Dans son édition du 27 septembre 2015, le journal « El Moujahid » rend un grand hommage à la diplomatie algérienne. Bien évidemment, celle-ci mérite tous les honneurs, d’autant plus que son action a été d’un apport considérable. D’ailleurs, dès le 1er novembre 1954, les initiateurs de l’action armée faisaient de la négociation un moyen efficace d’y résoudre le conflit. « Pour éviter les fausses interprétations et les faux-fuyants,…, nous avançons une plate-forme de discussions aux autorités françaises », peut-on lire dans la proclamation du 1er novembre 1954.

Cependant, bien que l’article mette, avec brio, le rôle efficace de notre diplomatie, l’auteur évite soigneusement de citer l’un des fondateurs –si ce n’est le fondateur – de cette diplomatie, Hocine Ait Ahmed. Ainsi, en faisant de M’hamed Yazid le porte-voix de la diplomatie algérienne à l’ONU –ce qui n’est pas faux, mais après avoir succédé à Hocine Ait Ahmed après le rapt aérien de la délégation extérieure, le 22 octobre 1956 –, le but sous-jacent de l’auteur est sans doute de perpétuer le récit officiel selon lequel les opposants au régime ne mériteraient aucun hommage de la nation.

Et pourtant, si l’on veut que notre pays assume sans complexe son histoire, les récits ne doivent pas obéir à des considérations politiciennes. Évoquant l’œuvre collective de la diplomatie algérienne à l’ONU, voila ce qu’écrit Gilbert Meynier : « Mais entre les sessions, c’étaient à Hocine Ait Ahmed –avant son arrestation – et à Yazid, puis, après la nomination de ce dernier comme ministre de l’Information, à Chanderli, que revenaient les travaux d’approche et les négociations. »

Hélas, pour ce journal « officiel », rendre hommage au seul membre fondateur du FLN encore en vie revient à rétablir la vérité et équivaut, par la même occasion, à se tirer une balle dans le pied. Et c’est aux centralistes –membres du comité central du MTLD –, qui ont tout fait pour que cette révolution n’ait pas lieu, que ces honneurs sont rendus.

En tout cas, bien que l’apport de M’hamed Yazid soit capital, il faut rappeler qu’en 1954 il a été chargé par le comité central de son parti de se rendre au Caire pour convaincre la délégation extérieure, composée de Hocine Ait Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider, de retarder le déclenchement de la guerre d’Algérie.

Cela étant dit, le grand mérite du futur ministre de l’Information du GPRA est de rejoindre le FLN dès sa création. En revanche, ses camarades du comité central ne feront le même choix qu’une année plus tard.

Pour conclure, il va de soi que le combat indépendantiste ne peut être réduit aux individus. Quel que soit le rôle du dirigeant, son action ne peut, en aucun cas, cacher l’œuvre collective. Hélas, pour le journal « El Moujahid », le souci n’est pas seulement de mettre en valeur la victoire collective, mais de rayer de l’histoire quelques noms gênants. Celui de Hocine Ait Ahmed en fait partie.

Boubekeur Aït Benali
28 septembre 2015