Dès le lendemain de l’indépendance, l’Algérie a renoué avec ses problèmes d’avant l’occupation française. La parenthèse coloniale refermée, la voici assaillie par des dossiers demeurés non-régularisés depuis des générations ; il y en avait qui trainaient depuis l’ingérence ottomane, quoique salutaire à bien des égards.

Nous nous sommes réveillés sur la même scène que celle que nous avions laissée au moment de notre assoupissement, rattrapés par nos négligences passées.

Nous n’étions pas préparés pour affronter ce retour des choses, bien que le colonialisme fût pour nous une occasion durable de tirer des leçons de notre triste sort.

Nous avons eu la naïveté de penser bénéficier d’un traitement de faveur de la Providence qui nous accorderait de recouvrer notre grandeur, sans un effort de notre part.

Nous avons conservé nos tares et les avons même aggravées parfois, sans cependant cesser de rêver de rendre un jour à notre peuple sa puissance. Mais l’inaction nous caractérisait et ce rêve ne pouvait demeurer qu’un fantasme, une illusion. Nous nous bercions aux plaisirs que cette grandeur virtuelle allait nous procurer, au lieu d’œuvrer à réunir les moyens de l’atteindre. D’autant plus que les autres peuples ne cessaient d’aller de l’avant, élargissant davantage l’écart qui nous sépare d’eux.

Le musulman a un problème avec sa personne. Ses ressorts psychologiques sont usés, le privant de tonus et de son dynamisme. Il n’est plus capable d’autocritique, et n’envisage qu’avec scepticisme la possibilité de reprendre en main sa destinée. C’est un homme qui éprouve de la difficulté à faire son introspection. Désorienté depuis des décennies, il n’a plus la recette de l’efficacité. Il ne sait pas mener une action selon un plan défini. Il s’arrête à mi-chemin, hésitant à poursuivre la tâche ou à tenter autre chose. Frappé d’apathie, il est un homme cloué dans un temps irréel, entretenant le désir stérile et vain du décadent meurtri par des décennies de terreur coloniale et tétanisé par les coups foudroyants de la lutte idéologique dont ne le protège pas ses gouvernants, eux-mêmes devenus les instruments dociles des puissances dominantes.

Chaque fois qu’il fait un pas vers son réveil, une manœuvre déclenchée par une force immanente invisible vient le remettre à sa place.

Cette image négative pourrait cependant être changée en une autre de loin plus brillante, par la moindre étincelle qui viendrait soudainement dégripper son moteur et rallumer la flamme de la foi. Nous ne sommes jamais loin du succès. Tout dépend de nos actes.

Il n’est pas facile pour un homme comme pour un peuple, de tourner les pages de son histoire, sans en avoir apuré au préalable la liste de ses contentieux. Le musulman traîne trop de casseroles, trop de vieilleries inutiles qui entravent sa marche. Il ne pourra reprendre son chemin dans la civilisation que s’il prend la résolution de trancher au sabre les liens qui le retiennent. Ses problèmes lui collent à l’âme et ne peuvent se résoudre ni par l’oubli, ni par la désertion.

Cela demande une révolution dans les esprits et dans les comportements, d’apprendre à regarder lucidement son passé afin d’en dégager toute la matière oxydante, obsolète, devenue un parasite au rôle pernicieux dans nos rapports avec notre héritage.

Il arrive souvent qu’un simple regard sincère porté sur soi produise l’effet d’un traitement de choc, éclairant notre regard, nous aidant à identifier la cause du mal qui nous ronge et nous remettant d’aplomb.

Les Algériens se retrouvent, en 1962, dans l’obligation de faire face à leur destin… sans l’interférence ou le prétexte du colonialisme. Mais le spectacle de leur passé leur fait horreur, ils s’empressent de lui tourner le dos, par trop de laideur. Ce passé proche s’appelle colonisabilité. C’est une condition qu’on aimerait oublier, mais on ne s’en débarrasse pas en l’ignorant ou en la voilant. Bien au contraire. L’examiner est un préalable auquel ils devraient satisfaire pour retrouver les clefs de leur bonheur.

