Il y a nécessité d’une politique au vrai sens du mot.

L’état de la société musulmane lui a imposé une notion médiocre de la politique. Comme nous sommes « dirigés » par des incapables, des esprits obtus, nous pensons forcément que la politique consiste à occuper le haut de la hiérarchie, sans associer à cette hauteur une quelconque dignité, ni sens de la responsabilité.

Il n’est donc pas nécessaire de traiter nos gouvernants de « traitres » et de « corrompus », car ils ne le sont effectivement que par défaut en eux d’une idée supérieure de ce qu’est la politique. Nul n’est méchant volontairement, dirait Socrate. En effet, si nos dirigeants n’étaient pas bêtes, ils n’agiraient pas comme ils le font. Il est beaucoup plus gratifiant et valorisant pour eux d’être à la tête d’un Etat respecté et craint, que d’un Etat soumis et réduit à l’impuissance.

En face d’eux, les « opposants » ne sont pas mieux lotis. Car eux aussi manquent de lucidité. Ils contestent la légitimité de ceux qui sont au « pouvoir », tout en manquant de la nécessaire lumière qu’offre la vision authentique de la politique pour savoir fonder plus sérieusement leur contestation des régimes en place.

C’est toujours des hommes qu’on oppose à d’autres hommes.

Or une telle démarche n’aboutira jamais à rien qui vaille. Un autre homme viendra qui fera ce que faisait son prédécesseur.

Il est donc nécessaire de définir ce que serait la bonne politique, la vraie politique musulmane.

Cette politique doit être conçue telle qu’elle devra rendre compte de la réalité dans tous les pays musulmans, qu’elle serve de critère pour eux. On est donc déjà loin des explications particulières, portant sur des noms, et sur la dénonciation des agissements de certains (Lamari, Zeroual, Mubarak, Zayn al-Abidine, et que sais-je encore ?)

Si l’on ne comprend pas quels sont les ressorts de la bonne politique, on ne pourra concevoir un système rendant compte de l’unité de la bêtise commune à ceux qui nous gouvernent, de Tanger à Jakarta.

En formulant les principes et les objectifs d’une politique musulmane claire, on verra surement mieux comment et pourquoi jusqu’ici nous ne sommes pas parvenus à nous débarrasser de ces bougres qui nous dirigent.

Et là, que l’on me pardonne de dire la vérité : c’est à cause de nous que ces hommes survivent, c’est notre bêtise qui les maintient en vie, au pouvoir. Parmi nous, les Lamari, Mubarak, Zayn al abidine, etc., sont légion. Le Prophète (S) a dit : kamâ takûnû yuwallâ ‘alaykum. Vous n’avez que les chefs que vous méritez.

Par conséquent, le premier facteur à prendre en vue c’est nous-mêmes, bien avant de nous tourner au facteur de ceux qui nous dirigent.

Dans le cas de l’Algérie, nous pouvons dire que les dernières 50 années ont servi à quelque chose : nous purger du reliquat de colonisabilité qui subsistait en nous.

Nous avons compris qu’il ne suffisait pas de disposer d’une indépendance formelle, pour faire de nous des heureux.

Dieu nous a donné une leçon, en nous faisant comprendre une bonne fois pour toutes que si le colonialisme fut une cause aggravante de notre problème, la cause essentielle de ce dernier se trouvait ancrée en nous.

En 50 ans, l’Algérie n’a pas bougé de beaucoup. Alors qu’elle disposait en 1962 d’une base économique plus forte que celle de la Corée du Sud, nous voyons où se trouve cette dernière et où nous en sommes encore.

Nous avons compris cela. C’est déjà quelque chose.

Nous avons souffert de notre ignorance, en croyant qu’il suffisait de remplacer le sympathique Bendjedid par le général ou le cheikh ou le Dr Untel pour que les choses s’améliorent.

Non, jamais. Les choses s’amélioreront quand on saura ce que nous voulons. Les principes d’abord, puis les hommes.

