russes et à des persécutions des juifs en Pologne et en Roumanie. Petit à petit l’Europe a été contaminée par ce sentiment.

Cependant, bien que le mouvement sioniste naissant ait convoité la Palestine, à la fin du XIXème siècle la Palestine était encore paisible. Sauf qu’en Europe un homme, Theodor Herzl, s’affairait à préparer un projet qui allait bouleverser la donne au Proche-Orient. Autour de lui, le premier congrès sioniste s’était tenu à Bâle les 29 et 30 août 1897. L’objectif assigné à son mouvement était la création d’un foyer juif en Palestine, seule solution au problème incurable de l’antisémitisme en Europe. Toutefois, ce mouvement n’a pas bénéficié, au départ, de l’adhésion générale des juifs. Par ailleurs, l’avènement d’Hitler a changé littéralement la donne. En effet, seule une infime minorité des juifs était prête à abandonner l’Europe, en dépit de l’antisémitisme, pour partir en Palestine. Selon Dominique Bourel, directeur de recherche au CNRS « on ne comptera pas plus de 2000 juifs allemands en Palestine avant 1933. »

Cependant, la création du fonds National Juif a aidé énormément le mouvement sioniste à s’épanouir. Celui-là avait pour mission d’acheter les terres palestiniennes grâce aux moyens dont il disposait. Tout compte fait, il s’agissait de déposséder la population palestinienne native de la quasi-totalité de sa terre en agissant par divers procédés.

En somme, le sionisme s’est appuyé sur une vision colonialiste. Cette politique colonialiste est encore d’actualité sans que l’opinion occidentale s’en émeuve. D’ailleurs, leur installation ne s’est –elle pas réalisée grâce à l’appui des Européens ?

Le rôle néfaste de l’Europe

Au milieu du XIXème siècle, l’Europe industrialisée lorgnait déjà sur les régions sous tutelles ottomanes. Ainsi, des émissaires européens ont été envoyés continuellement en Palestine. Bien que l’Empire ottomane ait été jaloux de sa souveraineté, à cause de l’immixtion de l’Europe dans ses affaires internes en utilisant la force, plusieurs provinces ont échappé à son contrôle. En 1917, les forces britanniques ont envahi Jérusalem, capitale de la Palestine. La prise de la Palestine a été considérée plus que vitale par les Anglais afin de mieux asseoir leur emprise sur la région. Ainsi, le dépeçage de l’Empire ottoman avait ouvert la voie aux Français et aux Anglais. Un accord, connu sous le nom Sykes-Picot en 1916, avait permis de diviser le Proche-Orient en zone d’influence de la France et de la Grande Bretagne. Cette situation a stagné jusqu’à la conférence de San Rémo d’avril 1920. Certes, il y avait eu la conférence de paix à Versailles en 1919, mais celle-ci avait abouti à une impasse. Toutefois, l’accord auquel ont parvenu les congressistes a été conclu contre le peuple palestinien. Le mandat délivré par la Société des Nations a partagé le Proche-Orient entre deux puissances européennes, la France et la Grande Bretagne.

Cependant, à la fin la Seconde Guerre mondiale, l’équation proche orientale était plus complexe que ne l’avait été auparavant. Il fallait rajouter l’influence réelle que le sionisme continuait à engranger. Car, selon X. Baron « à la même époque, les sionistes de Grande Bretagne qui ont les yeux tournés vers la Palestine dans l’attente de l’effondrement de l’Empire ottoman, accroissent leur pression sur le gouvernement anglais. Ils sont aidés en cela par la nomination de Sir Arthur James Balfour, sympathisant de la cause juive, au Foreign Office. » Peu de temps après sa prise de fonction, le ministre a envisagé l’établissement en Palestine d’un foyer national pour les juif. Il était prêt à employer tous les moyens dont il disposait pour y parvenir. Finalement, le conseil de la Société des Nations a scellé définitivement le sort de la Palestine en confiant aux Britanniques le mandat sur cette terre tant convoitée. Ainsi, le 24 juillet 1924, le document en question a précisé dans son préambule : « Le mandataire sera responsable de la mise en exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adopté par les puissances alliées, en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… » A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’Empire britannique se trouvait au faîte de sa puissance. Et au mépris de tous les droits, une commission royale a suggéré en juillet 1937 le transfert des Palestiniens hors de la zone destinée au Juifs. Néanmoins, la Seconde Guerre mondiale a retardé la création de l’Etat hébreu de quelques années. Mais une fois la guerre terminée, le plan de partage injuste a été derechef agité.

