Une question lancinante que s’était déjà posé feu Boudiaf, mais avant même qu’il n’ait eu les premiers éléments de réponse à son interrogation, il fut sauvagement et impitoyablement exécuté « in live », par qui tout le monde sait, y compris SAG, chef de gouvernement d’alors (loin de moi l’allusion au bouc émissaire, Boumaarafi), et depuis cette question récurrente ne cesse de faire son bonhomme de chemin et tarauder les esprits bouleversés des citoyens, qui assistent impuissants au naufrage de l’Algérie, qui par crainte de subir les foudres et le sort de feu Boudiaf, pour avoir osé franchir les limites « acceptables », qui de crainte de revivre les affres des années 90, tellement ressassés dans un but dissuasif, par ceux là même responsables des crimes contre l’humanité subis par le peuple, qui enfin contre vent et marées, osent défier le diable et son arsenal, pour reposer cette question voulue tabou, au même titre du « qui tu qui ? », que voulaient bannir ceux indisposés par ce genre de questions imprescriptibles et ô combien troublantes, allant jusqu’à criminaliser les poseurs de ces questions, tant pour eux l’Algérie va bien, l’Algérie est une île de démocratie et de prospérité, ceux qui tuent sont connus, puisque révélés par notre vénérable ENTV, et toute autre version qui contredirait la version officielle n’est que pure non sens dans le meilleur des cas, sinon du pur terrorisme subversif, dont les auteurs ne sont que des agents de connivence et d’intelligence avec, tenez-vous bien, l’ancienne force coloniale, la France, et pourquoi pas, avec les Juifs (le sionisme!).

Cette catégorie de citoyens endurcis, de plus en plus nombreux, et de plus en plus organisés, ne craignent plus de tenir le taureau par les cornes et oser ce que leur concitoyens n’osent pas encore, à savoir reposer ces questions, et oser donner la contradiction aux thèses pré établies, et proposer même des alternatives concrètes, une manière pour eux de briser le mur de la peur et du mensonge entretenu près de deux décennies, et même plus, grâce à leur acharnement que rien ne peut arrêter, ni phagocyter, réfractaires aussi bien au bâton qu’à la carotte, pour éviter à l’Algérie (ou ce qu’il en reste) la déliquescence que lui prédestine ses fossoyeurs.

L’objectif primordial étant de contribuer concrètement, en proposant des perspectives autres que celles imposées jusque là par les bourreaux DAFistes et leurs bouffons consacrés par un Deux ex machina, sauveur du pays, au moyen d’une loi amnistie scélérate. Beaucoup d’Algériens, continuent de suivre impuissant la dérive immuable de leur pays, au moment où les « faiseurs de prince » se complaisent à gérer cette situation au jour le jour, sans le moindre égard au peuple et à ses aspirations, et sans se sentir ni concernés par ce qui se passe aux frontières immédiates et régionales, au nom d’une spécificité dont ils sont les seuls à détenir le secret, ni faire un effort éclairé, pour une fois, et en tirer les leçons requises de ces expériences, et éviter au pays le risque certain de sombrer et dont personne ne peut prédire l’ampleur.

Ce même pouvoir persiste dans son alchimie moribonde et aventureuse concoctée dans ses officines macabres, aidé de ses lèche-bottes à qui profite le statut quo. Le seul projet dont dispose le pouvoir est celui du maintien en l’état du régime grâce à la rente des hydrocarbures, qui lui prodigue un très important matelas financier lui permettant d’acheter un semblant de paix sociale et de conforter ses fragiles alliances extérieures. « Ce que l’on constate aujourd’hui est que de l’ensemble des pays de la région, le seul pays immobile est l’algérien », comme le signale Mr Malti, qui élabore : « L’Algérie est sans voix alors même que l’OTAN est à ses portes. Il fut un temps où les Occidentaux tenaient compte de la position algérienne, sourcilleuse quant aux intrusions étrangères et aux aventures militaires des puissances extracontinentales. Le régime actuel est complètement dépendant pour sa survie de ces puissances qui ne rencontrent donc plus aucune résistance dans leurs stratégies de domination. Mais cette situation ne peut perdurer, c’est le même personnel, en place depuis l’indépendance il y a cinquante ans, qui conduit dans une impasse renouvelée une société en panne ».

