Le conflit israélo-arabe a connu son tournant décisif en juin 1967. Bien que la tension ait toujours été vivace, notamment lors de la campagne de Suez en 1956, menée par la coalition israélo-franco-britannique, les visées expansionnistes d’Israël ont constitué indéfiniment le casus belli. Toutefois, les pays arabes ont surestimé leur puissance en pensant anéantir Israël et libérer la Palestine. Du coup, une coalition des pays du Machrek a planifié un plan visant à solder ses comptes avec l’intrus de 1948. Mais, Israël, de son côté, a su profité de l’étau desserré dans les années 1950 pour développer des infrastructures capables d’accueillir les vagues d’immigrations successives. Ainsi, Israël a pu constituer, en exploitant ce temps de répit, l’une des armées les plus puissantes de la région. Dans ces conditions, une épreuve de force ne pouvait être évitée dans la région.

1― La phase de gestation

L’absence d’un traité de paix en 1948 et en 1956 a constitué indubitablement la cause de différents conflits dans la région. Certes, il y avait bien entendu l’intervention de l’ONU, mais elle était plus une intercession. Car la présence des soldats de l’ONU, dans le Sinaï notamment, avantageait plus Israël que ses voisions arabes. En effet, cette force onusienne garantissait la mobilité dans le golfe d’Aqaba, permettant à Israël d’avoir accès sur la mer rouge, et par ricochet vers l’océan indien. Pour cette nouvelle puissance, il lui fallait bien sûr des accès libres et un territoire plus vaste. Toutefois, bien qu’Israël ait pour objectif de dominer la région, selon l’expression du général de gaulle « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » (1), ses voisins arabes pensaient que la menace de le réduire suffisait.

Cependant, le point de départ a été sans doute les pompages abusifs des Israéliens dans le fleuve du Jourdain. La Syrie a été la première à dénoncer vigoureusement cette opération de déviation des eaux. A son tour, la Syrie a décidé de détourner une partie des eaux à son profit. La riposte israélienne a été violente et démesurée. En effet, le 7 avril 1967, l’aviation de l’Etat hébreu a abattu six avions militaires syriens au dessus du lac de Tibériade (2).

Dans la foulée, le président égyptien, Gamal Abd-en-Nasser, a dénoncé l’agression israélienne. Il a, par la même occasion, exigé le départ des soldats de l’ONU, stationnés dans la région du Sinaï. D’ailleurs, le conseil de sécurité de l’ONU, qui s’est réuni le 24 mai 1967, a donné raison au Président Nasser en évacuant le Sinaï. En revanche, pour Israël, cette décision ne pouvait être acceptable. En se moquant éperdument des résolutions onusiennes, Israël a formé le gouvernement de guerre le 1er juin 1967. De leur côté, les pays arabes (Jordanie, Egypte, Irak, quelques pays du Golfe et du Maghreb) ont scellé une alliance militaire. Dans ces conditions, l’affrontement militaire était tout bonnement inévitable.

2― L’attaque surprise

La nomination du général Dayan au ministère de la défense israélienne augurait déjà de l’imminence de la guerre. En effet, dès l’aube du 5 juin 1967, l’aviation israélienne a détruit la quasi-totalité de l’aviation égyptienne. Ainsi, au soir du 5 juin, Israël était le seul maître du ciel dans la région, bien que l’aviation égyptienne ait tenté de riposter. Deux jours plus tard a eu lieu l’une des plus grandes batailles des blindés au cœur du Sinaï, opposant des milliers de chars de chaque côté (3). Selon Elie Bernavi : « Le même jour [le 7juin NDLR], les Israéliens s’emparent de la bande de Gaza et une unité de la marine prend le contrôle de Charm-el-cheikh. »

Par ailleurs, bien que les armées arabes aient combattu courageusement, car c’est le moins que l’on puisse dire, la faible coordination des fronts arabes a facilité la tâche au Tsahal. Ainsi, après Gaza, la Cisjordanie, sous la tutelle de la Jordanie depuis 1950, a été prise par l’armée israélienne. Après avoir atteint le canal de Suez le 8 juin, le Tsahal s’est emparé de la péninsule du Sinaï au cours d’une bataille de trois jours. Une fois de plus, le matériel égyptien a été quasiment détruit.

En revanche, l’adversaire le plus redoutable pour Israël a été incontestablement la Syrie. Repliée sur ses positions fortifiées du plateau du Golan, la Syrie a rivalisé avec son adversaire. Mais au bout de batailles intenses, l’armée syrienne a été vaincue. Du coup, le 10 juin, al Kuneitra (3) a été occupé par le Tsahal. Le soir de la prise du Golan, un cessez-le-feu global a été proclamé. Ainsi, la chute de tous les fronts arabes a mis fin au conflit des Six-Jours avec Israël.

3― Les retombées de la guerre

Les conséquences découlant de ce conflit ont été désastreuses. Bien que l’Etat hébreu n’ait pas poursuivi, après le 10 juin, sa politique expansionniste, il n’en reste pas moins que les territoires occupés n’ont pas été restitués aux vaincus. Selon Mohamed Charfi, c’est surtout la Palestine qui a payé un lourd tribut(4). Il a écrit, pour corroborer cette thèse, que : « Toute l’ancienne Palestine passe sous le contrôle israélien, tandis que des Israéliens installent des colonies dans les territoires occupés. La cause de la Palestine recule. » Cependant, il faut rappeler que les territoires en questions sont ceux se trouvant au-delà de la ligne verte. Cela a permis la multiplication par quatre du territoire israélien, délimité en 1948.

Par ailleurs, pour laver l’affront, les dirigeants arabes ont tenu, le 1er septembre 1967, un sommet au Soudan. C’est dans cette rencontre qu’a été adoptée la fameuse résolution des trois « non », résumée comme suit : « Non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à la négociation avec Israël. » En revanche, la communauté internationale a mis beaucoup de temps pour réagir. En effet, les alliés occidentaux d’Israël ont bloqué toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Celle-ci n’est survenue que prés d’une demi-année plus tard. La résolution 242 du 22 novembre 1967 pouvait donner lieu à deux interprétations différentes, selon que l’on lise la version française ou anglaise du document. Du coup, Israël s’est appuyé sur celle-ci pour garder ses conquêtes. Depuis, 260 000 colons, selon certaines estimations, occupent encore la Cisjordanie dans au moins 150 implantations.

En guise de conclusion, il va de soi que la guerre des Six-Jours a carrément changé la donne au Proche-Orient. La prétendue suprématie arabe dans la région a été vite battue en brèches. Dans l’un de ces textes, Mohamed Charfi a cité un journal koweitien écrivant au lendemain de la défaite : « Nous avons été amenés à croire [par la propagande arabe] que nous pouvions liquider Israël en trois heures, alors que soudainement en trois heures, Israël nous a rendus honteux. » Toutefois, cette victoire ne pouvait être concrète sans le soutien indéfectible des principales puissances occidentales.

Boubekeur Ait Benali
2 juin 2010

Notes de renvoi

1) Serge Berstein, « De Gaulle, Israël et les Juifs », L’histoire N° 321
2) Elie Bernavi, « 5 juin 1967, Israël attaque », id.
3) Chef lieu du Golan, situé à prés de 60km de Damas.
4) Mohamed Charfi, « Du côté des Arabes : l’insupportable défaite », id.