On se rappelle de l’existence de l’union du Maghreb arabe (UMA) qu’à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de sa fondation, survenue un certain 17 février 1989. En outre, depuis quelques années, la coopération maghrébine est réduite aux déclarations de bonnes intentions. Bien que chaque chef défende la nécessaire coopération, dans la pratique, les responsables politiques des pays composant l’UMA ne font rien pour que ce projet se concrétise.

Et pourtant, ces peuples ont vécu une solidarité exemplaire quand ils étaient sous le même joug colonial. Ce projet du Maghreb des peuples a pris alors forme lors de la conférence de Tanger en avril 1958. Ainsi, malgré des infimes malentendus de voisinage, les Marocains et les Tunisiens ont accompli leur devoir envers leur voisin en guerre. De la même manière, quand les voisins étaient en difficulté, la solidarité algérienne était également agissante.

Hélas, après les indépendances, les régimes qui se sont imposés dans chacun des pays du Maghreb n’ont pas la détermination de réaliser cette union des peuples. Sur les plans internes, leur repli sur eux-mêmes aboutit à l’exclusion de leurs concitoyens de la gestion de leurs affaires. Dans les pires moments de l’histoire de la région, il n’est pas exclu que ces régimes provoquent des conflits guerriers en vue de surpasser des crises internes. D’où le renvoi aux calendes grecques des promesses de la conférence de Tanger.

Dans ces conditions, comment ces régimes peuvent prétendre construire un partenariat, alors qu’ils sont incapables de bâtir un projet viable avec leurs concitoyens ? En tout cas, c’est dans ce cadre, marqué par l’hypocrisie de ces régimes, que l’UMA est lancée. Pour les observateurs, un tel projet est voué à l’échec dans la mesure où une telle construction nécessite au préalable des relations apaisées entre les représentants des États en questions. Lesquels représentent évidemment les intérêts des citoyens et non la pérennité des systèmes dans chaque pays.

Donc, tout le problème de l’UMA réside dans la démarche. Au lieu de s’inspirer des réconciliations qui ont eu lieu dans le passé, à l’instar de l’amitié franco-allemande, les dirigeants de l’UMA croient que la seule évocation de la fraternité suffirait à surpasser la crise. Incontestablement, c’est insuffisant.

Du coup, 27 ans après la naissance de l’UMA, le projet de la coopération maghrébine est au stade de construction. Les messages que s’échangent les chefs d’État ne pourront, sans un travail de fond, aboutir à un projet sérieux si les peuples du Maghreb ne sont pas les parties prenantes. Et compte tenu des surenchères des faux nationalistes dans chaque pays, la véritable union a une infime chance de réussir.

Pour conclure, il va de soi que tôt ou tard l’espace maghrébin devra s’ouvrir à l’instar du projet de l’Union européenne ou de l’union nord-américaine. Et qui plus est, la base du projet est là. Il s’agit de reprendre les travaux de la conférence de Tanger. Mais, avant de parvenir à ce résultat, il faudrait que les peuples reprennent le contrôle de leurs exécutifs. Ce qui ne risque pas d’y arriver à court terme.

Boubekeur Aït Benali
21 février 2016