La grande librairie toulousaine, l’Ombre Blanche, a reçu l’auteur du livre « Notre ami Bouteflika ». D’emblée, le conférencier annonce à l’assistance que suite à l’actualité de ces derniers jours il ne parlera pas spécialement de son livre. En effet, l’actualité brûlante en cote d’Ivoire monopolise toutes les attentions. Il s’interroge ainsi sur l’attitude des présidents Sarkozy et Obama sermonnant le président ivoirien, Laurent Gbagbo, pour le non respect de la volonté électorale de son peuple. Un autre haut fonctionnaire de l’Union Européenne (UE), dit-il, rappelle même l’existence de dispositions internationales pouvant obliger les régimes politiques à respecter les transitions dans leurs pays. En revanche, pour le cas de l’Algérie, aucune organisation n’est capable d’intervenir dans ce sens.

Cependant, en évitant soigneusement de parler de la transition démocratique [1989-1991], le conférencier revient, avec des termes élogieux, sur la gestion du pays sous la présidence de Liamine Zeroual. Or, il est communément admis que l’Algérie a risqué l’effondrement, bien que la mission du général et ministre de la défense ait été de sauver avant tout le régime en place. Par contre, pour le conférencier, cette période fut celle où l’Algérie a relevé sa tête et ce bien que les sources financières aient tari. Le comble de la contre vérité est atteint quand le conférencier affirme que la limitation de nombre de mandats présidentiels à deux législatures [Allusion à l’article 74 de la constitution de 1996], fut arraché grâce à la pression populaire. Or, et c’est un secret de polichinelle, cette limitation fut destinée à l’opinion internationale la rassurant que les dirigeants du moment n’avaient pas l’intention de s’accrocher au pouvoir. Aujourd’hui, on peut dire que cette mesure était purement de la poudre aux yeux. Toutefois, selon le conférencier, l’actuel chef de l’État est en train d’annihiler une à une les avancées construites sous Zeroual. Il cite même l’exemple d’un Zeroual refusant de serrer la main à Jacques Chirac en 1996.

Par ailleurs, sous l’ère de Bouteflika, a-t-il argué, le régime qu’il dirige entame une mission de destruction nationale. Dans une lettre envoyée à Obama il y a quelques mois, Benchicou conseilla au président américain de ne pas recevoir les dirigeants africains à la maison blanche. La majorité ou peu s’en faut d’entre eux sont des usurpateurs de pouvoir. Pour étayer ses arguments, il invoqua la longévité de ces dirigeants aux commandes de leurs pays. Toutefois, il ne loge pas tous les régimes africains à la même enseigne. Ainsi, pour lui, la cote d’Ivoire est un havre de démocratie par rapport à l’Algérie. Et pour corroborer cette thèse, il explique à l’assistance, que contrairement à Bouteflika qui fut élu à plus de 90% de suffrages, Gbagbo obtient seulement 51% selon le conseil constitutionnel ivoirien. En revanche, la réélection de Bouteflika en avril 2009 ne fut possible que grâce à la violation de la constitution en novembre 2008. Partant, le prolongement de ce coup de force permit au chef de l’État de se faire réélire sans ambages mais avec un résultat le classant au top 10 des dictatures dans le monde. Il rappelle que seuls la guinée équatoriale et le Kazakhstan devancent l’Algérie dans ce classement. Hélas, regrette le conférencier, l’Algérie n’a jamais été classée comme une dictature. En revanche, les Algériens, estime l’auteur de « Notre ami Bouteflika », ne sont pas dupes quant aux irrégularités qui entachèrent les élections de 1999 et 2004. Dans la première, les candidats sentirent le piège et quittèrent la compétition avant qu’elle ait eu lieu. Quant à celle de 2004, il y eut tout bonnement un putsch, a-t-il expliqué, contre Ali Benflis, le rival de Bouteflika à cette élection.

Cependant, dans la deuxième phase de son intervention, Benchicou décrit les conséquences de la mainmise de Bouteflika sur l’Algérie. Pour lui, cette hégémonie conduit incontestablement à l’apparition de plusieurs phénomènes que l’Algérie n’avait pas connus avant son élection. Il cite pour cela deux exemples : le phénomène des Harragas et la révolte en Kabylie réprimée dans le sang. Mais cette impunité, et cela est le but du livre, a-t-il dit, n’est possible que parce que le régime algérien est protégé par les puissances de cette planète. Sinon comment expliquer la position de l’Algérie comme 7ème pays le plus corrompu du monde et sur le podium des dictatures sans qu’elle soit vilipendée, a-t-il argué. Et là où le bât blesse c’est à aucun moment la justice n’a mis en examen le moindre ministre, bien que les scandales se multiplie à foison. Pour preuve, il cite les scandales de la SONATRACH et de la BRC. Cette dernière représente les intérêts américains en Algérie.

En guise de conclusion de son intervention, le conférencier invite les Français à ne pas soutenir la politique de leur pays en faveur de Bouteflika. Il cite in fine la lettre de Boualem Sansal , « Une lettre à nos amis Français », dans laquelle il démontra que lorsque Sarkozy chercha le point de croissance qui manquait à la France, les Algériens le payèrent chèrement.

Boubekeur Ait Benali
12 décembre 2010