Le non-lieu dans l’affaire Mécili, prononcé le 10 septembre 2015, confirme les appréhensions des proches de la famille Ali Mécili quant à la prééminence de la raison d’État sur le devoir de rendre justice. En effet, au lendemain même de l’assassinat abject de l’opposant –son projet consistait à rassembler toute l’opposition algérienne –, le 7 avril 1987, tout a été fait pour que la vérité ne paraisse pas au grand jour.

Bien que les preuves s’accumulent à foison sur l’implication des services secrets algériens, les autorités françaises, selon Hocine Ait Ahmed, ont couvert ce crime politique. « Dans les heures suivant l’assassinat de cet avocat au barreau de Paris, l’ambassadeur d’Algérie en France recevait un appel téléphonique insolite. Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua tenait à l’assurer que l’Algérie n’avait rien à voir avec cette affaire », écrit-il, dans « l’affaire Mécili ».

De toute évidence, malgré un discours offensif des autorités algériennes, par la voix du ministre de l’information de l’époque, Bachir Rouis, excluant tout recours à l’assassinat par le régime algérien, il n’en reste pas moins que la pratique existait bel et bien. Selon le dernier chef historique encore en vie, celle-ci était une constante « depuis l’indépendance de notre pays : la volonté du régime de détruire le politique et jusqu’à l’idée même du politique, de refuser et casser toute médiation et tout médiateur crédible. »

Et au milieu des années 1980, Ali Mécili était un véritable médiateur. Grâce à ses efforts, l’opposition algérienne commence à parler d’une même voix. À moyen terme, son but est de constituer une alternative à la politique désastreuse du régime. Hélas, pour le régime, il faudrait agir vite en coupant l’herbe sous les pieds de l’opposition. Pour ce faire, l’élimination du médiateur –celui qui a réuni les jeunes culturalistes, le FFS, les jeunes réunis autour du MDA d’Ahmed Ben Bella –parait inévitable.

D’ailleurs, joignant sa voix à celle de Hocine Ait Ahmed, Ahmed Ben Bella déclare, quelques jours après le lâche assassinat d’Ali Mécili : « c’est un assassinat organisé par le gouvernement algérien. » Ce à quoi la presse algérienne répond par le mépris en accusant les deux chefs historiques, et notamment Hocine Ait Ahmed, de ne pas manquer « aucune occasion pour ternir l’image de l’Algérie et de son président, Chadli Benjedid. » Hélas, 28 ans après les faits, la même presse –bien qu’elle soit aujourd’hui plurielle –garde la même hostilité envers Hocine Ait Ahmed et sa formation politique.

Toutefois, le plus répréhensible dans cette affaire, c’est qu’en dépit de l’accumulation des preuves, la justice française –le crime s’est déroulé en plein Paris –se refuse de faire la lumière sur cet ignoble assassinat. Et pourtant, il n’y a rien qui l’oblige à couvrir un tel crime. Hélas, entre l’impérieuse nécessité de placer la justice au-dessus de toute considération et le risque de voir se détériorer ses relations avec Alger, le gouvernement français opte pour cette dernière alternative. « Les raisons pour lesquelles Robert Pandraud –ministre de sécurité publique en 1987 – a expulsé Amellou [le meurtrier] ? Il fallait se débarrasser d’un personnage encombrant et éviter du même coup une crise majeure avec l’Algérie », écrit Hocine Ait Ahmed en reprenant une enquête du journal « Le Point », du 28 septembre 1987.

Dans ces conditions, tous les éléments se conjuguent pour que ce crime reste impuni. Mais, grâce à l’action de son ami de toujours, Hocine Ait Ahmed, et l’abnégation de sa femme, Annie, cette affaire ne sera jamais enterrée, et ce, bien que les deux justices, algérienne et française, fassent tout pour l’étouffer. Du coup, est-ce que le non-lieu prononcé par la cour d’appel de Paris doit signifier la fin de la mobilisation ? Pour les proches de la famille Ali Mécili, la vérité prendra du temps pour éclater, mais elle finira par jaillir un jour. Pour Annie, celle-ci interviendra lorsque l’Algérie sera enfin véritablement démocratique.

Boubekeur Aït Benali
21 septembre 2015