L’adoption du texte constitutionnel par des parlementaires, qui font passer leurs intérêts privés avant ceux du peuple, corrobore, si besoin est, la thèse du déficit démocratique en Algérie. En effet, bien que les partisans du régime et sa clientèle affirment à longueur de journée que l’élaboration du la loi fondamentale a été mûrie pendant presque cinq ans, il n’en reste pas moins que l’inexistence de contre-pouvoirs exclut de fait le peuple algérien. Une tradition qui se perpétue depuis 1962.

De façon générale, le contrôle de tous les leviers de l’État par le régime inamovible ne peut conduire qu’à l’exclusion de ceux qui ne partagent pas sa conception du pouvoir. Résultat des courses : la confiance entre les gouvernés et les gouvernants est rompue depuis belle lurette. D’ailleurs, les discours développés par les uns et les autres divergent. Si pour le régime il n’existe aucune crise, il n’en est pas de même des citoyens qui subissent ses effets.

Et quand des partisans du régime admettent quelquefois des difficultés, ils rebondissent aussitôt en exhortant les Algériens à faire confiance au chef de l’État. Une façon de reprocher aux Algériens leur impatience. Pour eux, le régime que compte instaurer le chef de l’État nécessite du temps. En aucun cas, ils ne soutiennent que les institutions justes doivent être le fruit de l’adhésion populaire au projet républicain.

Or, dans l’état actuel des choses, malgré les moyens déployés par le régime, le débat consensuel reste au stade chimérique. En fait, entre un régime qui clame avoir respecté toutes les volontés et les opposants qui l’attaquent sur ses méthodes peu démocratiques, le gouffre –et c’est le moins que l’on puisse dire –est abyssal. Alors qu’il n’existe qu’une réalité démocratique, les tenants du pouvoir inventent la démocratie spécifique, comme ils ont inventé par le passé le socialisme spécifique à l’Algérie.

Pour autant, est-ce que la partie est perdue ? Si on croit au destin national, l’espoir n’est pas mort, pour reprendre l’expression de feu Hocine Ait Ahmed (allah irahmou). Pour cela, il n’existe qu’un moyen de lutte : le combat pacifique. Après avoir dormi sur leurs lauriers, les Algériens doivent se sentir concernés par la crise.

De toute façon, l’Algérie ne peut pas se permettre de rester dans l’expectative. Comme le soutient Abed Charef, dans son texte « quel prix payer pour sortir de la crise », deux scénarios sont possibles : une solution pacifique, consensuelle et inclusive ou le risque des affrontements violents. Il faut souhaiter que la seconde alternative ne soit pas le recours. Car, elle pénaliserait davantage le pays.

Mais, pire que la crise sous toutes ses formes, l’absence de débat et le refus de chaque camp de faire un pas vers l’autre ont des effets plus néfastes que la crise elle-même. À vrai dire, la crise sera résolue quand les Algériens, toutes catégories confondues, se donneront les moyens de la transcender.

Pour conclure, il va de soi que le cadre institutionnel actuel –bien qu’il soit par ailleurs porteur d’infimes avancées –verrouille la vie politique du pays. D’ailleurs, comment peut-on croire les promesses des dirigeants quand on sait que leurs intérêts se confondent avec ceux du pays ? Selon Mokrane Ait Larbi, « la liberté de réunion –même dans les salles –et de manifestation pacifique sur la voie publique ne peut s’exercer sans l’autorisation du wali. Même un parti politique agréé ne peut réunir ses cadres en dehors de son siège qu’avec une autorisation. »

Mais, là où le bât blesse, c’est que les personnes qui donnent ces autorisations ont pour seule vocation de garantir la pérennité du régime. Et c’est dans ce sens-là que l’État civil que nous promet le chef de l’État ne peut participer à l’instauration de la démocratie apaisée que lorsque les intérêts de groupes se dissocient de ceux du pays.

Boubekeur Aït Benali
9 février 2016