Ce qui aggravait les choses est que le colonialisme ne s’est pas contenté de remettre les clefs et de partir en présentant ses excuses. Vindicatif, il avait posé pas mal de mines à déclenchement retardé, et d’autres qui allaient nous exploser à la figure aussitôt le dernier bateau colonial disparu à l’horizon.

A peine les colons évaporés, la colonisabilité nous révéla ses traits les plus dégoûtants ; la vague de notre passé nous submergea, comme poussée par les moteurs des bateaux coloniaux. Chacun se frotta les mains en voyant la grosse baraka qui s’offrait à son regard. Tout ça pour nous ! Les uns visèrent des appartements, d’autres des villas, et d’autres plus ambitieux la source même de la richesse : le trésor public qui ne peut se contrôler que par le pouvoir aussi absolu que possible.

Plus près tu seras du pouvoir mieux tu assureras tes jours et ceux de tes proches et amis !

Comme dans un film de science fiction, la mentalité algérienne précoloniale resurgissait et s’étalait sans voile devant nous. Ainsi donc, ce fut dans cet état que les Français trouvèrent nos ancêtres en débarquant sur nos plages, en 1830 !

Si nous avions eu le courage de nous regarder ainsi, nous aurions eu la force de barrer la route du pouvoir à nos décadents en chefs.

L’individualisme, ou plutôt le clanisme, refit son apparition comme le simple déclic d’une pulsion qui nous gouvernait déjà et que le colonialisme avait refrénée, parce qu’il ne tolérait pas le partage avec “les indigènes”. Ereinté par des années de résistance, le peuple algérien n’avait pas l’énergie pour repousser un ultime danger.

La liesse dans l’unité du peuple dura peu, après l’indépendance.

Quelques brefs hommages rendus aux martyrs, et on passa vite aux choses sérieuses. On remercia les derniers combattants de l’intérieur, en leur attribuant des licences de taxis et des débits de boissons alcoolisées. Sans doute afin de les initier à la laïcité !

Car les plans de notre ruine allaient se déclencher impitoyablement pour nous maintenir dans notre torpeur.

“Nous allons vous faire regretter votre désir d’indépendance !”

Toutes les solutions que nous avions imaginées ou que l’on a imaginées pour nous, aux fins de faire “entrer de plain-pied l’Algérie dans le cercle des pays développés à l’horizon 1980” ne furent que des pièges à andouilles.

Quand nous nous fîmes socialistes, et que notre pays est devenu “démocratique et populaire”, nous avons cru nous accorder avec l’air du temps, et pensions avoir assigné à notre destin une nouvelle direction. “Le socialisme, option irréversible, lâ raj’ata fiha, disait Boumediene.”

Nous croyions avoir défini la voie d’un redressement salutaire de la situation et commencé à apporter les solutions. Nous ne voyions pas que nous nous gargarisions de mots, car ceux qui tenaient les discours officiels et les rênes de la décision ne tenaient à rien d’autre qu’au pouvoir et s’employaient à en arracher la réalité des mains du peuple qui devait se contenter de vivre… de promesses.

Nous ne nous doutions pas alors que nous ne faisions qu’ajouter un énième zigzag à la longue voie tordue dans laquelle nous nous étions engagés depuis notre décadence. Nous allions alourdir notre dossier au point que la tentation se fit jour de nous en débarrasser en le jetant à la mer, en lui tournant le dos, en désertant la place, en renonçant à notre passé devenu trop lourd à porter. Comme un homme qui croit résoudre ses problèmes en allant vivre ailleurs… et qui s’aperçoit qu’ils l’ont accompagné comme son ombre.

