Une énième grande supercherie pointe de son nez à l’horizon, le pouvoir lâchant ses commis flagorneurs se surpassant dans le racolage boulitique pour associer la galerie à la fête bouffonne et putride qu’ils préparent frénétiquement, carnaval anachronique hissé au rang d’une deuxième révolution de novembre, rien que ça, un rendez-vous historique nous dit-on en haut lieu, que si par malheur le peuple s’en détournerait, ouvrirait la voie à un chaos sidéral ! Certes, on pourrait rétorquer, et alors, il n’y a rien de nouveau, pourquoi donc s’étonner au point d’en consacrer un billet, ce n’est pas la première supercherie, tellement le pouvoir chez nous est passé maître en la matière ; on pourrait même dire, et à juste titre, on en a vu et avalé de plus grandes couleuvres, et de plus osées, en effet, notre pouvoir s’est surpassé dans l’art d’innovation, de la subtilité, et de la persuasion, au point d’en faire des émules dans certaines contrées similaires à la nôtre en manque d’inspiration et de prendre « l’expérience » de notre pouvoir comme cas d’école.

Mais alors qu’y a t-il de si particulier cette fois-ci pour en susciter cet intérêt à ce moment précis et crucial où seule l’action et la concertation devrait mériter notre attention et nos efforts ?

La particularité essentielle vient cette fois du fait que, cette supercherie, à quelques petits mois de son étalement au grand jour, trahit de par sa singularité les marques d’un essoufflement et d’un malaise chez les prestidigitateurs et vendeurs d’illusions, au point où ils leur est quasi impossible de dissimuler la situation peu enviable dans laquelle ils se trouvent, nus et pied au mur, contraints à « consentir » ce qu’ils n’avaient jamais pensé pouvoir faire, « lâcher » du lest, en quantité comme jamais auparavant.

Bien que trop d’eau ait coulé sous les ponts de la plupart des pays du monde arabe, et que tellement de changements effectifs et profonds se sont opérés au seuil de nos frontières, et que les visions des peuples ont tant évolué, l’archaïsme et l’autisme restent la constante de marque chez notre clique au gouvernail, qui afin de ne pas être « balayée » dans la foulée, et rejoindre la cohorte des roitelets déchus, et dans l’espoir de ne pas paraître d’un anachronisme morbide qui leur coûterait cher, notre cabale à nous, la mort dans l’âme, essaie grossièrement de se mettre au diapason, pour être à l’ère du temps, « au goût » et au parfum du printemps arabe, sans toutefois en payer le juste prix. Ces prestidigitateurs à force de vendre l’illusion, tombent dans leur propre piège, ne faisant plus la distinction entre leurs illusions et la réalité crue et cruelle, pour s’engouffrer dans une schizophrénie qui les coupe du monde réel, et à force de vouloir nous convaincre de leur « sincérité », c’est à peine si on ne les entend pas geindre, en multipliant la profession de leur bonnes intentions, et des sacrifices consentis, du genre :

Vous voulez des reformes, on vous en donnera, et à la pelle, jusqu’au jour fatidique…

Vous voulez des partis, on gèlera le gel des lois et on sortira de l’hibernation les agréments stand-by, pour en libérer les dossiers congelés, et à vous cette panache bigarrée de partis ; plus encore, on permettra même au très petits d’exister, c’est une aubaine, cela ne fera qu’émietter ce tissu politique factice.

Vous voulez l’islamisme au pouvoir, à l’instar de nos voisins du Maghreb et du Mashreq, qu’à cela ne tienne, que vos volontés soient exaucées ; vous aurez vos Hims bis, vos Nahda bis bis, et autres Islah clonés et rebaptisés ; on a bien eu nos GIA dans les années 90, certes les temps ont changé, on doit s’y adapter, on « avalisera » ou on cooptera pour les besoins de ces circonstances particulières des PIA, comprendre Parti Islamique de l’Armée (DRS bien sûr), DOK va se charger d’exécuter les directives venues tout droit de l’autorité compétente pour légaliser une flopée de ces excroissances prêtes à l’emploi, généreusement graciées, aux différentes nuances, aussi mielleuses que fielleuses, toute une panoplie sortie tout droit des tiroirs de DOK, sous l’injonction de Tewfiq and Co, vous aurez vos islamistes tranquilles énuques, ceux qui savent lever la main bien haut, à la hauteur de la largesse dont ils seront gratifiés en retour.

Même si vous voulez qu’on vous offre la tête de Médiène, oui vous avez bien « entendu » Médiène, lui-même, cela peut être négocié, nous sommes un système qui survit aux hommes, rien n’est impossible tant que… On a bien sacrifié feu Messadia, au lendemain des événements d’octobre, et du général Kherfi avant peu, et bien d’autres dans diverses circonstances, donc les sacrifices expiatoires, nous en connaissons un bout, pour maintenir le cap, du Képi bien sûr !

Mais enfin, vous voulez quoi ? Même la « constituante », DOK vous en fait la promesse d’en établir une, lors de la prochaine assemblée élue par nos soins, constituée des démocrates (les nôtres évidemment) des islamistes (les nôtres bien sûr) les nationalistes (nous-mêmes) et les tutti quanti de trotskistes stalinistes berbéristes baathistes, inodores, incolores, insipides, tout le fourre-tout et bien plus. N’est-ce pas la « constituante » que demandait Da Al Hocine, eh bien, nous nous plions à son intransigeance, qu’il nous fasse l’honneur d’être de la partie, et nous en serons reconnaissants ! Mais enfin, c’est quoi votre problème, pourquoi cette indécision, votre demande est insatiable, rien ne vous rassasie ?, semble s’offusquer notre cabale.

