Au lendemain de la réunion de l’ISCO, la CNTLD annonce, parait-il, un Mazafran II. Pour rappel, la première rencontre s’est déroulée le 10 juin 2014, une réunion à laquelle a participé le FFS. En focalisant leurs interventions sur l’application de l’article 88 de la constitution et la tenue d’une présidentielle anticipée, le FFS a estimé que ces questions étaient secondaires compte tenu de la gravité de la crise.

Quant au second désaccord, celui-ci était inhérent au caractère exclusif ou inclusif du dialogue. Pour le FFS, il fallait associer, dans une conférence nationale de consensus, tous les acteurs capables d’apporter leur pierre à l’édifice. Pour la CNTLD, le régime devait céder le fauteuil, et ce, après lui avoir fourni un document définissant la période de transition.

Quoi qu’il en soit, bien que cette différence d’approche ne permette pas un travail en commun, cela n’empêche pas les deux groupes de mettre en œuvre leurs démarches. Mais, là où le bât blesse, c’est quand la presse réduit l’opposition algérienne à la seule CNTLD, dont tous les acteurs ont fait partie du régime ou étaient ses alliés inconditionnels. Et même quand elle cite le nom de Mouloud Hamrouche, dont la démarche est proche de celle du FFS, la presse l’attribue à une initiative individuelle isolée.

En revanche, elle réserve un traitement stoïque aux partis composant la CNTLD. Sa seule réserve concerne la capacité de ces partis –notamment le RCD et le MSP –à gouverner ensemble. « L’exemple du RCD et du MSP n’est pas unique. D’autres divergences sont criardes entre plusieurs formations politiques au sein de la CTLD et le pole de changement », écrit « l’un des journalistes de cette presse libre et professionnelle ».

Et pourtant, il ne faudrait pas remonter longtemps dans l’histoire du pays pour répondre à cette interrogation. En 1999, le RCD et le MSP ont siégé ensemble dans le même gouvernement. À l’époque, Ali Benflis, l’actuel chef du pôle du changement, était un acteur clé de l’équipe Bouteflika.

Et s’il y a un seul parti en Algérie qui n’a pas siégé au gouvernement, c’est bien le FFS. Bien que sa démarche ait du mal à aboutir –le régime, l’autre opposition et la presse dans son ensemble lui sont hostiles. Ils ne lui pardonnent jamais ses positions lors de l’arrêt du processus électoral en 1992 –, sa démarche, sans qu’il soit l’unique solution à la crise algérienne, permettrait au moins aux Algériens d’avoir un dialogue sincère entre eux. Et c’est là, me semble-t-il, le début de la solution de la crise algérienne.

Pour conclure, il va de soi que la presse en Algérie est loin de correspondre à ce qui est la presse dans les pays libres. Au lieu d’œuvrer pour qu’elle soit exemplaire, la presse algérienne se range derrière des formations politiques. D’ailleurs, même dans le conflit opposant les clans du régime, elle a toujours son favori. Ce qui lui vaut la leçon d’Amar Saidani : « Combien de généraux ont-ils quitté l’armée sans que personne en parle ? Pourquoi ceux qui pleurnichent aujourd’hui sur le cas de quelques généraux n’ont rien dit sur d’autres généraux qui quittaient l’armée des années durant. »

Boubekeur Aït Benali
4 novembre 2015