L’Algérie a toujours été en France un sujet sensible, car L’Etat français n’a jusqu’à ce jour jamais admis sa guerre perdue en Algérie ; il lui a toujours été plus facile d’évoquer sa défaite au Vietnam qu’en Algérie et ce pour des raisons idéologiques évidentes. La défaite de la France en Algérie ne signifiait pas seulement la fin de l’empire colonial français, elle signifiait aussi la fin de sa raison d’être, car son aventure criminelle en Algérie reposait sur cette vision du monde qui opposait éternellement la croix au croissant, la Chrétienté à l’Islam, l’Occident à l’Orient. La France défaite en Algérie signifiait aussi une défaite de ses valeurs et de sa culturelle auxquelles furent rétifs les Algériens qui se réfugièrent durant toute la nuit coloniale dans l’Islam. Cela fut d’autant plus difficile à admettre qu’elle n’avait pu tolérer qu’un peuple qu’elle considérait comme vaincu, dont elle s’était évertuée à détruire la culture et l’âme, qu’elle avait ravalé au rang d’infrahumain puisse un jour se soulever et secouer le joug du colonialisme français avec pour seule arme sa foi musulmane.

Il est nécessaire de savoir ce que fut la révolution algérienne, de connaître ce qui a motivé ses combattants, ce qui a motivé le peuple algérien qui a soutenu sa révolution, qui en a payé un lourd tribut, pour comprendre la haine que voue jusqu’à aujourd’hui le personnel politique français et ses faire valoir “indigènes”, micros et stylos du colonialisme à l’instar d’une Jeannette Bougrab, à l’égard du peuple algérien. Mais le cas de cette dernière est particulier en raison de son histoire familiale qui la lie aux forfaitures de la politique française en Algérie, car des membres de sa famille furent des supplétifs de l’armée française dans sa guerre contre la révolution algérienne. De cette histoire algérienne Jeannette Bougrab en a tiré une profonde rancœur et une aversion sans limite pour ce qui a constitué le moteur de la révolution à savoir l’Islam qui a détruit l’Algérie française de ses parents.

Il est impossible de comprendre la position hystérique de Bougrab sur l’Islam et son islamophobie fanatique sans avoir à l’esprit cette séquence de l’histoire qu’est la révolution algérienne dont l’armature idéologique et l’idéal reposaient sur l’Islam, car c’est en son nom que fut déclenchée l’insurrection du 1er novembre 1954. La défense de notre personnalité reposait sur l’Islam et notre langue arabe fut au cœur du combat mené par les nationalistes algériens des Oulémas et du PPA, et cela Jeannette Bougrab le sait parfaitement. Elle sait ce qui a causé la destruction de l’Algérie française, ce qui a défait l’armée française en Algérie, confrontée à un peuple qui était décidé à payer le prix le plus élevé, le prix du sang, pour reconquérir les droits sur son sol et pour que l’Islam recouvre la place qu’il avait toujours eu avant la funeste occupation de l’Algérie par les colonialistes français.

Et c’est en parfaite connaissance de cause que Bougrab a décidé de poursuivre le combat de ses pères sur le sol français, en menant sa guerre d’Algérie contre la communauté musulmane vivant en France. Comme ses pères, elle a mené une lutte implacable contre la communauté musulmane vivant en France en se faisant la caution et le relais de la politique islamophobe menée par l’État Français en réactivant le discours de lutte pour la civilisation qui était celui des services d’action psychologique de l’armée française en Algérie en guerre contre le FLN. Tout comme les services de Massu en 1958, Bougrab a choisi cette question de la femme voilée comme symbole de la lutte contre “l’obscurantisme” et le “féodalisme religieux”. Consciente que les menées de Massu en vue de rallier la femme algérienne à la cause de l’Algérie française en la dévoilant furent un échec, Bougrab ne cherche pas à convertir la femme musulmane voilée en France aux vertus de la laïcité, la femme voilée est d’emblée un ennemi idéologique qu’il faut traiter comme tel au nom de la jurisprudence FLN qui a vu toutes les stratégies de la guerre psychologique échouer les unes après les autres.

Pour Jeannette Bougrab comme pour les nostalgiques de l’Algérie française, si la France a perdu en Algérie c’est justement parce que la France n’a pas été jusqu’au bout dans sa lutte à mort contre le FLN, et pour Bougrab il convient de ne pas répéter la même erreur avec la communauté musulmane en France avec laquelle il faut lutter avec la plus grande vigueur et ne pas faire de concessions. Un nouvel Évian ne doit pas se reproduire dans l’histoire de France, d’où ses positions islamophobes fanatiques contre les femmes voilées et les musulmans, car l’Islam qui hier a détruit l’Algérie française peut demain selon elle détruire la France. Elle a d’ailleurs établi ce parallèle entre le FLN de 1954 et Mohamed Merah, avec un argumentaire plus que douteux qui voudraient que les zones tribales pakistanaises, le Yémen et la Somalie soient des endroits beaucoup plus surs que les banlieues françaises. La finalité d’un tel discours étant que l’État français assume et mène au grand jour une nouvelle Bataille d’Alger, des nouveaux plan Challe, des nouvelles opérations Jumelles et Pierres Précieuses mais cette fois-ci en France, dans les banlieues où le nouveau “fellagha” à traquer et éradiquer est le musulman vivant en France.

Ensuite nous avons vu Jeannette Bougrab se dire et se revendiquer arabe et de culture musulmane et elle en est même venue à arborer symboliquement le maillot de l’Algérie, or comme a pu l’écrire l’ancien ministre Ahmed Taleb Ibrahimi concernant Albert Camus et son “algerianité”, lui attribuer la qualité d’Algérien était lui donner un deuxième prix Nobel et il ne le méritait pas au regard de ses positions concernant la révolution. Il en est de même pour Bougrab, l’arabité et la prétendue islamité qu’elle revendique, c’est un titre d’honneur qu’elle ne peut avoir en raison de son positionnement à l’égard de l’Algérie, de son histoire et en raison de ses prises de positions fanatiques à l’égard de la communauté musulmane vivant en France. Il est impossible que puisse exister un quelconque lien entre nous et Jeannette Bougrab car si le peuple algérien a combattu, a tant lutté c’est justement pour ne pas être ce qu’est Bougrab aujourd’hui et ce qu’elle incarne, car comme l’avait écrit le cheikh Ibn Badis l’Algérie n’est pas la France et ne veut pas être la France. L’histoire a déjà jugé le combat de ses pères, il en est et sera de même avec celui de Jeannette Bougrab, marqué du sceau de l’infamie.

Nadjib Achour
29 mai 2015