Obnubilé par le pouvoir dont il est détenteur et la léthargie dont semble plongée la « classe politique », minée par des schismes chimériques et des batailles à la Don quichotte, qui ne profite qu’à ce pouvoir, ce régime semble « anesthésié au point de ne pas voir, que si son emprise reste implacable sur la population pour les raisons suscitée (en partie), cela est loin d’être le cas, des appétits voraces qui se rapprochent de plus en plus, je parle des « appétits » des super puissances, nouvellement installées, confortablement, et durablement (même sournoisement) à n’en pas douter, à nos portes, et qui ne sauraient désormais se suffire de « la gestion » par procuration léguée jusqu’à maintenant à ses sous-traitants, putschiste entre autres, la conjoncture ne s’y prêtant plus à ce genre de ‘sous-traitance d’une ère révolue.

Cette lecture de l’état des lieux sans prétention aucune (préambule sans plus), qui s’apparente plus à « enfoncer les portes ouvertes », puisque partagée par la quasi-totalité des citoyens, hormis les quelques milliers de piques-assiette qui mangent à tous les râteliers, contre service et soumission rendu aux seigneurs de l’instant (et qui trouvent toujours les arguments qu’il faut, pour justifier leur allégeance totale au nouveau seigneur, même au antipodes des thèses de son prédécesseur immédiat, toute honte bue.

Seulement, force est de constater qu’il ne suffit pas de bien diagnostiquer le mal, ni d’être en majorité contre ce pouvoir corrompu, et de sa gestion catastrophique, pour que celui-ci ne s’effondre de lui-même, sous l’effet de nos vœux pieux, de nos espoirs et autres souhaits, de même s’il n’est un secret pour personne que ce pouvoir est illégitime, vu son rejet par la majorité des citoyens, qui restent en dehors des cercles effectifs de ce pouvoir depuis plus d’un demi siècle, et non pas uniquement depuis le putsch de janvier 1992, et par conséquent non représenté dans aucune des instances et des structures de l’Etat, cela ne veut pas dire pour autant, que cela suffit à lui seul pour précipiter la chute de l’oligarchie. Les décennies passées marquées par les tergiversations qui ne finissent pas des forces de l’opposition réelle, je ne parle pas des satellites mis sur orbite, sont autant de preuves de la fatalité de ce vœux pieux, chose qui conforte ce pouvoir dans son arrogance aveuglante, et consacre sa longévité finissante. Partant de là, une question « logique » s’impose :

Est-il possible de sortir de cette fatalité incessante ?

Je constate pour mon compte deux situations globales (d’autres pourraient voir plus) :

— La première, si elle indispose énormément et concrètement le pouvoir car le bousculerait pour de bon (et le message ne saurait lui échapper), prélude à son éviction, cette situation n’est pas par contre dans l’intérêt non plus du peuple, car n’émanant pas de sa volonté ni de son action, je veux parler de l’intervention étrangère, au regard des évolutions et autres révolutions aux seuils de nos portes. Ce pouvoir maffieux autant que le peuple risquent bien un jour de se réveiller pour se trouver face aux escadrons de l’oncle SAM ou de ses alliés, sous prétexte du droit d’ingérence humanitaire nouvellement instauré. Même si le peuple algérien, victime de la violence dévastatrice de ses gouvernants, se considère en droit, et forcé de faire appel à l’étranger pour lui porter assistance, par le biais d’une protection humanitaire, à l’image de nos frères et voisins libyens qui étaient sur le point d’être laminés par les forces de kadafi à Benghazi et ailleurs, il est moins sûr qu’il soit capable par la suite de décider du plan de redéploiement de ses « sauveurs » (Iraq, Libye).

A ce propos, Mr Ghazi Hidouci explique bien « le caractère ambigu, et équivoque du pouvoir algérien dans ses rapports avec l’OTAN et ses partenaires occidentaux. Si la situation actuelle en Libye devait persister dans la réalité sociopolitique structurellement déstabilisée de l’Algérie, ce gouvernement ne pourra pas éviter de devenir le supplétif de la stratégie occidentale au Maghreb. Dans une telle situation alimentée par la corruption généralisée – celle des centres de décisions à tous les niveaux et des services de sécurité – et l’arbitraire permanent, l’hypothèse d’un soulèvement récupéré infiltré et orchestré ne peut être écartée. Il s’agit là d’une menace réelle ».

De son côté, Mr Malti conforte cette thèse lorsqu’il dit que « le régime continue de bénéficier du soutien des grandes puissances qui n’ont pas encore sifflé la fin de partie. Mais aussitôt que les Occidentaux auront stabilisé la situation en Libye, ils seront amenés naturellement à traiter l’exception algérienne… Elles affirment néanmoins haut et fort que la stabilité à long terme, dont elles ont besoin pour la préservation de leurs intérêts, ne peut être garantie que par un système démocratique. L’épouvantail islamiste semble avoir fait son temps et l’alibi ne trompe plus grand monde. Il est certain que des pressions de plus en plus vives s’exerceront sur le pouvoir réel pour l’amener à évoluer et à ouvrir sérieusement le champ politique. Personne ne se satisfera à l’intérieur et à l’extérieur de réformettes cosmétiques. Les risques induits par le blocage actuel sont très importants en termes de sécurité régionale notamment. La panne économique et sociale de l’Algérie pourrait déboucher sur des ruptures extrêmement graves. L’évolution démocratique est inscrite dans la logique de l’Histoire ».

