A chaque sortie médiatique de la CNTLD, ses propositions entretiennent le doute sur ses intentions démocratiques. Hormis son constat sur la situation économique où celle-ci ressemble à la conjoncture des années 1990, ses propositions politiques ressemblent, quant à elles, à celle du pouvoir, et ce, dans la mesure où l’Algérie devra se soumettre au groupe le plus puissant. D’ailleurs, bien qu’elle critique sévèrement la loi de finances 2016, sans un désaccord avec le clan régnant, des membres de la CNTLD auraient pu défendre, sans gêne, le même projet.

Cependant, sans vouloir remettre en cause le constat selon lequel la politique actuelle « menace la stabilité et la paix sociale », il faut rappeler que chacun des membres de la CNTLD a contribué, à un moment ou à un autre, à l’affermissement de ce système. Le MSP, par exemple, a fait partie, sans discontinue, de l’alliance présidentielle de 1999 à 2014.

Normalement, avant de s’engager dans une autre aventure politique, le bon sens recommande que ce parti tire l’enseignement de son échec. Il n’en est rien, puisque le MSP saute « du coq à l’âne » et se permet même de donner des leçons d’opposition à ceux qui n’ont jamais fait partie d’aucun centre du pouvoir.

De façon plus générale, au lieu de rompre avec les pratiques du régime, les membres de la CNTLD désignent eux-mêmes les deux groupes devant s’entendre pour la résolution de la crise. « Il n’y a que deux initiatives sur la scène politique : celle de l’opposition appelant à une transition démocratique et l’initiative soutenue par les parrains du système (allusion à l’initiative d’Amar Saidani) », écrivent-ils dans leur déclaration.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette approche est dangereuse dans le sens où les Algériens sont sommés de choisir entre deux propositions émanant de deux groupes, qui, dans un passé pas si lointain, faisaient partie de la même famille politique. Or, le respect de la démocratie –à moins qu’il s’agisse d’un jeu d’esbroufe –suppose que les avis soient multiples.

D’ailleurs, même ceux qui souhaiteraient intégrer leur regroupement, les membres de la CNLTD affirment que « leur plateforme est scellée ». Voilà une mesure qui n’aidera pas la démocratie à prendre son essor. La Kabylie se souvient encore de cette expression « plateforme scellée et non négociable » où ces auteurs ont fini par rendre vicié le climat politique dans la région. Une raison sans doute nécessaire de s’en éloigner des propositions se rapprochant de celles des Arrouchs.

Faut-il pour autant céder le terrain au clan régnant ? Contrairement au discours arrogant de la CNTLD, des vrais opposants –des personnalités nationales, à l’exemple de Mouloud Hamrouche, des partis démocrates, à l’instar du FFS et une partie de la mouvance islamiste –ont toujours œuvré pour créer une autre alternative à la politique en place.

Hélas, la démarche du FFS est combattue par le pouvoir et par ces soi-disant démocrates, car elle prône un débat, sans exclusive, entre tous les Algériens. Et jusqu’à présent, c’est la seule proposition qui intègre dans son équation la société civile et les associations. Ainsi, si la CNTLD la rejette dans le fond et dans la forme –cela nous rappelle aussi un discours qui a prolongé la tragédie algérienne de quelques années –, le pouvoir veut faire de la conférence de consensus une session ordinaire du conseil national du FLN. Ce qui veut dire que la CNTLD et le clan régnant sont d’accord pour que le jeu politique soit un domaine réservé.

Enfin, il va de soi que la différence entre la CNTLD et le pouvoir ne concerne que la question de pouvoir. L’un comme l’autre ignorent le peuple algérien. Or, peut-on bâtir une démocratie sans associer les citoyens au processus ? La réponse est évidemment non. Quant au FFS, il est évident qu’il ne peut pas maintenir le sens initial de sa conférence nationale de consensus. Vouloir la maintenir dans son esprit initial veut dire que la direction du FFS ne s’adapte pas à la nouvelle donne. Ainsi, au lieu d’associer à sa conférence le pouvoir et ces soi-disant opposants, le FFS devra diriger ses efforts vers la mobilisation des citoyens et du monde associatif.

Boubekeur Aït Benali
27 novembre 2015