À chaque commémoration des événements du 5 octobre 1988, deux sentiments ambivalents se mêlent : l’espoir de voir se concrétiser le projet d’une réelle démocratie –avec une séparation effective des pouvoirs –et l’inquiétude de voir les dirigeants s’accrocher vaille que vaille au pouvoir. Jusque-là, force est de reconnaître que c’est cette volonté de se pérenniser au pouvoir qui a renvoyé aux calendes grecques le projet démocratique.

Par ailleurs, pour parvenir à un changement pacifique, les Algériens doivent se servir des expériences antérieures. Celles-ci nous ont enseigné que le recours à la violence était le pire choix. Bien que les organisations soient débordées par certains excités, il faudrait rappeler qu’à chaque épreuve de force, le régime rétrécissait davantage le champ des libertés.

Le meilleur exemple est la suppression sine die de toute manifestation à Alger après la marche du 14 juin 2001 où des excités –on dirait même qu’ils étaient en mission commandée –ont mis en péril la vie des milliers de manifestants pacifiques.

Après cette parenthèse sur les pièges à éviter, il va de soi que les éléments qui ont provoqué l’explosion d’octobre 1988 sont d’actualité. À titre de comparaison, la chute des recettes fiscales, tirées essentiellement des hydrocarbures, est semblable à celles de 1987, c’est à dire une baisse de 50% du prix du baril.

L’autre élément qui étaie cette comparaison est l’instabilité au sommet de l’État : en 1988, il y avait une lutte entre les réformateurs et les conservateurs et, en 2015, on assiste au bras de fer entre le clan présidentiel et celui des services.

Toutefois, tant que le régime continue à distribuer, il parvient à contenir le mécontentement social. Or, comme en 1988, les mesures d’austérité sont entérinées à un haut niveau. Et c’est justement la concomitance de l’autoritarisme politique et de l’austérité économique qui font déborder le vase.

Mais quel est le scénario idéal pour l’Algérie ? Pour qu’il n’y ait aucun risque d’effusion de sang, il existe une seule voie : le dialogue. Pour cela, le régime doit renoncer à sa prééminence sur la société et celle-ci doit s’en saisir du débat politique.

Quoi qu’il en soit, bien qu’une telle transition soit chimérique, il n’en demeure pas moins qu’il existe bel et bien. D’ailleurs, puisque tout le monde parle de bon sens et de l’amour de l’Algérie, pourquoi les acteurs ne font pas en sorte à ce que le mirage devienne la réalité ?

En tout cas, la balle est désormais dans le camp des décideurs. Enfin, après avoir hypothéqué les chances de l’Algérie de se développer suite à la conjoncture financière favorable des années 2000, le chef de l’État peut sortir par la grande porte en œuvrant à concrétiser une transition démocratique qui permettra la restitution effective des rênes du pouvoir au peuple.

Boubekeur Aït Benali
5 octobre 2015