On est prêt à tout vous donner, ou presque), demandez à Dr Mourad Dhina (pardon, on a failli oublier qu’il est l’hôte depuis bientôt deux mois de notre antenne DOM TOM de l’hexagone, pour se faire une Santé), on lui a gentiment proposé de nous faire la liste de ses vœux et de son mouvement, il s’est obstiné à ne rien demander pour lui, ce qui rime pour nous à une demande irrecevable, qui sort de l’éventail de notre générosité, et ce n’est pas manque de bonne volonté de notre part, mais il a fait preuve d’une obstination qui n’a d’égale que notre ténacité à garder le pouvoir, la réalité de ce pouvoir quelque soit le prix… à faire payer à nos sujets.

On est prêt à tout concéder, mais ne nous demandez surtout pas de vous donner… notre âme, de nous dessaisir du système de gouvernance qu’on a élaboré depuis plus d’un demi siècle, pour vous asservir, pour gouverner en votre nom et à votre insu, ne nous demandez pas de vous rendre votre dignité, votre liberté, votre souveraineté, c’est une triptyque « non négociable », c’est plus fort que nous, on ne pourrait vivre sans, ce serait demander notre mort. Fin de lamentation du pouvoir en fin de règne.

A nous, comprendre tous ceux qui se considèrent en dehors du champ du système kleptocrate, et immunisés et non concerné par sa supercherie, de lui faire entendre sans la moindre hésitation, ce qu’on a de cesse réitéré : nous n’attendons rien de vous, et ne vous demandons rien, pour la simple raison, que vous n’êtes pas habilité à donner, même si vous vous êtes arrogé, par la force, la ruse et la duperie, ce droit illégitime, mais la loi de la force n’en fait pas un droit forcément, car c’est de votre départ qu’il est question, le reste appartient au peuple, et au peuple seulement, celui qui peut donner et reprendre ce qui lui appartient, et ce dont il a été illégalement dépossédé. Nous ne demandons rien de moins que votre départ, appelez-le comme vous le voulez, plus rien ne nous intéresse. Même si vous nous promettiez le pouvoir, on le refuserait, le paradis venant de vous, serait factice, débarrassez-nous de votre monstruosité !

C’est trop tard, les « jeux » sont faits, rien ne pourrait prolonger votre sursis qui n’a que trop duré, le peuple vous a demandé, des décennies durant, bien moins que ça, vous l’avez platement et dédaigneusement ignoré, humilié, réprimé, asservi, et pire encore au lieu de prendre l’exemple et tirer les leçons des gouvernants voisins défaillants qui, au crépuscule de leur chute, se sont tous « tardivement » rendus à la raison, en affichant soudainement leur disposition trop généreuse, dans la démesure, en promettant monts et merveilles à leurs populations décidées à en découdre avec la peur et l’horreur que représentaient leurs dictateurs, tous ces dictateurs ont été balayés par une crue qui n’a que trop longtemps été contenue, les peuples n’acceptant alors rien de moins que leur départ, au lieu de cela, vous avez continué à tourner le dos et faire la sourde oreille aux attentes réelles du peuple, pensant que vous êtes différent, plus machiavélique – et vous l’êtes – en vous servant, usant et abusant des différents subterfuges dont vous détenez les secrets, tantôt, au bénéfice de la manne des hydrocarbures dilapidée, pour retarder votre chute au lieu d’en faire profiter sereinement et utilement le pays.

Tantôt en brandissant le spectre de la peur de la décennie rouge dont vous êtes les seuls responsables, à l’image du Chancelier Adam Sutler, dans le discours de Mr V, vous promettez de l’ordre, vous promettez la paix, en demandant en échange, le consentement silencieux et docile.

Tantôt en dissuadant le peuple, en instrumentalisant la phobie entretenue des prétendus troubles qui pourraient découler d’une éventuelle révolte, en vous présentant comme le garant de la « stabilité ».

Tantôt en vous mettant dans le rôle du protecteur face à l’hydre islamiste qui menace, les autres hydroïdes ayant été domestiqués dans le cadre des PIA.

Vous avez tout essayé, tout, à l’exception de ce qu’il fallait, en l’occurrence, laisser ce peuple vivre dans la dignité et la souveraineté, le laisser décider en son âme et conscience, mais il faut croire que ce sont des valeurs dont vous ignorez le sens et la portée. Les règles de la bonne gouvernance, telles que citées par Sir William Beveridge voudraient que « l’objectif de tout gouvernement, en état de paix ou de guerre, n’est pas de consacrer la gloire des dirigeants ou d’une quelconque race, mais d’assurer le bonheur de la personne humaine ». Vous, vous avez fait de votre maintien, l’objectif, le but, votre raison d’être, le peuple n’est à vos yeux qu’un ramassis de sujets, à divertir à chaque carnaval, local ou national ; hélas pour vous c’est ce même peuple qui vous poussera à sortir de son existence, à moins que pour une fois, vous faites amende honorable, vous osez une chose de sensé dans votre vie, une seule chose que l’histoire gardera en votre faveur, lui éviter d’autres drames pour se libérer de votre présence, chose inéluctable, seule la manière est sujette à équivoque, dégagez tout court.

Rachid Ziani-Cherif
10 mars 2012