Le partage injuste

La difficulté du partage résidait, et continue de l’être, dans l’acception que se faisait le mouvement sioniste de son droit ancestral sur toute la terre de la Palestine. Ainsi, pour l’agence juive pour la Palestine « la terre doit être acquise en tant que propriété juive et les titres de propriété doivent être établis au nom du Fonds National Juif, aux fins d’être détenus en tant que propriétés inaliénables du peuple juif. » En gros, il s’agissait de mobiliser des sommes colossales afin d’exercer une pression sans discontinu sur les paysans palestiniens afin qu’ils abandonnent leurs terres. Bien que le peuple palestinien ait résisté autant que faire ce pouvait, mais face au forcing britannique, les puissances occidentales ont réussi à imposer leur plan de partage, et par ricochet le plan machiavélique consistant à exproprier les Palestiniens. En effet, en février 1947, Londres a décidé de soumettre le dossier de partage de la Palestine à l’ONU. L’organisation qui avait, trois plus tôt, adopté le fameux principe de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes a été saisie pour qu’elle installe un peuple sur la terre déjà occupée. Il y a 62 ans, jour pour jour, le 29 novembre 1947, l’ONU a voté le plan de partage sans tenir compte de l’avis des autochtones. Ainsi, par 33 voix favorables contre 10 et 13 abstentions, la Palestine a été divisée en deux. Par conséquent, les Palestiniens se retrouvaient désormais dans la cruelle alternative de céder leurs terres ou de mourir sous les balles des miliciens israéliens et du Tsahal. Toutefois, le problème de ces refugiés avait vu le jour avant même la naissance de l’Etat hébreu. Ainsi, entre décembre 1947 et juillet 1949, plus de 700.000 Palestiniens sont partis en exil, en fuite ou expulsés, a écrit Elie Barnavi, professeur émérite à l’université de Tel aviv. Toutefois, après le départ de ces refugiés, Israël a hermétiquement fermée les voies pour qu’ils ne reviennent plus chez eux. Car les terres vacantes ont été allouées entre temps à la masse d’immigrants juifs. Cette politique a été poursuivie sans relâche par l’Etat hébreu après sa naissance officielle le 14 mai 1948. Israël a pu ainsi contrôler le territoire qui lui a été accordé et même les zones situées à Jaffa et en Galilée occidentale qui revenaient à la Palestine. Du coup, un an après sa création, Israël a étendu son territoire de prés de 6000 km². Et le pire s’est produit une année plus tard. En effet, dés 1950, la Palestine n’a pas existé pendant un intervalle de temps en tant que telle. En effet, la Cisjordanie a été intégrée au royaume de Jordanie tandis que Ghaza a été placée sous le contrôle égyptien.

Pour conclure, le drame palestinien s’est produit à cause de l’intervention abusive des puissances occidentales dans la région. Force est de reconnaitre que le mandat britannique n’a apporté que des malheurs. La prise en charge du dossier par l’ONU n’a pas non plus amélioré d’un iota la situation à partir de 1947. Bien qu’elle se soit engagée à respecter les droits de la population palestinienne, force est de constater que ces engagement n’ont jamais étaient imposés à l’autre belligérant pour cesser la tuerie dans les territoires occupés. En revanche, et c’est un fait indéniable, ce mandat a créé les conditions favorables à la spoliation des palestiniens. Car si les engagements, pris par les principales puissances, avaient été tenus, les Palestiniens auraient pu retrouver la paix depuis des lustres. Mais tel n’est pas le cas. Car, selon X. Baron, « l’arrivée au pouvoir du Likoud, parti de droite, en 1977, donnera lieu à une utilisation obsessionnelle de la shoah pour asseoir la politique belliqueuse d’Israël. » Bien que l’Etat palestinien soit désormais un fait incontournable, la réalité sur le terrain est désolante. Cet Etat est encerclé par des colonies et les patrouilles militaires incessantes. Mais quelle serait la réaction des occidentaux si les données étaient inversées ?

Boubekeur Ait Benali
29 novembre 2009