Les Algériens qui s’en souviennent savent très bien en quoi consistait le socialisme à la Boumediene : favoriser l’étranger sur le national dans tous les domaines. On distribuait la presse française en Algérie (Libé, Le Mmonde, L’Express, etc.) mais un Algérien n’avait pas le droit de posséder un journal au motif que ce serait favorable à la bourgeoisie. Le capitaliste français avait le droit de faire des affaires chez nous, mais pas le national.

On visionnait à Alger tous les films projetés à Paris, la semaine même de leur sortie dans la capitale française. Cela ne se faisait pas gratuitement. Mais un Algérien n’avait pas le droit de créer une société de production cinématographique. Ce serait favoriser l’apparition d’une bourgeoisie nationale. Oui au bourgeois étranger, non au pauvre algérien !

On a nationalisé les derniers distributeurs de lait produit en Algérie, car ils menaçaient le socialisme. On décida de créer un organisme national où les colonels et leurs amis avaient plus de latitude de se servir des commissions, et depuis ce jour-là, on nous sert du lait produit au port dans des sachets sales et dégoulinants. Depuis ce jour-là, nous ne savons plus traiter le lait. Notre savoir-faire a été réduit à celui de consommateur forcé d’un produit malsain importé par des loups pour qui seul compte le montant de la commission perçue.

La radio algérienne diffusait les derniers succès de la chanson française. Les jeunes que nous étions, ne comprenions pas à quoi pouvait bien rimer ce socialisme. Si au moins en socialistes conséquents, nous imitions ce qui se faisait à Moscou. Les PDG russes ne recevaient pas la presse capitaliste sur leur bureau. Et la musique bourgeoise était interdite, etc.

La chaine en langue française émettait toute la journée, mais on cherchait à réduire au minimum les émissions en kabyle ou autres dialectes berbères qui sont pourtant des dialectes nationaux pour lesquels sont tombés tant de martyrs, d’autant plus que les populations qui pratiquent ces dialectes ne savaient ni l’arabe ni le français.

Pour briller, Boumediene avait fait donner l’ordre à la presse nationale de ne pas faire état des réalisations libyennes. Il ne tolérait pas que la moindre sympathie du peuple algérien aille au peuple voisin. Par contre il ne cessait pas de sillonner le pays pour inaugurer un morceau de route goudronnée après des années de travaux, que la presse présentait comme un exploit.

Il ne se gênait pas pour mettre des bâtons même dans les roues de ce pauvre Arafat qui avait lui le génie d’exister, alors qu’il n’avait ni pays ni ressource et que le monde entier ne cherchait qu’à lui obstruer la voie. Boumediene lui tenait la dragée haute, et ne lui accordait une aide parcimonieuse qu’en l’humiliant. Le regretté Cheikh Zayd ibn Soltân âl-Nahyân, fondateur des Emirats Arabes Unis, qui le fréquenta quelque temps, exprima un jour sa déception de le voir se comporter ainsi. Rappelons-nous avec quel mépris, Boumediene traita Mokhtar Ould Dada, qui fut pourtant son ami de plusieurs années. Mokhtar, le président mauritanien, aujourd’hui décédé, se montra plus avisé en lui rétorquant : n’insultez pas l’avenir !

Et on n’oubliera jamais la honte qu’il nous fit le jour où il chassa sans ménagement ni dédommagement les frères marocains qui se trouvaient sur notre territoire depuis des années, croyant prendre sa revanche sur Hassan II. Le peuple algérien a témoigné cette fois de sa réprobation. Etait-ce une façon d’accélérer la construction du Grand Maghreb ?

Cet homme a fondé la politique algérienne sur la jalousie et la cupidité, la négation du mérite des autres et le mauvais voisinage.

La façon éhontée dont il traita la mémoire des héros nationaux, les colonels Amirouche et Si Haouès, dont on venait de repérer les sépultures, suffit pour achever la peinture désolante de ce personnage.