A la lumière de ce qui se trame à l’intérieur de ces pays nouvellement libérés de leur dictateurs, la vigilance reste de mise comme le souligne Mr Hidouci, et beaucoup de risques de récupération ou de dénaturation guettent les révolutions arabes : « Nous voyons se dérouler ce triste scénario en Egypte, où l’armée est le mandataire d’une transition contrainte, et, plus encore, en Tunisie, où la préoccupation des dirigeants, de moins en moins sourde, est l’élection des élites anciennes de Bourguiba et de Ben Ali. Le pire des cas reste, bien sûr, la Libye, où c’est la « crème » de la corruption qui ramasse la mise avec le soutien de l’OTAN. Une révolution authentique est celle qui œuvre au changement de la nature des régimes et non celle qui cherche à recruter dans les mêmes viviers de l’autoritarisme des compétences moins décrédibilisées, un peu plus présentables. »

— Deuxième alternative : la nécessité de la mobilisation du peuple contre ces dangers réels et imminents par l’instauration d’un gouvernement représentatif et transparent, à même d’éviter au pays d’une part une déliquescence en phase avancée, voire le piège mortel d’une guerre civile, d’autre part « modérer » les appétits insatiables de l’Occident, c’est la solution parfaite, mais cette situation semble bien loin, vu l’état où se trouvent les « décideurs » au pouvoir d’une part, et les forces du changement réel, d’autre part.

Tout le monde, ou presque, s’accorde à dire que ce changement tant attendu ne pourra se réaliser et prendre forme qu’au moment où commence l’action sur le terrain, menée sur la base d’une plateforme commune à laquelle souscrivent l’ensemble des partenaires et adeptes de ce changement réel et non violent, désireux de sauver le pays avant le déluge, sans pré conditions ni autre apriorité.

Il reste une question vitale, sans cesse posée, mais jusque là sans réponse. Si cette majorité est d’accord sur l’impossibilité d’un changement de l’intérieur de ce pouvoir ou par ce pouvoir, et puisque on semble d’accord sur les principes fondateurs de l’Etat de droit qui doivent primer, qu’est ce qui empêche alors le rassemblement des forces vives et sincères de notre nation, autour d’une plateforme qui regrouperait tous ces partenaires? Attendre une symbiose idyllique, où tout le monde est d’accord avec tout le monde sur tous les dossiers, sous-dossiers et chapitres ? Est-ce qu’on chercherait à laminer les différences, condition sine qua non, avant d’établir une fusion, faisant fi de notre multitude ? C’est tout simplement utopique, voire suicidaire ; il est grand temps de passer à l’action au lieu de disserter à profusion, et faire avec ce qu’on a, accepter nos divergences, et même nos « extrémismes », vus par le prisme des uns et des autres, qui s’avéreront moindre « extrémismes » qu’ils ne paraissaient, pour peu, qu’on prenne la peine de mettre la main à la pâte. Pour cela il faudrait avoir le courage et la volonté de :

1— Se débarrasser des préjugés-carcans et arrêter les accusations mutuelles : nul n’est en droit de demander aux autres de renier leurs aspirations et convictions comme condition préalable à un rassemblement pour le changement effectif ;

2— Le fait que les thèses des uns soient aux antipodes des thèses des autres, ne devrait pas constituer un obstacle pour se rassembler autour de valeurs et principes épousés et acceptés par tous, et quoi de plus naturel que d’appartenir à des courants différents, voire même contradictoires ? N’est ce pas la définition même de la pluralité, tant que cela se fasse de manière non violente, loin des contraintes et des coercitions ? La guerre de « cent ans » basée sur des préjugés et les stéréotypes devrait cesser au plus vite, car elle constitue le socle qui fait le lit et les comptes de la junte pour saborder toute velléité de rassemblement, comme cela a été le cas du contrat de Rome, « jugé » contre nature, par ce même chef de gouvernement, toujours en place après près de deux décennies !, un contrat qui aurait sans nul doute évité au pays ce naufrage et lui aurait fait économie de tant de vies humaines et de capital. Nier aux uns et aux autres leur droit d’exister et de s’affirmer ne les fera pas disparaître d’un coup de baguette magique ; il faut faire avec, même si la dragée semble trop amère pour certains.

