Depuis la publication du projet de la révision constitutionnelle, la communauté algérienne établie à l’étranger multiplie les initiatives. C’est, évidemment, insuffisant pour que le régime tremble ou qu’il soit déstabilisé. Parmi les initiatives, on peut en trouver de tout. Il y a des articles de presse, des pétitions et parfois des sit-in devant les représentations nationales.

Cependant, bien que cette mobilisation soit légitime, le fait qu’elle se focalise uniquement sur deux articles, en l’occurrence les articles 51 et 73, pose un autre problème : l’émigration ne se bat pas pour une stratégie de démocratisation globale, mais pour défendre ses propres intérêts.

En outre, il ne faut pas être un politologue pour savoir que ces deux articles en question n’excluent pas davantage la communauté émigrée plus que ne l’était la situation avant la révision constitutionnelle. L’accès à des fonctions suprêmes n’est pas libre, car cela suppose que l’on soit sous un régime démocratique par excellence.

Ainsi, en dépit des déclarations des dirigeants sur l’ouverture du régime, tout le monde sait –et c’est vraiment un secret de polichinelle –que le pouvoir recrute les personnes dont il a besoin. Et dès lors que le citoyen n’est pas d’accord avec la gestion des affaires du pays, le régime n’a pas besoin des articles 51 et 73 pour exclure les candidats aux postes clefs. Cette règle s’applique indistinctement contre les nationaux et les binationaux.

Quant au rôle de l’émigration, bien qu’elle ait joué un rôle historique pendant la guerre d’Algérie, son apport a été et est encore peut-être d’ordre financier. Vers la fin de la guerre, le budget annuel du GPRA était financé à plus de 80% par l’émigration. Hélas, cela n’empêchait pas les dirigeants de désigner, de façon bureaucratique, les responsables de la fédération de France du FLN. Pour rappel, cette méfiance viscérale remonte à 1949.

Quid de la situation après l’indépendance ? Malgré les évolutions notables, force est de reconnaître que la méfiance demeure. Bien que les partis d’oppositions aient des rapports plus sains avec l’émigration, il n’en reste pas moins qu’aucun d’eux ne laisse ses militants s’organiser librement. La nomination vient toujours d’Alger, perpétuant ainsi la vieille tradition héritée du PPA-MTLD.

En somme, il est évident qu’en l’absence d’une réelle démocratie, la constitution ne peut être qu’à l’image des dirigeants. Cela dit, on ne peut que s’associer à la dénonciation d’un texte qui constitutionnalise le statut inférieur d’une certaine catégorie de citoyens. Mais, la solution, selon mon humble avis, ne réside pas dans la suppression des deux articles incriminés.

En revanche, celle-ci réside dans un combat pacifique global pour l’instauration de la véritable démocratie en Algérie. Ce jour-là, toutes les lois discriminatoires disparaîtront automatiquement.

Boubekeur Aït Benali
2 février 2016