Deuxième chose positive : ces 50 ans ont épuisé et tari aussi la source génératrice du gouvernant post-almohadien, de l’homme de la boulitique. Je suis persuadé que la baisse du taux de colonisabilité a entrainé l’affaiblissement de l’arrière scène productrice des chefs improvisés. Normal : nous sommes devenus meilleurs, donc nous sommes en train de mériter de meilleurs gouvernants.

Nos gouvernants se montrent de plus en plus dans leur nudité. Ceux qui leur soufflaient leur rôle sont en manque d’imagination, à bout de souffle. C’est le moment à saisir pour récupérer notre indépendance vraie, mettre en place une vraie politique et renverser le sens de la domination, c’est-à-dire porter la bataille dans le champ de ceux qui hier nous dictaient leurs volontés.

Après les indépendances, nos dirigeants étaient ceux qui avaient reçu nos peuples en héritage du colonialisme. On les a autorisés à entretenir l’illusion d’être des gouvernements indépendants, à se faire prendre au sérieux.

Ces dernières années, le vernis a vraiment craqué. Soit qu’ils sont devenus plus intelligents, soit que leurs maîtres ne sont plus satisfaits de la façon dont ils s’acquittent de la mission qu’ils leur ont confiée.

Une ambiance nouvelle semble s’installer qui dépasse et nos gouvernants et ceux qui de loin les orientent.

Mon sentiment est que la machine s’enraye, usée par des siècles de combines, de manipulations, de mensonges. Elle se rouille parce que la condition nécessaire sur laquelle elle s’appuyait commence à sérieusement faire défaut. La colonisabilité recule à grands pas. L’Occident n’a pas de pétrole, on le savait, mais il n’a plus d’idées non plus.

Nous assistons, avec nos éléphants, – pour n’en nommer aucun, ceux en tout cas on m’aura compris qui se succèdent par cooptation, faute de trouver des éléphants dans les nouvelles générations – à ces derniers soubresauts de la colonisabilité, et nous entendons leurs râles parvenir à nos oreilles.

Bientôt, il ne sera même plus besoin d’aller manifester pour demander leur départ. Ils s’en iront d’eux-mêmes, comme les vieux communistes de l’URSS, fatigués par leurs propres mensonges, leurs propres cachoteries, ont un beau matin annoncé que l’URSS n’était plus. Les régimes hérités du colonialisme et de la colonisabilité vont imploser, par un effet des « contradictions internes », comme disaient les communistes.

L’URSS était quand même quelque chose. Nos gouvernants apparaitront dans leur nudité sans aucun vêtement pour couvrir leur honte, à moins qu’ils se repentent avant l’heure fatidique.

C’est sur notre misère qu’ils ont bâti leur misérable gloire. C’est sur notre confiance qu’ils ont tissé leur toile d’araignée. Mais la demeure de l’araignée est la plus fragile qui soit, comme nous le rappelle le Coran. Tout le mal qu’ils ont fait, ils l’ont fait en comptant sur notre colonisabilité. En somme, nous nous sommes fait du mal tout seuls. Il suffisait que nous changions pour que Dieu nous donne des dirigeants dignes de notre nouvel état. Nous étions tous des Bouteflika, des Lamari et des je ne sais plus qui, de ces noms que je n’ai jamais pu retenir, parce qu’on me disait qu’ils étaient derrière toutes les ficelles et que je n’ai rien cru de cela. De pauvres bougres pareils ne pourraient pas faire autant de mal si parmi nous ils ne trouvaient tant de complices passifs certes, mais complices quand mêmes. Il ne faut pas les exclure du pardon, car alors il faudrait aussi renoncer nous-mêmes au pardon. C’est le manque de cette logique implacable qui a conduit nos dirigeants à refuser de pardonner à ces pauvres harkis, qui furent fautifs sans l’ombre d’un doute, mais… le Prophète aurait pardonné.