Est-il nécessaire de rappeler qu’il n’est pas question de pré décider du choix du peuple, du projet de société auquel il aspire dans sa majorité, avec le respect de sa minorité du moment, étant donné que cette minorité peut devenir à tout moment majorité, pour peu qu’il existe les mécanismes adéquats établis pour de telles circonstances. Ce dont il est question, quitte à le répéter, c’est de jeter les bases d’une plateforme, sur des principes clairs, justes et faisant l’unanimité, pour permettre justement au peuple algérien, d’exercer en toute souveraineté ses droits et faire son choix, sans coercition ni paternalisme, et encore moins d’être accusé d’infantilisme ou d’immaturité, si son choix se trouve être jugé incongru aux yeux des uns ou des autres. Il a le droit d’apprendre comme tous les peuples, pour parfaire son expérience, un droit dont il a été privé prés d’un demi-siècle. Le travail qui nous incombe à tous est de lui permettre de choisir ses représentants, à tous les niveaux, et de les destituer s’ils trompent sa confiance, par le biais de mécanismes non-violents institués justement, afin d’éviter l’instauration ultérieure de nouvelles dictatures, quelle que soit l’appellation ou la couleur que lui donnerait ses auteurs. Nos différences ne doivent pas nous empêcher de nous unir autour de ce minimum que chacun réclame, un consensus, qui sert de socle pour l’établissement de l’Etat de droit, un sorte de contrat politique et social, sans préjuger de la nature de la société d’une manière anticipée et coercitive et porteuse de tant de risques de sabordage de toutes les bonnes volontés. Je me répète, car l’obstination des sabordages se répète, et le défi est lancé, à celui qui tient bon !

Si les adeptes de l’islamismes (au pluriel), du moins ceux qui œuvrent pour le changement non violent en dehors de ce pouvoir, ne cessent de réfuter l’accusation de vouloir instaurer un Etat théocratique, doit on alors se fier à ses détracteurs qui l’accusent de manière pavlovienne pour des raisons bien connues, plutôt que de faire confiance aux concernés? Et combien même il existerait en leur sein une frange qui aspire à ce genre de gouvernance, comme partout ailleurs, est-ce une raison pour camper sur des positions « idéologiques » immuables, et se conforter dans les procès d’intention qui ne finissent pas, auxquels toute plaidoirie resterait vaine? La même chose s’applique aux laïcisants accusés d’être des éradicateurs qui « voudraient » bâtir un pays, étranger aux valeurs de leur peuple, en éradiquant une partie de ce peuple, quitte à tourner le dos au voix des millions d’âmes? N’est-il pas venu le temps de faire confiance mutuellement, avec la vigilance qui s’impose, et ne se baser que sur nos affirmations et nos actes.

En conclusion, je pense qu’il est impérieux aux forces du changement, de ne pas attendre le consentement de tous, pour entamer l’action sur le terrain ; ces forces peuvent jouer le rôle de locomotive, des pionniers dans leur genre, pour entamer cette œuvre titanesque, et à la lumière des efforts des uns et des autres, nul doute que le reste, jusqu’à présent indécis, craintif ou tout simplement indifférent, emboîterait le pas, pour peu qu’on fasse preuve d’efficacité et de bonne foi. Cet effort, même modeste au début, redonnera au peuple, jusque là dénigré et indifférent, l’espoir de croire en un avenir meilleur et ultérieurement, plus vite que ne l’imagine certains, assurera sa participation dans l’élaboration de sa destinée, dont il a été que trop longtemps mis en marge, exclu des décisions prise en son nom et à son insu.

A ces forces qui ont tout mon respect et ma confiance, et qui commencent à redonner de l’espoir à de large pans de notre société, n’en déplaise à ses détracteurs qui prétendent le contraire, ces forces qui forgent l’image d’une nouvelle Algérie qui prend forme dans les esprits libres, à l’instar du FCN, Rachad et autres, d’assumer leur responsabilités, de prendre cette l’initiative, sachant la confiance dont ils jouissent au sein du peuple. De la sorte, l’Algérie bougera, elle ne fait pas exception, et se ralliera inévitablement au train du changement radical non violent, n’en déplaise à la cabale et ses porte- voix et plumes, qui sèment les graines de la peur, de la discorde, sous prétexte de sauvegarder les acquis inestimables (outre les leurs), ceux de la sécurité des geôles et des cimetières.

Rachid Ziani-Cherif
5 octobre 2011