Car ne pas être Charlie n’est pas synonyme d’être du côté des auteurs de l’attentat ou leur apologiste.

Tout comme ne pas être solidaire des auteurs de l’attentat ne m’impose pas le devoir de fait et de conscience d’être Charlie, ou comme la si bien exprimé François Burgat : « “Etre Charlie” ce serait accepter le hold-up de mon émotion. “Etre Charlie” ce serait accepter le viol de ma conscience et celui de mon cerveau. »

Il y un océan de nuances et de différences entre liberté d’expression et liberté de haine meurtrière ; la première respecte l’autre même quand elle le critique âprement, la seconde le déshumanise, le criminalise et le pousse aux réactions incontrôlées et incontrôlables. Etre contre les attentats et contre la haine véhiculée par Charlie & Co., c’est être contre deux maux, parce que “two wrongs dont make one right”.

Etre contre les attentats qui visent des personnes quel que soit notre avis sur eux et les condamner, ne justifie en aucune manière de s’identifier aux victimes qu’elles soient Charlie ou Le Pen.

De même, notre amour et vénération pour notre Prophète, pour note Islam, notre Coran et nos valeurs civilisationnelles ne justifient en aucune manière l’assassinat de ceux qui nous blessent en semant la haine quel que soit le degré de leur haine et leur mépris. Le Prophète auquel nous nous référons nous interdit de combattre par la violence ceux qui lèsent et sèment la haine, surtout dans une société où la dérision et le mépris envers les religions font légion et constituent un référentiel. Car, est-il nécessaire de rappeler juste à titre d’exemple, dans ce référentiel dont s’abreuve Charlie entre autres, on fait allusion aux pauvres et démunis en les schématisant par cette diatribe « gueux comme Job », Job qui n’est autre qu’un de leur prophètes ; à contrario, chez nous qui vénérons tous les prophètes, lorsqu’on veut montrer à quel point une personne est altruiste et exemplaire en matière de patience on dit qu’elle a la patience de Job (sabr Ayoub). Là est toute la différence du référentiel.

Cela dit, cela ne doit pas nous acculer dans cette situation au gout des croisades de Bush : « Etre avec nous ou contre nous ». Non, on peut être contre les deux, quand ces deux positions se trouvent être méprisables et attisent les haines. Méditez cette « solidarité » moribonde qui appelle à reprendre les caricatures de Charlie ! Comme si ce n’était pas assez cette haine à tout vent, et cette récupération manipulation qui se drape de solidarité avec les victimes, pour attiser cette flambée de haine. Arrêtons de nous indigner, de nous solidariser, de nous identifier à l’autre d’une manière dirigée à l’appel du chef d’orchestre.

Et en parlant de la sacrosainte liberté d’expression, il faudrait être clair équitable et non sélectif dans notre abord avec cette valeur, car comment expliquer la condamnation des imams pour prêche jugée violente et vecteur de haine allant jusqu’à les extrader, bien que portant la nationalité française, tout en taisant les pamphlets incendiaires et les discours de déportation, qui pavent le chemin au cri de meurtres. Pourquoi on parle de liberté d’expression seulement pour vomir sa haine contre l’Islam et les musulmans, mais dès que cette expression se dirige contre son altesse Sérénissime le « Sionisme », cela devient antisémitisme et appel au crime ? Dites-moi, est ce que ce message de Houlebecq est une liberté d’expression lorsqu’il dit : « J’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza,… » ? Et méditez l’appel d’Eric Zemmour qui préconise la déportation des six millions de musulmans comme seul remède aux maux qui frappent la France !

Imaginez un seul instant, de changer palestinien par israélien et vous aurez la réponse.

Tant que les questions de fond, difficiles et amères, ne sont pas posées ni résolues, celle de la situation délétère des millions de Français laissés pour compte, en les laissant mariner dans un terreau fertile à tous les dérapages, on restera otages des approches exclusivement sécuritaires, préférant zapper les problèmes de fond, où la France réduit son problème au terrorisme des banlieusards sans essayer de comprendre le malaise de cette frange de la société incomprise et lésée, qu’une certaine abrutigensia pousse à des réactions similaires.

Dans cette ambiance de suspicion et de dédain qu’endurent ces millions de jeunes et de moins jeunes, il fallait s’attendre qu’il y en ait des dizaines qui se déchaîneraient un jour où l’autre. La sagesse, qui fait la différence entre le dédain et la liberté d’expression, est seule à même de stopper cette escalade, que bien des « malades » de tous bords, à leur tête les récupérateurs tapis dans l’ombre, les Shemla, El Levy, Zemmour, BHL, Finkeikraut, Houelbeq, Marine Le Pen et autres, jubilant de joie pour crier à l’unisson : nous vous l’avons bien dit !

Pour tout cela, je le redis : Non je ne suis pas, je ne serai pas, et je ne penserai jamais être Charlie. Je me considère parmi les millions de victimes de la haine que les Charlies sèment à tout vent.

Rachid Ziani-Cherif
10 janvier 2015

NB : Je viens d’apprendre que les suspects ont été abattu, et ainsi le roman a pris… fin, sans être devin ni fin stratège, je l’avais dit, comme Merah, Khakhal, les frères Kouachi n’y échapperont pas, seuls les morts savent se taire. La France ne tolère pas les langues déliées qui risquent de fâcher.