Depuis le lancement du projet de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée, l’UPM (Union Pour la Méditerranée) achoppe sur le conflit proche oriental. Prévu initialement pour le 7 juin 2010 à Barcelone, le second sommet de l’UPM fut reporté, à quelques jours de la rencontre, pour donner la chance aux soi-disant contacts officieux israélo-palestiniens d’aboutir, sans qu’elle ait un rôle prépondérant sur l’événement. Du coup, cette union démontre, par ricochet, son incapacité à instaurer une paix durable dans le bassin méditerranéen. D’ailleurs, dés le départ, lors de son lancement le 13 juillet 2008 à Paris, cette union fut interprétée par certains observateurs comme étant une manœuvre occidentale consistant à faire une place à Israël dans l’ensemble méditerranéen.

Cependant, le report du second sommet de l’UPM à novembre 2010 prouve, si besoin est, que ses membres ont du mal à surpasser les embûches inhérentes au conflit israélo-palestinien. Face à la violence du Tsahal contre les Palestiniens, il est indéniable que le soutien occidental indéfectible, garanti jusque-là à l’Etat hébreu, est désormais perçu comme une inqualifiable injustice. Du coup, la puissance du lobby israélien met les occidentaux dans une posture délicate les poussant à fermer les yeux sur l’annihilation programmée du peuple palestinien. Bien que des voix se soient élevées pour condamner l’assaut naval du 31 mai dernier contre les humanitaires pro-palestiniens, rien, aujourd’hui, ne garantit que ce genre d’exaction ne se reproduise plus. Et tant que le blocus sur la bande de Gaza durera, il sera difficile de persuader l’opinion du caractère effectif de l’action internationale. Que dire du coup que recevra la crédibilité de l’UPM en vue d’une coopération entre les peuples. Car la question n’est-elle pas de savoir comment tisser des solidarités de plus en plus étroites entre les peuples de la Méditerranée dans une région où subsiste un conflit porteur de tant de menaces pour la justice, la paix et le progrès de la démocratie, s’interrogea Caroline Cornu, adjointe d’Henri Guaino au Forum de Paris.

Toutefois, il y a déjà un an, l’évocation de cet événement fut ternie par le carnage perpétré par l’armée israélienne à Gaza, quelques mois plus tôt, du 27 décembre 2008 au 17 janvier 2009. L’offensive du Tsahal, baptisée « Plomb durci », avait causé la mort de 1315 Palestiniens et plus de 5000 blessés, selon l’UNRWA, un office des nations unies au Proche Orient. Bien que l’omerta, sur les crimes israéliens, ait caractérisé cette campagne, et en dépit de la mollesse des dirigeants arabes, la mobilisation de la rue avait incité nombre de pays à geler leurs activités au sein de l’UPM. En effet, les diplomates des pays de la rive sud refusèrent de siéger au coté de la délégation israélienne. Par conséquent, de janvier à avril 2009, il n’y eut aucune réunion. Et l’union eut une survie artificielle jusqu’à la fin de l’année 2009. Hélas, pendant cette période l’étau ne se desserra pas non plus sur la bande de Gaza. En outre, la tension demeura latente dans la région. Car l’intransigeance d’Israël, sur ces visions expansionnistes, ne diminua pas d’un iota.

Cependant, il fallut attendre le début de l’année en cours pour que le secrétaire général de l’UPM soit désigné. Le diplomate jordanien, Ahmed Messadeh, fut chargé d’assumer le secrétariat général. Toutefois, la prise en main de l’Espagne, assurant la présidence tournante de l’Union Européenne, de la préparation du second sommet de l’UPM relança effectivement le processus mis en sourdine depuis un moment. L’impartialité de ce pays dans le conflit israélo-palestinien donne du crédit à leur démarche. Et le 14 mai, le ministre espagnol des affaires étrangère, Miguel Ángel Moratinos, assura déjà que la tenue du sommet était garantie à 90%. Mais l’engagement ne fut pas honoré à cause de l’enlisement des tensions au Proche Orient. Cette situation s’envenima avec l’attaque de la flottille de la paix, le 31 mai 2010. En effet, la marine israélienne donna l’assaut, dans les eaux internationales, contre les humanitaires ayant apporté des denrées aux habitants de Gaza. Cet abordage prouve, une fois de plus, qu’Israël ne se contente pas de serrer l’étau sur les territoires occupés mais empêche, autant que faire se peut, tout aide, il ne serait ce que spartiate, au peuple palestinien. Le bilan de cette intervention fut lourd en perte en vies humaines. Selon certains médias, Al Jazira notamment, il y aurait eu dés les premières estimations 15 morts parmi les humanitaires. D’autres sources avancèrent le nombre de 20 morts voire plus. Par ailleurs, il faut signaler que parmi les humanitaires, il y avait plusieurs députés de plusieurs nationalités, un prix Nobel de la paix 1976 et des membres associatifs.

Cependant, bien que la condamnation soit presque unanime, à l’exception des USA, Israël ne fut pas bousculé pour autant. Et en dépit de la volonté de Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, de diligenter une enquête, les réserves américaines auraient suffi à bloquer cette initiative. Tout compte fait, il faudrait que la solution vienne de Barack Obama si le peuple palestinien songeait à vivre libre. Ceci est surtout une preuve irréfutable de l’incapacité de l’UPM à résoudre un conflit opposant deux de ses membres. Par conséquent, quelle sera la position des pays de l’union sur le conflit israélo-palestinien lors du sommet de novembre 2010 ? En tout cas, pour le peuple palestinien, l’espoir de voir son problème de survie soit pris en charge relève du miracle.

Boubekeur Ait Benali
12 juillet 2010