Décidément, la vie politique officielle en Algérie est réduite à une communication célébrant les dates historiques. Et malgré les 61 ans qui nous séparent de la grande révolution de novembre 1954 –en plus, tout le monde sait aujourd’hui qu’il n’y avait pas d’unanimité à l’époque. La révolution a été déclenchée par les dissidents du principal parti nationaliste, le PPA-MTLD –, les dirigeants continuent à gérer le pays comme au temps de la guerre d’Algérie.

Mais, pour qu’il y ait une union générale, il faudrait que le pays soit menacé par un danger extérieur. Or, à chaque date historique, les messages présidentiels sont de nature à culpabiliser ceux qui n’adhérent pas à son projet. Ainsi, en termes à peine voilés, il exhorte les Algériens à soutenir des réformes qui, pour le moment, sont au stade de promesses.

Et qui plus est, « le peuple qui est le seul arbitre souverain de l’alternance au pouvoir », pour reprendre l’expression du chef de l’État, n’est ni consulté ni associé à l’élaboration du nouveau projet de révision de la constitution.

Hélas, bien que le projet annonce un grand bouleversement dans la vie politique nationale, notamment le renforcement des libertés citoyennes et l’indépendance de la justice, le régime nous a habitués à promettre monts et merveilles sans les mettre en œuvre.

Cependant, à la lecture du message présidentiel, on se rend compte du décalage entre l’opinion publique et le discours officiel. Alors que la crise s’installe dans la durée et étrangle les plus démunis, le chef de l’État la réduit à une « étape porteuse de crises ». Les mauvaises langues, à l’instar de Saidani et consorts, nient même l’évidence en incriminant les voix discordantes d’invoquer la crise dans le seul but de minimiser le bilan du chef de l’État.

Mais la question à laquelle aucun dirigeant ne répond est la suivante : est-ce normal qu’un pays qui a engrangé près de 1000 milliards de dollars en 15 ans recoure, une année après la chute des recettes pétrolières, à une politique d’austérité ? En plus, faut-il rappeler que la loi de finances est élaborée sur la base d’un baril à 37 dollars et que son prix actuel est au-dessus de cette limite.

Par ailleurs, en dépit des annonces positives, telles que l’installation d’une commission indépendante de surveillance des élections et la séparation des pouvoirs, il n’en reste pas moins que ces mesures –encore faut-il que la promesse se traduise en acte –interviennent 16 ans après l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir. En 2008, il a même supprimé la seule disposition constitutionnelle, contenue dans l’article 74, qui maintenait notre système démocratique encore sous perfusion.

Quoi qu’il en soit, en l’absence d’une opposition capable de constituer un contre poids, quelle serait la meilleure attitude si jamais l’exécutif décidait une ouverture ? Ne pouvant pas juger les politiques sur leurs intentions, il faudra attendre les actes. D’ailleurs, qui pourra être contre une justice mettant tous les Algériens, du citoyen lambda au haut responsable, au même pied d’égalité ? De la même manière, bien que la prochaine échéance ait lieu dans 18 mois, si l’organisme indépendant de surveillance des élections accomplit sa mission sans entrave, on ne pourra que se réjouir de cette avancée.

Pour conclure, il va de soi qu’il est trop tôt pour se prononcer sur les nouvelles annonces présidentielles. Et pour cause ! Les Algériens ont été plusieurs déçus par les annonces de ce genre. Faut-il pour autant combattre des dispositions tendant à l’équilibre des pouvoirs ? Quand les annonces vont dans le bon sens, il faudra juste lancer un défi aux dirigeants en leur disant : chiche, appliquez vos promesses.

Boubekeur Aït Benali
9 novembre 2015