À chaque fois qu’une crise se profile, la Kabylie devient le bouc émissaire des maximalistes. Ainsi, entre un régime qui fait comme si les problèmes sont inventés dans le seul but de déstabiliser le pays et les déclarations incendiaires de Ferhat Mehenni, il n’y a plus de place, selon eux, à une voie médiane. Et pourtant, pendant des décennies –avant que la Kabylie ne soit cassée par les arrouch –, ce bastion de la démocratie a su déjouer toutes les manœuvres visant à le neutraliser.

Cependant, face à cette situation frôlant le désespoir, il y a une question qui s’impose : où sont passés ses hommes et ses femmes si prompts à réagir à ces voix ne représentant pas ses aspirations ? En d’autres termes, sommes-nous obligés de subir les déclarations d’un Ouyahia soucieux de la pérennité du régime ou d’accepter que le revanchard, voire le raciste, Ferhat Mehenni s’autoproclame chef de la Kabylie ? Il va de soi que notre silence ne fait qu’abimer de plus en plus l’image d’une Kabylie longtemps avant-gardiste.

En tout état de cause, bien que la Kabylie soit une partie intégrante de l’Algérie –peut-on d’ailleurs priver un organisme d’un de ses membres ?–, il n’en reste pas moins que le mutisme des habitants de la région risque de la plonger dans une situation pernicieuse.

Cependant, s’il y a une urgence, c’est bien celle qui consiste à remettre Ferhat Mehenni à sa place. Après avoir renié son pays dans une interview en juillet dernier, on ne peut pas le laisser régler ses comptes sur notre dos. « Si la préoccupation des gouvernements successifs était de construire un avenir à la jeunesse…, aurais-je eu l’idée de revendiquer l’indépendance de la Kabylie ? Je ne le crois pas », répond-il à Ouyahia.

Toutefois, à consulter l’histoire contemporaine, il n’y avait que des hommes, tels que Mussolini, Hitler, qui s’identifiaient à une population. Hélas, Ferhat Mehenni n’est pas à sa première tentative. De la proclamation de la mort du MCB et son remplacement par le RCD en novembre 1988 à celle de soulever la Kabylie contre les groupes islamistes armés (GIA) en septembre 1994, en passant par le boycottage scolaire et son projet sécessionniste, chaque proposition visait à mettre à genou la Kabylie.

Aujourd’hui, il plus que jamais nécessaire que la Kabylie sorte de sa léthargie et retrouve, par la même occasion, son rôle de jadis. Dans le cas contraire, son nom va continuer d’être exploité à des fins politiques par les uns et à assouvir une soif de vengeance par les autres. Dans les deux cas, force est de reconnaitre in fine que ces voix maximalistes ne servent nullement ses intérêts.

Boubekeur Aït Benali
19 octobre 2015