Préparons-nous à tourner bientôt d’un seul geste, beaucoup de pages de l’histoire récente. Oublier tout ce que l’on nous a appris pour apprendre d’autres choses nouvelles, développer de nouveaux réflexes. Le monde est en train de changer de propriétaire. Nos peuples ont muri et ils sont prêts pour le grand chambardement. Tout le problème sera de disposer et d’assurer un encadrement suffisant.

Les derniers développements dans le monde arabe, nous ont enseigné une chose : il ne faut plus penser les problèmes dans le cadre étroit d’un pays particulier, mais au moins à l’échelle des régions. Par exemple, comprendre que le problème marocain, le problème tunisien, mauritanien et libyen, est un seul et même problème. Sa solution devra donc être la même.

Même si nous nous en tenons à l’actualité, à la politique au jour le jour, tous les observateurs relèvent un épuisement certain de l’Occident. Or l’armée et le pouvoir en général, en Algérie, comme dans la plupart des pays musulmans sont en réalité de simples relais d’un pouvoir dont les bureaux se trouvent en Occident. Cela ne veut pas dire que tous les soldats algériens sont des traîtres. Loin de là. Il y en a parmi eux beaucoup qui comme nous tous, sont des citoyens qui… guettent l’occasion où leurs chefs cesseront d’être soutenus comme par le passé, et où ils prendraient le risque de remettre les eaux du peuple algérien dans le lit de la rivière algérienne, tout au profit du peuple. Or ce moment semble proche, car la faiblesse de l’Occident éclate au grand jour. Il est de plus en plus discrédité. Plus personne ne le prend au sérieux. Même nos gouvernants le sentent et se montrent sceptiques quant à leur avenir. Mais ils hésitent encore à suivre la voie du repentir, et à se mettre sincèrement au service de leurs peuples. Les années de corruption les ont rendus inaptes à tout bien.

Je ne désespère pas qu’ils puissent réaliser leur erreur et qu’ils retrouvent le droit chemin. Je ne doute pas qu’il se trouve toujours un trésor sous quelque ruine. Nous espérons que Khezr vienne l’en faire sortir. inshaAllah.

Même la destruction des tombeaux de Thinbouctou pourrait se révéler bénéfique, quoiqu’en pensent les égarés qui l’ont causée. Il se peut qu’elle libère des énergies prisonnières jusqu’ici. Si nous savons saisir l’occasion, les peuples occidentaux seront enfin disponibles pour l’islam, car eux aussi souffrent depuis des siècles de la manipulation qui nous a tant fait mal.

Nous comprenons maintenant pourquoi les USA et d’autres pays sont en train de redoubler de férocité envers les musulmans qu’ils savent pourtant impuissants au point de vue militaire. Un tel comportement n’est jamais la preuve de la puissance. Quand on enlève le masque, c’est qu’on est devenu faible. Thanks God !

Tout mouvement qu’ils entreprendront désormais ne fera qu’accélérer leur chute.

Pourquoi nous détestent-ils, alors que nous n’avons pas de puissance militaire à leur opposer, et que nous ne représentons aucun danger pour eux ?

Ils nous détestent parce que la seule chose que nous apportons est la paix. D’un côté, la superpuissance impérialiste belliciste, de l’autre la superpuissance du droit des hommes. Nous ne cherchons pas à nous emparer des richesses des peuples, pas plus que nous ne préparions une invasion pour occuper et coloniser. Rien de tout cela. Nous voulons nous libérer, retrouver notre liberté d’agir en peuples adultes s’assumant pleinement. Et cela implique dans l’esprit des méchants une contagion aux peuples qu’ils ont jusqu’ici soumis à leur règles, moyennant société de consommation. Car ne nous leurrons pas, les peuples occidentaux ont eux aussi été soumis à une colonisation qui pourrait s’avérer plus ravageuse, car ils n’ont pas une foi puissante contre laquelle ils se seraient appuyés pendant la traversée du désert. Notre bonheur sera le leur aussi, insha Allah. N’en doutons pas.

Abû al-Atâhiya
10 juillet 2012