Bref, multipliez ces exemples à tous les secteurs et vous comprendrez pourquoi nous sommes devenus incapables de faire quoi que ce soit, par l’habitude de tout faire faire par les étrangers, de menacer les faibles et de nous courber devant les puissants. Un ami japonais, devenu éminent orientaliste, qui se trouvait dans sa jeunesse à Skikda dans les années 70, en tant que traducteur arabe-japonais, m’a confié qu’il avait été ahuri par l’incapacité des Algériens à les approvisionner même en piles électriques pour les torches, ce qui contraignait l’entreprise nippone qui s’occupait du chantier du complexe pétrochimique à tout faire venir du Japon, en le facturant au prix fort bien entendu. Quand les travaux furent achevés, les Japonais furent priés de rester sur place car pendant toute la durée des travaux, on n’avait pas préparé le personnel national à prendre en charge “l’usine livrée clés en mains”. Résultat : on avait créé chez nous, du travail chèrement payé, pour des Japonais et pour plusieurs années…

L’Algérie était un immense chantier pour le capitalisme mondial qui nous bernait en nous proposant de construire sur notre territoire des prototypes, afin de tester ses innovations à nos frais et de les vendre encore plus chers une fois la phase d’expérimentation achevée chez nous.

Pendant ce temps, Boumediene naïf ou abruti, se préparait à entrer dans le cercle des grands, en s’essayant au cigare, après avoir enfin compris que la “chemma” n’était pas très classe pour un “grand dirigeant” du tiers mythe.

Le monde progressiste qui s’apitoyait tant sur notre sort nous proposa généreusement ses recettes. Rejetez l’islam, c’est lui qui est la cause de votre arriération ! Faites-vous communistes, disaient les uns ; redevenez chrétiens, clamaient d’autres, libérez-vous de la religion qui n’est que l’opium du peuple. Faites la révolution agraire ! En un mot, brisez ce qui reste encore debout !

Des slogans, des mots, qui n’étaient pas innocents. On occupait le terrain pour empêcher que soit entendue la voix du peuple qui ne voulait qu’une seule chose : qu’on le laissât travailler selon le bon sens, loin de tout parasitage par une idéologie d’importation.

La meilleure façon de rendre inaudible la voix du peuple, était de démultiplier les voix minoritaires, étrangères de préférence, au moyen des media contrôlés par le pouvoir acquis à toutes les causes sauf à celle de servir dans l’honnêteté notre pauvre pays que ces loups tentaient de déchiqueter de toute part.

Rien ne préparait nos “dirigeants” à diriger, excepté une ambition éhontée, démesurée et meurtrière, et une convoitise sans limite de s’emparer de nos richesses.

Après 60 ans d’indépendance, nous en sommes au même point : toujours incapables de nous situer, de concevoir une politique digne de ce nom, toujours à tourner autour du pot de miel dont Boumediene disait qu’il est impossible à celui dont c’est le métier d’en produire, de ne pas céder à la tentation d’en goûter, pour adresser un message allusif à ces adversaires politiques mus par les mêmes motivations que lui. “Ralliez-vous à moi, je vous en ferais goûter !”

Les épreuves n’ont cependant pas anéanti le noyau vital de notre peuple. Il a toujours existé des hommes et des femmes dans les cœurs desquels se réfugie l’âme de notre peuple et qui attend le moment voulu par Dieu pour sa manifestation. De temps en temps, ils envoient comme des fulgurances pour entretenir l’espérance dans le peuple, et repousser le désespoir.

Ces hommes, simples croyants, ne se sont pas laissés désarçonner par les discours fleuves de nos pseudo-idéologues. S’accrochant à leur foi, ils n’ont jamais perdu le sens profond de la vie qui consiste à se préparer à la grandeur réelle qui est celle de la vraie vie dans l’honneur. Ce monde n’a rien d’autre à offrir que des examens et des épreuves, c’est un champ d’expérimentation pour la mise en évidence de la valeur de chacun. L’islam ne meurt jamais, il se réfugie dans les cœurs des croyants. Il suffit de peu pour que notre peuple se remobilise ; il suffit de la sincérité. Mais c’est ce qui manque le plus à nos dirigeants.

