Propos recueillis par Nordine Azzouz, Le Matin DZ, 5 mai 2012

Le sociologue algérien Lahouari Addi vient de sortir aux éditions Barzakh un recueil de textes écrits dans la presse nationale entre 1991 et 2011.

Dans ce livre, le sociologue revient avec la même vigueur, le même ton intempestif et le même courage sur les grandes questions qu’il aborde depuis plus d’une vingtaine d’années et qui concernent entre autres le rôle de l’armée dans la construction de l’Etat, l’islamisme, le phénomène de la harga… Autant de thèmes que le chercheur oranais, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, aborde comme clefs à l’analyse sociologique et politique de ce qu’on appelle le système algérien. L’occasion, pour la Nation, sur la base de son ouvrage sorti en mars dernier, de le solliciter sur sa lecture de l’actualité du pays. Un point de vue qui incite à la discussion et au débat.

Sur la 1ère et 2ème couverture de votre livre, on voit le portrait d’Abdelhafid Boussouf, l’affiche du film Omar Gatlato de Merzak Allouache, et quatre photos d’un jeune regardant un cargo en mer, du mausolée de Sidi Lakhdar à Mostaganem, d’un exemplaire ouvert du Coran puis, enfin, d’une plateforme pétrolière. Quel est le sens à retenir de ces illustrations ?

C’est l’éditeur qui a fait le choix des illustrations de la première page. Il a néanmoins demandé mon avis et j’ai trouvé que les photos étaient symboliques de l’expérience algérienne et de ses contradictions et étaient assez représentatives du contenu du livre. Commençons par Boussouf qui a été maintes fois évoqué dans mes analyses. Boussouf a été un chef national de la guerre de libération et a eu un style de diriger les hommes qui a marqué les rapports d’autorité et les pratiques de l’Etat indépendant. Boussouf a été un nationaliste intransigeant qui cultivait le secret et qui exigeait l’unanimité. Ce que j’appelle “la culture Boussouf” continue d’exister aujourd’hui dans le DRS dont il est l’ancêtre fondateur. Mais si l’intransigeance autoritaire de Boussouf correspondait à la radicalité du système colonial, à quoi correspondent la brutalité et l’ingérence du DRS dans la vie politique du pays ? Le film de Marzak Allouache Omar Gatlatou renvoie à l’irréalisme de la politique des années 1960 et 1970 qui exaltait l’industrie et sous-estimait l’individu. Je considère Merzak Allouache comme un grand sociologue.

Chacun de ses films est un livre de sociologie de la société algérienne. Le jeune regardant le cargo en mer illustre l’état d’âme des candidats à la harga qui est l’expression tragique de l’échec du régime. Les photos du mausolée du marabout et du Coran renvoient à l’anthropologie religieuse de la société. Ma thèse, c’est que le mouvement réformiste de Ben Badis a défait le maraboutisme mais a créé un vide qui a été occupé par l’islamisme. La pratique maraboutique, très forte au Maghreb, donnait du sens à l’existence des gens. Si vous la supprimez, par quoi sera-t-elle remplacée ? L’anthropologue britannique Ernest Gellner dit qu’elle a été remplacée par le nationalisme, mais le nationalisme dans le Maghreb postcolonial a montré ses limites idéologiques et a été incapable de donner naissance à une culture moderne tenant compte du patrimoine du passé. Quant à la photo de la plate-forme pétrolière, vous devinez son choix. De mon point de vue, le pétrole a été pour l’Algérie un handicap et une malédiction et a poussé vers les situations rentières. Il a rompu le lien entre l’effort et le revenu, entre le travail et la richesse et, de ce point de vue, les futures générations en Algérie sont en danger. Le pétrole empêche les Algériens de travailler.

Le cadre chronologique dans lequel s’inscrivent vos textes est celui d’une décennie: 1999-2011. Le titre de votre ouvrage est pourtant “Chroniques d’une expérience postcoloniale de modernisation”. Pensez-vous que la courte séquence historique et politique que vous abordez – celle qui en l’occurrence correspond aux mandats du président Bouteflika – est tout à fait significative des cinquante années d’indépendance du pays ?

