Le problème fondamental de nos dirigeants est leur éloignement de la réalité. Dans la plupart des cas, ils prennent leurs fantasmes pour des projets effectifs. Ainsi, bien que nous vivions dans un siècle où la vie politique se construit sur les desiderata du citoyen, force est de reconnaître que le régime algérien refuse uniment d’accepter cet état de fait.

Faut-il être un savant pour corroborer cette thèse ? Depuis 1962, l’Algérie n’a pas connu aucune alternance. En outre, en dépit des richesses dont dispose le pays, une épée de Damoclès est suspendue sur la tête des plus vulnérables d’entre nous dès que les prix du pétrole baissent.

Or, dans n’importe quelle démocratie, le citoyen sanctionne, par son bulletin de vote, ceux qui sont incapables d’apporter des solutions à ses problèmes quotidiens. Hélas, ne croyant pas que l’urne soit le moyen de départager les candidats, le citoyen algérien se réfugie dans l’abstentionnisme.

Au lieu de remédier à cette situation, le régime encourage le statu quo, bien que dans les discours il soutienne l’inverse. Dans ce cas, de quelles « conquêtes démocratiques substantielles » parle le chef de l’État en évoquant la nouvelle constitution ? Dans son message, adressé aux parlementaires le jour de l’adoption de la nouvelle loi fondamentale, le chef de l’État parle sans doute à un microcosme et semble ignorer, par ricochet, que ces élus ne reflètent nullement la volonté populaire.

En tout cas, s’il compte bâtir le projet démocratique en s’appuyant sur des élus auxquels le peuple algérien ne fait pas confiance, ce sera une faute politique et un coup d’épée dans l’eau. Bien que le meilleur moyen d’instaurer la démocratie soit la reprise du processus là où il s’est arrêté en 1963, à travers notamment l’élection d’une Assemblée constituante, il n’en reste pas moins que le contexte régional instable –une des raisons qui a motivé le parti de feu Hocine Ait Ahmed de participer aux élections législatives de 2012 –ne justifie pas le dénigrement et la mise à l’écart du peuple algérien.

Pour justifier sa démarche, que l’opposition qualifie de peu démocratique, le chef de l’État argue que la démocratie algérienne ne doit pas être comparée aux autres modèles. « Dans cette œuvre, qui s’inscrit dans la durée, il ne s’agit pas, de toute évidence, d’importer et de plaquer telles qu’elles des institutions et des concepts, produits de l’histoire politique particulière d’autres nations », peut-on lire dans ledit message.

Mais, qui a choisi le jacobinisme institutionnel ? Qui a opté pour la prééminence du pouvoir exécutif –au sens propre et au sens figuré –sur les pouvoirs législatif et judiciaire ? Jusqu’à preuve du contraire, le peuple algérien n’a jamais été consulté sur ces choix. En un mot, ce n’est sans doute pas lui qui a importé les modèles mis en œuvre depuis l’indépendance.

En somme, il va de soi que la mainmise du régime sur les institutions n’est pas de nature à libérer les énergies saines de la nation. Or, pour ériger des institutions justes, il faudrait que le peuple apporte sa caution. Pour donner une telle apparence, le chef de l’État aurait dû opter pour la voie référendaire populaire en vue de l’adoption du texte fondamental.

Boubekeur Aït Benali
15 février 2016