Notre peuple se contraignait à la résistance passive, en attendant que passe la tempête.

L’opposition au régime actuel n’a existé qu’en tant qu’elle a été voulue et créée par le régime lui-même.

Tu peux me critiquer, à condition que tu viennes manger à mon auge !

Ce régime joue le rôle de la force négative, ce qui le disqualifie de toute prétention à “défendre l’islam”.

Ces méchants gouvernent sans discontinuité, pendant des décennies parfois, mais leurs actes ne viennent jamais à nuire à la vérité, même si leurs victimes gémissent et s’impatientent de voir la promesse divine se manifester.

Il a cependant existé une opposition passive, la manifestation d’un certain désintérêt, d’une désapprobation de ce qui se fait. Le pays a produit, il faut le reconnaître, une élite capable de dire avec précision, si on la sollicitait, les mécanismes en vertu desquels il redeviendrait capable de décoller.

Mais cette opposition réelle n’a pas encore trouvé le moyen d’arracher le pouvoir au clan qui bloque sans pitié la moindre velléité de sortir le pays du cercle vicieux.

L’opposition passive se manifeste parfois à des niveaux régionaux, sans être pour autant régionalistes, sous forme de doléances portant sur des sujets divers, les uns demandant à partager des revenus du pétrole produit dans leur région, d’autres réclamant la reconnaissance de leur langue maternelle, etc., des sujets faciles à satisfaire parfois et à réprimer aussi. Mais notre peuple est par nature unioniste, et même pro-maghrébin. Il rejette le régionalisme, ce mal dans lequel tombe tout peuple lorsque vient à faiblir la tension sociale, et qui se guérit au moment glorieux des retrouvailles quand le peuple est galvanisé par l’enthousiasme de la haute ambition.

L’opposition allait au combat en rangs dispersés, chacun visant le pouvoir pour son clan. Il était facile de prévoir son échec.

La plus gros groupe de cette opposition fut celui qui réclama que s’appliquât la charia. Il a failli ébranler le régime, mais ce dernier sut encore trouver dans l’armée, des hommes fidèles capables de cruauté pour défendre coûte que coûte sa part du gâteau.

Ces militants de la charia avaient le défaut (quand on perd, c’est toujours à cause d’un défaut) de rêver debout. Ils n’étaient pas préparés idéologiquement et n’avaient pas une vue systématique de leur programme. Ils auraient dû comprendre par exemple que l’on doit combattre pour tout le pays, pas uniquement pour la revendication particulière de son parti. La politique consiste à proposer des solutions à toutes les composantes de la société.

Il y a les berbéristes partagés entre la tentation de rallier le régime qui ne négligerait pas leur soutien en appoint, et celle de se lancer dans une aventure vouée à l’échec, car elle combine une revendication linguistique et une prétention à… rétablir le christianisme, ce qui les condamne à être isolés même parmi les berbérophones qui sont comme leurs compatriotes berbères arabophones trop attachés à l’islam pour lâcher la proie pour l’ombre.

La tendance sous coloration linguistique qui se manifesta en premier, fut celle des baathistes qui avaient déclenché les hostilités en affichant leur mépris pour la langue berbère, le dialecte kabyle en particulier. Je ne sais si ces baathistes agissaient vraiment pour la langue arabe, ou s’ils ne cherchaient qu’à semer la zizanie, leur seul objectif étant de miner la situation du pays. Ils étaient sous le contrôle de chefs orientaux. Nous savons que Boumediene eut l’idée géniale, dans son opportunisme de zélé antiberbère de réduire les horaires d’émission en kabyle de la RTA. Incapable de penser en hauteur, Boumediene a toujours cru pouvoir faire briller son étoile en éteignant les lumières des autres, à croire que la langue arabe serait mieux défendue en interdisant les autres langues. Pitoyable analyste, il vit dans la juste revendication berbère une menace pour la langue arabe !