Je ne pouvais pas commencer à écrire en 1962, j’avais seulement 13 ans. En tant qu’universitaire, ma période de production commence dans les années 1980 au cours desquelles j’ai rédigé ma thèse d’Etat publiée à Alger sous le titre L’impasse du populisme. L’objet sur lequel je réfléchis, c’est l’Algérie, société et Etat, de l’indépendance à nos jours. C’est 50 ans d’expérience postcoloniale que je considère comme une tentative de modernisation. L’expression “postcoloniale” ne veut pas seulement indiquer une chronologie, un temps après la colonisation. L’Algérie a été profondément marquée par la colonisation. Sa volonté de se développer après l’Indépendance exprime l’aspiration à la modernisation que lui a refusée le système colonial. En 50 ans, la société a changé, mais le régime n’a pas évolué, sauf peut-être superficiellement. En 1962, Bouteflika et Ould Kablia étaient dans les tuyaux du pouvoir, un demi-siècle après, ils y sont toujours malgré l’échec du régime dans tous les domaines. Entre-temps, le régime a perdu de sa cohérence idéologique des années 1960 et 1970. Bouteflika a cherché à reproduire la geste populiste de Boumédiène, mais il n’a ni le charisme ni les capacités du chef de la wilaya 5. Sous Boumédiène, les contradictions du régime étaient cachées par la force de l’utopie populiste ; sous Bouteflika, les contradictions du régime apparaissent au grand jour. Le roi est nu malgré les efforts surhumains du DRS.

Dans vos chroniques, vous abordez une Algérie en suspens ou en attente : une société où les pratiques autophagiques (suicide, immolation, harga) se multiplient comme jamais auparavant ; un pays sur lequel plane de grandes incertitudes et qui est depuis un demi-siècle sommée de régler la lourde question de la gouvernance politique et économique. Pour ce qui ressemble à un bilan, c’est plutôt sombre non ?

En termes de bilan du régime, c’est sombre. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée pour autant. La société algérienne a changé et les contradictions se sont approfondies. Avez-vous remarqué que l’unanimisme des années 1960 et 1970 a disparu ? Les Algériens prennent conscience de manière confuse qu’ils ont des opinions politiques et idéologiques différentes. Prenez l’exemple des révoltes dans le monde arabe. L’opinion est profondément divisée sur ce qui s’est passé en Libye et sur ce qui se passe en Syrie. Elle a été aussi divisée en janvier 1992 lors de l’annulation des élections remportées par le FIS. Cela indique que l’Algérie est en train de naître à la politique. Dans le passé, la politique opposait la majorité des Algériens à l’administration coloniale et leurs collaborateurs autochtones qui s’excluaient de la communauté, d’où “la culture Boussouf” qui avait pour cadre socio-historique la rigidité du système colonial. L’administration coloniale ne comprenait que le langage du couteau de Boussouf et ses camarades. Aujourd’hui, cette culture est anachronique. Est-ce qu’un islamiste est un traître ? Ou un berbériste ou un communiste… ? Bien sûr que non. Ils expriment des idéologies différentes mais sont tous attachés au pays. De façon globale, et avec des contradictions, je considère que la société et les individus ont évolué sur le plan politique. Par contre, le régime n’a pas évolué et est en retard sur la société. C’est pourquoi l’Algérie est grosse d’une révolution politique.

Le poids de l’armée, jugez-vous, se fait lourdement sentir dans la sphère politique et économique du pays. Vous le mesurez comme quelque chose de contreproductif pour la perspective démocratique que le pays tente de dessiner depuis une vingtaine d’années. Pourquoi ? N’avez-vous pas, comme certains vous le reprochent, l’”obsession du militaire” ? Et en particulier d’un DRS-Léviathan qui serait partout et derrière tout ce qui bouge en Algérie ?

