Une semaine après la publication de la lettre des « 19 », leur démarche continue de susciter des réactions ambivalentes. Et pour cause ! Son exploitation par les alliés de l’ancien chef des services secrets, et donc adversaires du clan présidentiel –les réponses du clan présidentiel sortent du même moule –, démontre à quel point l’intérêt de l’Algérie passe après celui des personnes. Bien qu’il y ait parmi les signataires des personnalités sincères, à l’instar de Lakhdar Bourgaa, Nourredine Benissad, deux hommes connus pour leur opposition constructive au régime, ou des personnalités historiques respectables, la présence de deux dames terribles de la politique algérienne enlève tout crédit à cette initiative.

En effet, parmi les signataires, on trouve deux femmes, Khalida Toumi et Louisa Hanoune, qui ont œuvré des années durant à la consolidation du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. D’ailleurs, la présidente du PT (parti des travailleurs) ne se présente-t-elle pas comme ex-candidate à l’élection présidentielle, histoire de justifier son action par sa coopération à une élection défiant toutes les lois de la nature. Faut-il rappeler aussi que lors de la campagne, Louisa Hanoune oubliait souvent d’être candidate pour promouvoir celle du candidat Bouteflika. Quant à Khalida Toumi, sa réaction est celle d’une femme blessée après son éviction du gouvernement fin 2014.

En tout cas, si c’est la situation du pays qui les préoccupait, elles ne soutiendraient pas sans vergogne le régime incarné par A. Bouteflika au moment où tout le monde dénonçait ses pratiques peu démocratiques. En effet, qui est-ce qui diffère de la situation d’il y a deux ans pour justifier un tel revirement ? Depuis que le chef de l’État a été victime d’un AVC en avril 2013, les affaires du pays sont gérées de la même façon.

Et sans le verrouillage des institutions, la fin de mission du chef de l’État aurait dû être constatée par le conseil constitutionnel. En revanche, lui forcer la main –comme le souhaitent les membres de la CNTLD –ne peut se faire que sous la forme d’un coup d’État. Une situation qui ne gêne pas fondamentalement certains acteurs politiques, où ce genre de procédés est intégré définitivement dans leur logiciel politique.

Dans le fond, cette initiative participe-t-elle au processus de démocratisation des institutions ? « Le terme de personnalité nationale et d’experts en Algérie est actuellement banalisé pour des intérêts idéologiques étroits. Nous aimons tous l’Algérie et personne n’a le monopole du nationalisme et de la vérité », regrette Abderrahmane Mebtoul, dans un article publié par « Le Maghreb Émergent ».

Et tant que les acteurs politiques n’œuvrent pas dans le sens de la mobilisation des Algériens en vue d’un changement de régime, ce genre d’initiative ne fera que renforcer le régime inamovible. D’ailleurs, si le chef de l’État accepte de les recevoir, parleront-ils de la situation générale du pays ou lui diront-ils ce que tous les Algériens savent depuis 2013, c’est-à-dire que sa santé chancelante ne lui permet pas d’exercer des responsabilités suprêmes ? Dans les deux cas, il y aura vice de procédure. En effet, s’ils parlent en amis, cette démarche ne concerne pas, du coup, les intérêts de l’Algérie et s’ils parlent au nom des Algériens, il se pose alors le problème de leur légitimité. En fin de compte, cette initiative des « 19 » ne fait que rajouter de la confusion à une situation déjà alambiquée.

Pour conclure, il va de soi que cette initiative n’aurait aucune place s’il y avait une véritable animation politique dans le pays. D’ailleurs, si le but n’est pas de tirer la couverture à soi, une telle initiative n’a pas besoin d’être médiatisée. Mais puisque le coup est parti, vont-ils cracher le morceau en dévoilant les noms en étayant leur propos par des preuves? Car, si c’est pour dire que l’Algérie est gérée par un groupe occulte, cela on le sait depuis belle lurette. De la même manière, si c’est pour arriver à la conclusion que A. Bouteflika n’est pas à même de gérer les affaires du pays, compte tenu de sa maladie, cela tout le monde le sait depuis longtemps, et ce, au moment même où les deux dames, rappelons-nous, s’échinaient en 2014 à démontrer le contraire aux Algériens.

Boubekeur Aït Benali
12 novembre 2015