Nous voyons aujourd’hui ce qu’il en est devenu de la pseudo-politique de l’arabisation. Nous ne savons plus quelle langue parler !

Les baathistes et certains berbéristes avaient en commun de s’opposer à l’islam. Comme les communistes, ils n’aimaient pas la religion, mais si vous “roulez” pour le christianisme, les medias sauront trouver les mots pour vous faire apprécier.

Les uns voulaient s’emparer du pays pour le rattacher au train sans locomotive de l’arabisme, les autres voulaient le détacher de ce train, pour l’attacher à une locomotive de l’autre coté de la méditerranée.

Les wahhabites nous promettaient un paradis où coulent les fleuves de pétrole saoudien parfumé par les experts américains de l’islam.

Comme les baathistes, certains berbéristes se bercent dans l’illusion qu’ils pourraient résoudre tous les problèmes du pays s’ils parvenaient à éradiquer l’islam, à faire tourner le dos du peuple algérien à l’islam. A les écouter, le peuple berbère serait automatiquement amené à reprendre la religion chrétienne. Omettant de préciser que le catholicisme avait déjà été rejeté bien avant l’époque d’Augustin par d’autres prêtres berbères sur lesquels on ne souffle mot et qui avaient pour noms Donat et Arius. Augustin qui vivait dans un empire romain ayant déjà reconnu le christianisme, avait déjà pris position pour l’empire romain et songeait déjà à en faire un instrument pour la revanche en prônant la persécution des chrétiens qui ne se pliaient pas à l’orthodoxie impériale. C’est l’ancêtre de nos wahhabites, en mieux quand même car sa culture fut immense.

Il y a toujours eu une jalousie chez certains chrétiens vis-à-vis de l’islam. Notre religion n’a jamais fait l’objet d’un rejet massif, comme celui vécu par l’Eglise lors de la Révolution française, qui fut résolument une révolution antichrétienne. Bien au contraire, par le passé comme aujourd’hui encore, c’est au nom de l’islam que nous faisons nos révolutions, que nous nous soulevons contre les tyrannies. L’islam étant une religion centrée sur les croyants, il fait de chacun de ces derniers un prêtre et un missionnaire plus ou moins compétent.

Ces deux groupes ne voient pas que leur solution n’est guère différente de celle des wahhabites qui pratiquent aussi une fuite en avant, vers un extrême qui est un islam qui commande de fermer les yeux sur les turpitudes des rois et autres dictateurs quels qu’ils soient, alors que le baathiste, le communiste ou le berbériste névrosé (à distinguer du berbériste qui revendique à bon droit la berbérité linguistique, car il est chez lui) fuient vers l’autre extrême, la négation pure et simple de l’islam, au nom d’une cause qui ne dit pas son nom, mais que chacun devine aisément.

Le pays est frappé de délire. C’est la grande fitna, new age. L’idée que la solution est dans la fuite a fait son chemin et s’impose aux esprits faibles.

“Si vous tenez à votre islam, on vous rendra la vie dure” !

Si la désertion peut être une solution risquée mais fiable pour des individus qui se laissent dissoudre et fondre dans une autre société (l’islam est-il soluble dans la République ?, s’interroge-t-on en France), elle ne saurait être le remède pour une société toute entière. Elle est un suicide, plus qu’une solution, sauf à prendre ce mot au sens chimique.