Le régime algérien est né d’un mouvement de libération nationale qui a utilisé la violence armée pour libérer le pays de la domination coloniale. Ceci est un fait historique qui a pesé sur la genèse et l’évolution de l’Etat indépendant. C’est l’armée qui a donné naissance à cet Etat et elle se comporte comme une mère qui refuse de voir grandir son fils et s’autonomiser d’elle. Et pour surveiller son fils, cette mère jalouse a créé le DRS. Le DRS infantilise la société en ayant des milliers d’indicateurs qui ne travaillent pas et qui bénéficient de passe-droits dans l’administration, y compris la justice. Ceci ne relève pas d’une volonté de nuire au pays car dans le DRS il y a évidemment des patriotes, mais pour le militaire algérien, la force de l’Etat réside dans la puissance du pouvoir exécutif. Les militaires veulent que le pouvoir exécutif ne soit pas gêné dans sa mission de développer le pays. Ce qu’ils ne voient pas, c’est qu’un pouvoir exécutif n’est fort que s’il est légitime et crédibilisé par le pouvoir législatif autonome et le pouvoir judiciaire indépendant. C’est parce que le législatif et le judiciaire dépendent du pouvoir exécutif que le pays est rongé par la corruption à tous les niveaux et l’administration est le lieu de l’incompétence. Vous dites que j’ai une obsession pour le DRS. Soit. Mais ma spécialité c’est la sociologie politique qui a pour objet de recherche le pouvoir. Or en Algérie le pouvoir, c’est le DRS. Il ne dépend pas de la présidence de la république et on dit même qu’il s’est autonomisé de l’Etat-Major. Un Etat dans l’Etat ! Si c’est vrai, nous comprenons pourquoi il y a cette pagaille dans la rue algérienne et dans l’administration. Ce que je critique dans le DRS, c’est que ce service s’est mis au-dessus de l’Etat alors que c’est une institution de l’Etat au service des intérêts suprêmes de la nation. Je suggère aux officiers du DRS de se réunir en séminaire fermé et de discuter entre eux de leur mission et de leur apport à la nation et se demander s’ils sont au service de la nation ou du personnel du régime. Pourquoi couvrent-ils les graves affaires de corruption ? Pourquoi protègent-ils Abderrazek le para ? Pourquoi n’ont-ils pas répondu aux cris de détresse des enfants et des femmes de Bentalha qui se sont fait massacrer pendant 5 heures? On dira qu’ils étaient en mission en train de surveiller le vieux Ali Yahia Abdenour ! Si demain le pays devient démocratique, le DRS sera réorganisé pour se spécialiser dans sa mission d’origine, l’espionnage et le contre-espionnage. Espionner un syndicaliste ou un militant des droits de l’Homme ne devrait pas faire partie de la mission du DRS qui a été transformé en police politique qui met les intérêts du régime au-dessus des intérêts du pays.

Comment dans un pays sous-administré comme l’Algérie, intellectuellement pauvre, marqué par un fort tropisme religieux, dirigé par un Etat fermé sur lui-même, où l’offre politique demeure de très faible qualité et sans maîtrise des enjeux et des défis auxquels le pays est confronté, peut-on poser en termes pratiques les questions de l’Etat de droit, de la démocratie, et de la place de l’institution militaire?

Est-ce qu’on interdit à un enfant de marcher sous prétexte qu’il va tomber ? Il y a une puissance vitale dans la société algérienne que même les islamistes ne peuvent étouffer. C’est pourquoi j’ai été contre l’annulation des élections en janvier 1992. Il y aura des incidents, des accidents, des événements douloureux, mais la dynamique profonde sera celle de la constitution de l’Etat de droit. Je prends un exemple. Vous avez raison de dire que l’élite politique est médiocre, mais où se forme une élite politique de qualité ? Dans les syndicats, les partis, les associations, les corps intermédiaires, etc. Or le régime a mis en place une police politique aux moyens infinis, le DRS, pour empêcher la constitution de corps intermédiaires indépendants. Si les partis sont infiltrés, si les syndicalistes sont pourchassés, si les journaux subissent le chantage en tous genres, si les universitaires sont écartés, etc., l’élite politique de qualité dont a besoin le pays ne verra jamais le jour.

En Tunisie et en Libye, les dictatures sont tombées. Mais le printemps démocratique qu’on espérait n’est pas encore au rendez-vous. Sur les décantations en cours dans ces pays aux parcours différents pèse à nouveau l’hypothèque de l’islamisme radical, violent et exclusiviste. Au Sahel, un Etat voisin, le Mali, est au bord du chaos. Il voit ses territoires investis par des groupes qui se réclament d’Al Qaida au Maghreb. Comment doit-on appréhender ces bouleversements géopolitiques ? De quels temps historique et politique nouveaux sont-ils la marque ?

Le monde arabe est dans une situation révolutionnaire marquée par la fin d’un cycle, celui de l’établissement d’un pouvoir central souverain sur le plan international. Les nations du Tiers Monde se sont formellement constituées avec un pouvoir central fort qui a exigé l’allégeance à tous les pouvoirs locaux. Cette phase, que la science politique appelle “la modernisation autoritaire”, est terminée. Il s’agit maintenant d’intégrer les populations au champ de l’Etat et d’institutionnaliser les rapports d’autorité pour rendre au pouvoir son caractère public. Cette deuxième phase sera longue et parfois émaillée de violence et évidemment les puissances étrangères essaieront de s’immiscer pour préserver leurs intérêts. L’Occident a deux objectifs dans la région : maintenir les monarchies et faire accepter Israël dans la région. Mais ce n’est pas parce que l’Occident a ces deux objectifs qu’il faut soutenir les régimes autoritaires et renoncer au changement. C’est comme si on avait dit à Larbi Ben M’hidi en 1954 de renoncer au soulèvement sous prétexte qu’à l’indépendance nous tomberions sous l’influence de l’Union soviétique. Le nationalisme des jeunes générations est aussi fort sinon plus que celui des générations précédentes. Le problème le plus important est de savoir si nos sociétés ont les ressources culturelles pour construire l’Etat de droit et la démocratie. Est-ce que nos sociétés sont-elles prêtes à faire de la pratique religieuse une affaire privée qui relève de la conscience de l’individu ? Les élites ont un rôle crucial dans ce passage à la religion civile où la foi n’est sincère que si elle relève de la conscience individuelle et de l’espace privé. Les élites sont censées avoir le sens des perspectives historiques.

Quels effets peuvent-ils, selon vous, avoir sur l’évolution politique dans notre pays ?

L’Algérie n’échappera pas à la dynamique de changement dans la région, née d’abord en octobre 1988 à Alger et réapparue en Tunisie en décembre 2010. La transition démocratique a eu lieu d’abord en Algérie où elle a échoué en janvier 1992. Il me semble que l’opinion est en train de suivre ce qui se passe en Tunisie et en Egypte car ces deux pays sont en train de vivre une expérience qui a été interrompue en Algérie en 1992. Nous verrons si les islamistes évolueront au contact de l’exercice du pouvoir ou s’ils établiront un régime plus autoritaire que le précédent. C’est ce que j’avais appelé «la régression féconde» en janvier 1992. Pour l’Algérie, il y a deux scénarios possibles : soit le pourrissement jusqu’à l’effondrement comme en Libye et en Syrie, soit la transition négociée avec les forces politiques de la société. Dans mon livre paru chez Barzakh éditions à Alger, j’ai inclus un texte inédit, issu d’une conférence prononcée à Princeton University et Georgetown University, aux Etats-Unis, qui essaye de montrer pourquoi les régimes autoritaires du monde arabe n’ont pas d’avenir. Ils ont achevé leur mission et doivent laisser place à d’autres régimes plus ouverts sur la société.

Le pays est à la veille d’une élection législative en mai prochain. Quelle analyse faites-vous de ce rendez-vous électoral et quel enjeu recouvre-t-il ? Quelle interprétation faites-vous de la comparaison que le chef de l’Etat fait de ce rendez-vous électoral tantôt avec le 1er novembre 54 tantôt avec le référendum d’autodétermination du 1er juillet 62 ?