On ne peut garder sa dignité entière qu’en faisant face au problème, en le traitant de façon sérieuse. Oui, on peut critiquer les Arabes d’aujourd’hui, et personne ne s’en prive d’ailleurs, y compris les Arabes eux-mêmes. On peut critiquer le mauvais comportement des Arabes qui sont venus nous prêcher l’islam au 7ème siècle, et qui avaient plutôt cédé à la tentation du pillage et de l’assassinat. Oui, ils ont commis des crimes gravissimes. Mais cela n’a rien à voir avec l’islam. Il relève de l’histoire et les Berbères eux-mêmes avaient su dépasser cette faiblesse en réalisant comme d’autres peuples nouvellement convertis que les missionnaires arabes qui arrivaient en conquérants faisaient partie de la deuxième génération de musulmans, de celle qui avait, hélas, déjà cédé à la tentation du pouvoir. Comme quoi le mal remonte à très loin. Ils ont contaminé les nouveaux musulmans.

Mais nous avons quand même pu recevoir la véritable version de cette grande religion par d’autres témoins, car les divergences avaient fini par éclater au grand jour.

Oui les Arabes d’aujourd’hui ne pèsent pas grand-chose dans la décision mondiale. Ils sont les premiers à s’en plaindre. Certes. Mais valons-nous mieux ?

Le remède à ce malaise n’est certainement pas dans l’abandon de l’islam. Si cela était le cas, nous n’aurions pas assisté à la formidable progression de l’islam, sans nous, marchant tout seul, lumière divine sur la terre se répandant par sa seule force intrinsèque et inhérente. Quand un des nôtres quitte l’islam (ce qui est beaucoup), il y en a 10 qui le rejoignent, grâce à Dieu.

L’islam est si authentique par sa vérité intérieure qu’il n’a rien à gagner de notre adhésion ni à perdre de notre désertion. Par contre, nous perdrions tout en l’abandonnant, et nous gagnerons tout en lui restant fidèles.

Il inflige une vengeance implacable à quiconque lui tourne le dos après l’avoir connu et bénéficié de sa ni’ma.

« وَمَنْ أَعْرَضَ عَن ذِكْرِي فَإِنَّ لَهُ مَعِيشَةً ضَنكًا وَنَحْشُرُهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ أَعْمَىٰ »

“Et quiconque se détourne de Mon Rappel, connaîtra certes, une vie d’étroitesse, et Nous le rassemblerons au Jour de la résurrection, aveugle” (sourate TaHa, verset 124)

Cette vengeance ne procède pas de la méchanceté de Dieu, mais de la propre méchanceté, de l’ingratitude des nôtres.

Ce n’est pas pour son “terrorisme” que les Occidentaux en veulent à l’islam, c’est en tant qu’il est concurrence sérieuse contre le christianisme et les autres idéologies dont il révèle les faiblesses.

De même, ce n’est pas par excès d’attachement à l’islam que nous sommes dans notre état actuel. Bien au contraire, c’est par le refus de nos dirigeants de nous laisser le vivre librement, et leur volonté obstinée de nous en imposer une version soft conforme aux desiderata de leurs maîtres étrangers.

Ces dernières 60 années d’indépendance formelle nous enseignent que c’est la force de notre foi qui fait peur aussi bien aux anciens colonialistes qu’à leurs agents intérieurs demeurés colonisables jusqu’à la moelle. Toutes ces années de jeu de combines ont établi la vérité irréfutable que c’est à l’islam que l’on veut à travers les coups tordus commis contre notre peuple.

Le terrorisme a été généré artificiellement par les Occidentaux pour se donner et donner à leurs vassaux arabes un prétexte pour envenimer leur haine contre l’islam et au passage affaiblir les rangs des croyants véritables qui savent que notre religion ne permet aucune guerre offensive et n’autorise que le combat défensif, comme notre guerre d’indépendance.

Pour tous ceux qui ont jusqu’ici gardé la foi dans leurs cœurs comme on porte des braises à mains nues, ce n’est certainement pas le moment de renoncer, de déserter. Le secours divin est proche. InshaAllah !

Abû al-‘Atâhiya
12 août 2013