Ce régime est épuisé historiquement et idéologiquement. Les élections du 10 mai approfondiront la rupture entre l’Etat et la société. Elles ont pour seul objectif d’intégrer plus d’islamistes salafistes dans les institutions. La prochaine Assemblée nationale sera dominée par des islamistes domestiqués, des islamistes de service qui n’ont rien compris à l’islam et qui réduisent cette religion à l’interdiction de l’alcool. Des islamistes qui acceptent volontiers que l’armée continue d’être source du pouvoir en contrepartie d’une plus grande symbolique religieuse et de référence à la chari’a. Ces députés seront apolitiques et ne voteront que les lois que proposera le pouvoir exécutif qui a déjà décidé des quotas à allouer à des partis qui n’ont ni la capacité ni la volonté de diriger l’Etat. Qu’attendez-vous d’un Boudjerra Soltani ou de Abdallah Djaballah qui donnent de l’islam une image folklorique ? Un islam spirituel et moderne fait peur au régime qui préfère la salafiya folklorique et l’islamo-business qui servent de rente idéologique. Pour l’Occident, et même les classes moyennes, il vaut mieux un corrompu costume cravate et whisky à la main qu’un islamiste qui promet d’appliquer la chari’a. Entre temps, le pays continuera d’épuiser ses ressources naturelles et les cercles occultes continueront d’amasser des fortunes colossales sur la base de la spéculation et la corruption. Le régime ne veut pas d’un islamisme moderne et tolérant, incarné hier par Abdelkader Hachani et aujourd’hui représenté par Mourad Dhina qui est le Erdogan algérien. M. Dhina est en prison en France à la demande de l’Algérie alors que Boudjerra Soltani bénéficie de milliards pour représenter la population à l’Assemblée nationale. Le monde à l’envers ! Quant à Bouteflika qui compare le 10 mai au 1er Novembre 1954, il porte atteinte à la date qui a donné naissance à la souveraineté nationale.

En juillet prochain, l’Algérie fêtera le demi-siècle de sa libération de la tutelle coloniale. Certains groupes politiques dont le FLN veulent que l’ancienne puissance occupante fasse acte de repentance. Cela ne semble pas vous enthousiasmer comme vous l’écrivez dans un de vos textes publiés dans le Quotidien d’Oran et repris dans votre ouvrage. Pourquoi ?

Certains individus font de la guerre de libération un fonds de commerce pour défendre des rentes de situation. Les Algériens ont fait la guerre à la France coloniale qu’ils ont battue en arrachant l’indépendance. L’armée française a commis des crimes contre l’Humanité et des crimes de guerre et a pratiqué des actes de torture inqualifiables, ce qui a sali l’histoire de la France. Que des Français veuillent libérer leurs consciences et demandent à leur Etat de reconnaître officiellement ces crimes abjects, cela regarde les Français dans une affaire franco-française. Quant à l’Algérie, Etat souverain qui traite d’égal à égal avec l’Etat français, elle doit cesser cette guerre verbale larvée pour se lancer dans une politique qui prend en compte les intérêts mutuels des deux pays dans le long terme. Les relations entre les sociétés algérienne et française sont beaucoup plus denses que les rapports actuels entre les deux Etats. Il y a un flux humain intense entre les deux rives de la Méditerranée et il y a près de deux millions de personnes qui ont la nationalité algérienne et la nationalité française, en plus des nationaux émigrés dont plusieurs dizaines de milliers sont à la retraite. Le devoir de l’Etat algérien est de se soucier de ces personnes pour qu’elles jouissent de leurs droits sociaux dans la dignité. Il y a en France des courants nostalgiques minoritaires hostiles à l’Algérie, mais il y a aussi des courants qui sont favorables à la coopération dans l’intérêt des deux peuples. La politique étrangère de l’Etat algérien vis-à-vis de la France devrait poursuivre comme objectif de construire des relations stables pour réduire les effets néfastes de la mondialisation et convaincre l’opinion publique française pour appuyer la lutte des Palestiniens à avoir un Etat. Pour moi, ceux qui demandent à la France de présenter des excuses croient encore que la France est leur mère-patrie. L’Algérie n’est plus une colonie, c’est un Etat souverain.